nov 15

On dit parfois que la gauche cherche à reprendre dans la rue ce qu’elle a perdu dans les urnes. C’est plutôt sur la place médiatique que le jeu se joue. Et je partage pleinement ce qu’expriment de nombreuses personnes que je rencontre qui me disent avoir de plus en plus de mal à suivre l’actualité à la radio ou à la télé, exaspérées par la curée médiatique quotidienne contre le « pouvoir ».  Une curée médiatique faite d’amnésie et d’outrances.

Je ne parle pas de complot journalistique : les médias retransmettent d’abord les messages qui sont exprimés par les politiques d’opposition et une certaine société civile qui se croit porteuse des valeurs nationales.

Je ne dis pas non plus que ces gens qui déplorent cette curée médiatique ne sont pas pour autant parfois critiques contre l’action gouvernementale. Mon propos n’est pas de dire que tout est parfait dans notre pays, qu’il n’y a pas d’inégalités à corriger, de détresse sociale pour laquelle il faut apporter des réponses, quelques râtés dans l’action. Le chantier reste immense.

Mais ce débat médiatique amnésique, qui oublie trop souvent le principe de réalité, est un vrai problème. Se souvient-on seulement de la situation d’il y a un an, face au choc de la crise financière mondiale ? La réaction française a été à la hauteur de la situation. Pour autant, les effets d’un tel choc ne disparaissent pas en quelques semaines. Amnésie encore, avec tous ces propos bien pensants qui oublient tout simplement que la France n’est pas une île qui peut s’exonérer des « contraintes » mondiales.

Marre aussi de l’outrance. Outrance dans les propos, outrance dans la recherche de la « petite bête », outrance dans les attaques parfois haineuses contre Nicolas Sarkozy, outrance dans ces postures de défenseurs des valeurs de la République qu’adoptent de nombreux responsables politiques. Ces présidents de collectivités territoriales qui commettent quotidiennement des communiqués de presse appelant à la défense de la patrie en danger n’ont-ils pas mieux à faire ? Que dire aussi des propos de la romancière Marie NDiaye qui parle de « France monstrueuse » ? Pour ma part, il est évident qu’il ne saurait être question de chercher à censurer de tels propos. Mais qu’il soit permis aussi de dire combien ils sont contestables et affligeants.  Que l’on nous permette de contester ces hauts cris qui s’expriment contre des mesures visant simplement à rappeler certains fondamentaux de notre vie républicaine, à remettre sur ses pieds notre système économique et social ; des mesures qui sont l’application d’un programme électoral approuvé par 53 % des Français et dont l’équivalent existe dans la plupart des pays européens.

Quel plaisir quand on entend d’autres voix dans ce concert médiatique, comme par exemple ces propos relevés dans la Tribune de la semaine dernière : « Les dirigeants d’entreprises étrangères qui disposent de filiales en France relèvent d’abord le dynamisme d’un pays qui veut aller de l’avant, innovant, … ». Dommage que ces énergies soient trop souvent sapées par l’autodénigrement dont nous sommes les champions.

Derrière cette jacquerie médiatique orchestrée il y a ceux pour lesquels l’agit-prop est le principe de l’action politique. Mais il y a aussi tous ceux qui montent dans ce « train » par tactique politique. Que ces derniers réfléchissent bien à la « matière explosive » qu’ils manipulent comme des apprentis sorciers.

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , ,

nov 08

Le débat sur l’identité nationale voulu par Eric Besson est bien lancé. J’ai apprécié la remarque d’un journaliste à ce sujet : la tempête médiatique démontre à elle seule la nécessité d’ouvrir ce débat. Car les réactions d’opposition ont été vives : certaines ont été pavloviennes, d’autres un peu à courte vue et d’autres enfin plus tacticiennes…

Commençons par ceux qui jugent que l’identité nationale est un tabou et qu’il n’est pas question d’en débattre. Il est assez marquant de constater qu’alors qu’il est plutôt « in » de promouvoir certaines identités, comme l’identité du terroir d’origine, du quartier, des « communautés », ou encore de l’exception culturelle française, l’identité nationale pose problème à certains.

L’identité nationale est bien sûr étroitement liée à nos valeurs et à la Nation elle-même. Ne nous y trompons pas, pour beaucoup de ceux qui jugent inconvenant d’évoquer le sujet, c’est en fait parce qu’ils sont mal à l’aise avec la Nation, étant soit adeptes de certaines idéologies « traditionnelles » ou simplement sous un effet de mode faisant office d’idéologie contemporaine. Chacun peut se vouloir exclusivement citoyen du monde, mais il faut alors avancer sans masque.

Pour moi l’identité nationale, c’est collectivement se rappeler d’où l’on vient,  pour bien savoir qui l’on est et ainsi aider à définir où l’on doit aller. Ségolène Royal s’est félicitée que l’on s’interroge sur les symboles. Mais l’identité nationale, ce ne sont pas à mon avis seulement des symboles. C’est le cadre des possibles pour notre vivre ensemble.

Autre argument des opposants au débat : le sujet est peut être légitime, mais ce n’est pas le moment. Je ne suis pas d’accord non plus. Cette question nationale me semble bien d’actualité à l’heure où figurent à l’agenda des questions majeures telles que l’équité et la solidarité entre les générations (les sujets des retraites et des déficits), le partage des richesses nationales entre les territoires, ou bien encore un sujet tel que celui de l’engagement de nos troupes en Afghanistan.

Parmi les argumentations plus tacticiennes, j’ai relevé celle de Gérard Collomb dans sa tribune de cette semaine. Il écrit que débattre de l’identité nationale ne doit « pas se réduire à convoquer l’histoire»… « La nation n’est pas simplement donnée mais construite… elle est une volonté de tous les jours ». Je peux souscrire à cette vision « évolutive » mais je sais aussi les menaces qu’elle peut comporter. Car cette « construction » de la nation et de son identité peut parfois se faire à coups de bulldozers idéologiques, ou par mitage insidieux, en cherchant systématiquement à gommer certaines origines pour servir une cause. Certains sont experts pour bâtir de l’identité avec une approche très sélective des racines historiques !

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , , , , ,