oct 09

Ca y est, fin de la première étape du grand raout des primaires socialistes. 4  % des Français inscrits sur les listes électorales ont souhaité y participer (il faut quand même parler de la réalité des chiffres). On espère que les 96 % des Français non concernés, qui sont aussi des citoyens ( !), pourront accéder dans les médias à d’autres informations que la couverture de cette consultation.

Que nous apprennent les résultats ? Que la portion de l’électorat qui se reconnait dans les valeurs de gauche se répartit de la façon suivante :

  • 39 % pour la tendance « sociale-démocrate normale (?) des terroirs » façon François Hollande
  • 31 % pour la tendance « vieilles recettes assumées de 1981 et 1997 » façon Martine Aubry
  • 17 % pour le “socialisme alternatif protectionniste” façon Arnaud Montebourg
  • 7 % pour la tendance « avant-garde du Poitou » façon Ségolène Royal
  • 6 % pour la tendance « pieds sur terre » façon Manuel Valls
  • 1 % pour la tendance « témoignage hors PS » façon Baylet (cela va être difficile de négocier des places pour le PRG).

Bref, la conclusion de ce premier tour, c’est celle d’un éclatement de l’électorat aux valeurs de gauche. Et une force conséquente à gauche du PS.

Même si les postulants ne vont pas manquer de nous dire dans les jours qui viennent que maintenant c’est la synthèse dans l’unité, et que le 2e tour va créer une dynamique d’union, le constat est là : la gauche socialiste est plus que jamais écartelée entre des orientations politiques divergentes, voire incompatibles. Il ne faudra pas se demander dans les jours qui viennent qui est copain avec qui, mais quelles sont les lignes de force du projet du futur candidat PS à la présidentielle.

Quoi qu’il en soit, on voit mal comment ce cocktail de courants pourrait être bon pour la France.

Et encore, dans la perspective présidentielle, après le 2e tour des primaires partisanes, il va encore falloir au PS assimiler une liste complémentaire d’ingrédients : Verts, Front de gauche, extrême-gauche ( ?). Le cocktail va devenir franchement indigeste.

Gérard Collomb nous a invité cette semaine à avoir une autre lecture des résultats. Il a ainsi dit que le seul projet pertinent pour la France, c’est celui de François Hollande. La réalité est là : 60 % des Français aux valeurs de gauche ont fait le choix de projets non pertinents ! Le cocktail est donc aussi impertinent !!

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , , , , ,

oct 02

effondrementIl y a quelques jours, Gérard Collomb faisait un appel du pied aux gaullistes sociaux dans la perspective des élections de 2012. Il me semble que Ségolène Royal avait fait de même quelques jours avant. Tiens, tiens… Rien n’est jamais gratuit. Voici une petite réaction à cette tentative d’OPA à visée médiatique.

Gaullisme social ? J’ai toujours eu du mal avec ce qualificatif, même quand je l’entendais de personnalités politiques du RPR ou de l’UMP. Selon moi, la dimension sociale est une des facettes du gaullisme : n’est-ce pas le Général de Gaulle qui a fondé la sécurité sociale ? N’a-t-il pas promu la participation en entreprise ? Il n’y a pas de gaullisme sans approche sociale ; mais il s’agit d’une approche qui n’oublie jamais la responsabilité, collective comme individuelle. Dès lors, pourquoi créer un courant “social” dans la famille ?

Pour tout dire, je trouve cette tentative d’OPA vraiment gonflée. Car c’est quoi une approche gaulliste aujourd’hui ? Certainement pas ce qui caractérise les positions du PS à savoir :

  • Une attitude frileuse qui conduit à “soutenir” à reculons les initiatives de la France en matière de politique étrangère, qu’il s’agisse de l’Afghanistan, de la Côte d’Ivoire ou de la Libye,
  • Une attitude irresponsable consistant à laisser croire que la France est une « île » qui peut encore se payer la retraite à 60 ans,
  • Un positionnement politique qui conduit à s’allier à des forces qui ont, de façon évidente ou masquée, le projet de démanteler tout ce qui fait la Nation française, au nom d’une idéologie mondialiste,
  • Une force politique qui utilise les collectivités territoriales pour s’opposer à la politique nationale et dont le projet politique érige en postulat les dérives budgétaires de la décentralisation.

Bref, je vois mal comment ces orientations qui sont celles de la gauche plurielle, d’aujourd’hui comme hier, pourraient séduire des gaullistes.

Derrière cet appel du pied, il y a bien sûr une opération de communication, pour tenter de mordre sur l’électorat modéré. Elle n’a aucun contenu réel. Sa seule concrétisation serait l’affichage du ralliement à la gauche plurielle pendant la campagne de quelques individus ayant revêtu récemment la casaque du “gaullisme social”. Remarque valable au plan national comme au plan local.

Je voudrais dire aussi à Monsieur Collomb qu’avant d’imaginer des coalitions improbables pour la France, ou pour Lyon, il devrait étayer sa coalition locale rouge-rose-verte. Lui dire aussi qu’une majorité pour la France, c’est un peu plus engageant en termes de cohérence, qu’une coalition pour choisir la couleur des vélo’v.

Un élément de satisfaction : quand on voit cette tentative d’OPA sur le gaullisme, cette recherche de caution, on se rend compte que contrairement à ce que prétendent certains observateurs, le gaullisme garde une actualité et une réalité certaines.

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , , , , ,

oct 18

L’arrivée des lycéens dans les manifestations contre la réforme des retraites interpelle. Elle inquiète aussi face au constat des débordements qu’elle occasionne, du fait de certains individus, comme c’était prévisible.

Revenons tout d’abord sur le feuilleton de la semaine des déclarations du PS sur le sujet. Nous avons tout d’abord eu les paroles de Madame Royal, lundi au cours du Journal de 20 H, invitant les jeunes à descendre dans la rue, retrouvant ainsi les accents démago-populistes de sa campagne présidentielle. Paroles bien irresponsables suivies le lendemain d’une tentative de démenti, bien peu convaincante, d’autant plus qu’elle s’est accompagnée du lapsus « politiquement » au lieu de « pacifiquement ». On critique souvent les journalistes. J’ai pour ma part admiré la journaliste de France Info qui a mis Mme Royal face à ses ambiguïtés. Le 13 octobre, la conseillère générale de Montchat, Mme Vallaud-Belkacem, toute à ses œuvres parisiennes, se félicitait que les responsables politiques incitent les jeunes à s’exprimer… Et en fin de semaine Gérard Collomb, après les troubles survenus à Lyon, en appelait à la responsabilité de chacun pour un retour rapide à l’ordre et à la tranquillité publique…

Mais ces variations socialistes ne sont que l’écume des choses. J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, mais je crois que les leaders du PS portent une lourde responsabilité dans le climat social du pays. En adoptant une posture d’opposition systématique, anti-sarkozyste, en utilisant sans cesse la référence aux principes et aux valeurs au risque de leur faire perdre leur sens, en faisant preuve de démagogie, de compassion gratuite et de positions simplistes, ils contribuent à créer une situation de « rébellion » citoyenne sur des sujets incontournables qui sont traités dans la sérénité dans la plupart des autres pays. Ils ont ainsi pris une lourde responsabilité en jetant constamment de l’huile sur le feu.

Si les incitations à la manifestation des jeunes sont évidentes, il est clair néanmoins que nombre de ces jeunes ressentent et expriment des inquiétudes. Que disent-ils ?

J’ai entendu certains jeunes manifestants déplorer le report de l’âge légal de la retraite, refusant la perspective d’une carrière professionnelle plus longue. Sur ce point, je crois qu’il faut être clair. A partir du moment où il y a une réponse au problème de la pénibilité, les générations qui arrivent sur le marché du travail, plus encore que ceux qui sont actuellement au travail, doivent comprendre que l’allongement de la durée de travail peut être une réponse pour sauver le régime de retraite par répartition, dans la mesure où l’espérance de vie s’allonge.

Mais nous entendons aussi une autre inquiétude, qui est celle de l’entrée sur le marché du travail, de l’insertion professionnelle. Certains jeunes expriment leur crainte de voir s’accroître encore les difficultés d’insertion professionnelle, les séniors occupant plus longtemps leur emploi du fait du report de l’âge de la retraite.

En la matière, il y a deux visions qui s’opposent. Celle de la gauche d’une part, qui raisonne toujours à situation constante. Un sénior qui travaille plus longtemps, ce serait une opportunité professionnelle de moins pour un jeune. C’est la même conception que pour les 35 H, qui reposait sur l’idée que le travail était un gâteau qu’il convenait de partager… sans intégrer le fait que l’existence d’un gâteau à partager nécessitait de réunir un certain nombre de conditions, et sans imaginer qu’il était aussi possible, sous certaines conditions, de disposer d’un gâteau plus gros.

D’autre part, selon une autre conception, plus dynamique, on peut considérer qu’avec un régime de retraite rééquilibré, cela permettra d’éviter une pression encore plus forte en termes de prélèvements, donc une activité économique plus dynamique. Ce sera aussi une maîtrise du déficit, donc plus de confiance des acteurs économiques pour investir. Tout cela créant des conditions plus favorables à la création d’emplois.

Souhaitons que les jeunes ne se laissent ni utilisés à des fins politiques, ni abusés quant aux enjeux de cette réforme.

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sept 04

Des déclarations à la presse qui décoiffent, une proposition à préciser, un opportun rappel des réalités ; le débat sur le thème de la sécurité et de la tranquillité publique a encore été bien présent cette semaine.

Je disais donc « déclarations à la presse qui décoiffent”. Je ne parle pas de la prospective municipale personnelle à l’horizon… 2030, mais de celles du député PCF de Vénissieux. Comme le signale un récent commentaire sur ce blog, elles sont très intéressantes. Je cite les propos d’André Gérin repris dans le Progrès du 31 août. « Le PS et le PC font fausse route en se bornant à diaboliser Nicolas Sarkozy. (…) On peut traiter les problématiques de la sécurité sans stigmatiser, sans désigner de bouc émissaire, tout en regardant la réalité en face. » Et encore hier. « Il faut une bonne fois pour toutes en finir avec la culture de l’excuse, de la victimisation, et avec l’angélisme. La crise économique et sociale n’explique pas tout… (…) nous sommes face à une dérive très grave de la société française avec des minorités qui font la loi dans les cités sur fond d’omerta. »

Propos pragmatiques et courageux qu’il convient de saluer. Cela fait plaisir de constater que certains responsables politiques sont capables de sortir des clivages et des réflexes « pavloviens » et surtout, refusent de s’engager dans le discours pervers de diabolisation et d’outrances auquel nous avons assisté ces derniers mois. Pour ma part, je partage ce diagnostic. Beaucoup a été fait depuis 2007 apportant déjà des réponses aux problèmes. Mais le mal est profond, et il faut s’adapter en permanence aux évolutions (cf. les événements de Grenoble), d’où le nouvel élan donné cet été.

Dans ce contexte, Ségolène Royal parle de nouveau d’un encadrement militaire des délinquants. Cette proposition peut être examinée. Elle peut effectivement être intéressante si cela permet d’éviter la spirale de la montée en délinquance qui peut s’amorcer en prison. Mais encore faut-il préciser en quoi consisterait cet encadrement militaire dans un contexte de répression des délits. L’organisation d’activités sportives ne saurait par exemple suffire…

En la matière, alors que certaines vieilles lunes refont surface, un article du Figaro du 3 septembre vient rappeler, chiffres à l’appui, que la police de proximité était loin d’être une réussite, que ce soit pour ses résultats ou pour le travail des forces de l’ordre.

Pour terminer et à chaud, je trouve que les paroles de responsabilité, sur l’action de la Majorité, étaient aussi bien présentes dans le discours de Jean-Louis Borloo que je viens d’entendre à la Cité Internationale.

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mai 13

Après quelques jours de suspens, David Cameron devient le nouveau Premier ministre de Grande-Bretagne, un accord de coalition ayant été trouvé avec les centristes Lib-Dem de Nick Clegg. Cette conclusion apparaît logique et salutaire : elle est conforme au vote des Britanniques. Ce changement politique n’est pas anodin. Voilà ce qu’il m’inspire.

Tout d’abord, c’est la fin du règne de 13 ans du « New Labour ». Au plan européen, ce n’est pas rien, tant le Blairisme a inspiré une « nouvelle gauche ». On avait d’ailleurs essayé de nous « vendre » un modèle similaire avec Ségolène Royal en 2007. Ce modèle a visiblement montré ses limites, comme l’ont signifié les Britanniques. On retiendra notamment l’échec du plan anti-crise de Gordon Brown reposant largement sur la relance par la consommation (baisse de la TVA) ; l’occasion de rappeler que le PS français défendait à l’époque la même approche, même s’ils sont plus discrets sur le sujet aujourd’hui… Avec le départ de Gordon Brown – qui ne manque d’ailleurs pas de dignité – c’est bien une page de la « nouvelle gauche » qui se tourne.

Le deuxième point qui retient mon attention, c’est la coalition « Tories-LibDem ». Après l’Allemagne, la Grande-Bretagne expérimente à son tour une coalition droite-centre-libérale. Dans un cas comme dans l’autre, la négociation a été dure. Gouverner dans le cadre de cette coalition ne sera sans doute pas un long fleuve tranquille, notamment sur la question européenne. Mais l’important, c’est l’accord qui a été scellé sur un programme courageux et ambitieux, centré sur le retour à la croissance et la résorption des déficits. Tout le contraire d’une union par la facilité.

Je retiens enfin la jeunesse des principaux acteurs de ce nouveau gouvernement britannique. David Cameron, le Premier ministre, Nick Clegg son vice-premier ministre, mais aussi d’autres ministres clés du gouvernement. Impressionnant !

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