oct 10

Fin septembre, de façon un peu surprenante, Jean-Jack Queyranne dévoilait le lancement de l’Université Rhône-Alpes. Les conseillers régionaux “de base” découvraient alors qu’un projet d’Alliance de l’Université Rhône-Alpes avait été discuté avec les Présidents d’université et directeurs de grandes écoles. Après une phase de structuration de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) au niveau des PRES de Lyon et Grenoble, l’Alliance vise à établir un partenariat renforcé entre les établissements au niveau régional.

Décidément, avec ce concept d’Université Rhône-Alpes, l’exécutif régional est adepte des scoops ! Déjà en 2011, au moment du vote de la Stratégie régionale de l’enseignement supérieur et de la recherche, le conseiller délégué alors en fonction, Thierry Philip, avait avancé ce concept dans ses interviews. C’était assez surprenant dans la mesure où cette stratégie (au demeurant bien peu stratégique) abordait peu la question. S’agissait-il de faire parler ou de préparer les esprits ?

Pour ma part, sur le principe, je souscris plutôt à l’idée de travailler à la structuration de l’ESR aussi au niveau régional. Comme beaucoup, je suis convaincu que notre rayonnement international en termes de recherche et de savoir se construit en additionnant tous nos atouts, et notamment en valorisant ensemble Lyon et Grenoble. Par ailleurs, il y a une mobilité des étudiants et des perspectives professionnelles qui justifient d’aborder les choses au niveau régional.

La façon d’aborder le projet pose néanmoins questions.

Je déplore tout d’abord que ce projet se construise pour l’instant sans associer largement toutes les parties prenantes, et sans implication de l’ensemble de l’institution régionale, et notamment de ses élus, porteurs de l’intérêt régional. J’ai exprimé en commission l’étonnement légitime qui doit être celui des élus régionaux quand ils apprennent le lancement de l’Alliance par communiqué de presse, même si ce communiqué est “obligeamment” diffuser en réunion (:)). Ce projet d’université Rhône-Alpes mérite une vraie construction démocratique et le thème de l’ESR, même s’il s’agit pour l’instant d’une compétence non obligatoire pour la Région, ne peut être un domaine réservé du Président.

On nous répondra que le projet va justement être discuté dans le cadre des Assises de l’enseignement supérieur qui se tiennent dans les prochains jours. Mais justement, cette concomitance m’amène à exprimer d’autres préoccupations.

S’il y a un lien entre le projet d’Université Rhône-Alpes et les lois en préparation sur l’enseignement supérieur et l’Acte III de la décentralisation, il faut cependant éviter de tout mélanger. A mon sens, le projet d’Université Rhône-Alpes ne doit pas être une initiative tactique dans un jeu consistant à affirmer le rôle des régions pour qu’elles obtiennent de nouvelles compétences. Avant les enjeux de pouvoir, la priorité doit aller à la définition de la valeur ajoutée d’une structuration régionale.

Enfin, il est aussi préoccupant que l’Université Rhône-Alpes soit abordée dans l’urgence, dans le contexte de maîtrise de la dépense publique. Il ne faudrait pas que la démarche soit ramenée à de la recherche d’économies budgétaires.

 

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , , , ,

août 24
Lyon depuis le Parc Chambovet
Lyon depuis le Parc Chambovet

Ca y est, l’activité politique locale a bien repris ; matinée de travail au Conseil régional. J’ai aussi lu sur le blog du Maire PS du 3e que « c’est reparti comme en 40 » : agressivité maximale contre le Président de la République et vision toute relative des promesses !

Matinée de travail donc au Conseil régional avec un groupe de travail chargé d’examiner les projets des universités et grandes écoles présentés à la Région pour financement dans le cadre des contrats avec ces établissements : près de 400 projets soumis et quelques questions auxquelles la pseudo stratégie régionale de l’enseignement supérieur et de la recherche apporte peu de réponses. Tu m’étonnes

Reprise du « débat politique » aussi avec les propos de Thierry Philip hier, sur son blog. Force est de constater que les vacances n’ont pas adouci les mœurs. Son seul commentaire sur l’actualité libyenne est d’attaquer le Président Sarkozy. Rien que de très classique de sa part. On notera qu’il n’aura pas eu l’attitude responsable de Martine Aubry qui a reconnu les mérites du Président sur le dossier libyen.

Le Maire du 3e nous annonce aussi une bonne nouvelle locale : le bail accordé par les HCL à la Ville pour le Parc Chambovet (oui Monsieur le Maire Chambovet ne s’écrit pas Champbovet) serait reconduit. C’est bien sûr une très bonne chose tant il est important de préserver cet écrin vert du 3e. Une remarque : on imagine que la négociation a dû être très dure entre Gérard Collomb, Maire de Lyon, et Gérard Collomb, Président des HCL !!!

Thierry Philip se réjouit d’avoir tenu une promesse électorale avec ce renouvellement de bail. Comme toujours avec le Maire du 3e, c’est très relatif. La promesse électorale était « nous achèterons le parc aux HCL ». Et c’est bien cela qu’il faut faire pour assurer définitivement le devenir du Parc et éviter d’éveiller certains appétits.

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juil 15

100_0151Voici en vidéo, mon intervention lors de la dernière session du Conseil régional dont j’ai parlé dans mon post du 3 juillet. Seul le prononcé fait foi !

http://www.dailymotion.com/video/xjw56x_intervention-de-pierre-berat-sur-la-strategie-regionale-de-l-enseignement-superieur-de-la-recherche_news

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , ,

juil 03

L’examen de la politique des clusters de recherche, lors de la dernière session du Conseil régional, a confirmé que la stratégie régionale de la recherche, comme je l’avais souligné lors de son vote, était décidément bien peu stratégique : la définition des nouveaux clusters de recherche (les ARC ou communautés de recherche académique) qui seront soutenus par la Région s’avère bien peu sélective, voire douteuse sur certains thèmes. Il s’agit plus de faire plaisir à tout le monde que de renforcer les chances de Rhône-Alpes d’être en pointe en Europe et dans le monde sur certaines thématiques de recherche.

Pour se défendre, le conseiller spécial à la recherche, Thierry Philip, joue la carte de la démagogie assumée en disant qu’il laisse les chercheurs décider. On se demande bien dans ce cas pourquoi la Région se donne du mal pour définir une stratégie. Cette affirmation du conseiller spécial est assez savoureuse puisque, dans le même temps, la Région n’a jamais autant cherché à encadrer, par des critères « bien pensants » l’appui aux entreprises et le soutien aux associations (j’y reviendrai prochainement).

Mais j’imagine que le monde de la recherche sait très bien que cette approche peu stratégique va surtout permettre de faire les choix en « petits comités », discrètement, en veillant à ne pas froisser les différentes composantes de la majorité. L’évaluation des anciens clusters de recherche, commanditée par la Région elle-même, avait pourtant montré que ce dispositif avait besoin de choix plus clairs et de transparence dans le fonctionnement.

Bref, tout cela ne sera bon ni pour la recherche rhônalpine, ni pour les chercheurs, ni pour l’institution régionale.

Pour ceux que le sujet intéresse, le texte de mon intervention lors de la session du 1er juillet du Conseil régional.

“Monsieur le Président,

Vous avez l’intention de nous faire ratifier aujourd’hui ce que vous présentez comme des textes techniques de mise en œuvre de la stratégie régionale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Ces textes vont en fait au-delà des simples procédures d’application. Certaines dispositions rentrent dans le « dur » de la stratégie, pour rendre celle-ci concrète. Cela mérite donc un travail approfondi.

C’est particulièrement le cas avec les nouveaux clusters, les communautés de recherche académique. Nous ne sommes pas opposés au principe de ces clusters de recherche, même si nous souhaitons depuis longtemps une meilleure articulation avec les clusters économiques et les pôles de compétitivité.

Le premier problème c’est le passage en force que vous tentez, la concertation sur cet important dispositif ayant été indigente. La stratégie régionale qui a été votée en février annonçait la réduction du nombre de clusters. Mais depuis son vote, aucune information sur les choix en préparation. Votre délibération mentionne une réflexion ; force est de constater que les élus ont été tenus à l’écart. Nous avons découvert il y a quelques jours la liste laconique des nouveaux clusters. Ce n’est pas acceptable. Les amendements déposés par les différents groupes, y compris de votre majorité, démontrent le déficit de concertation. J’ai demandé le retrait du dossier en commission pour se laisser le temps d’approfondir la réflexion. Je regrette que les autres groupes ne l’aient pas soutenue. Je crains que le travail à marche forcée sur ces amendements ne permette pas de rétablir l’équilibre de ce rapport.

Votre rapport définit donc les thèmes des nouveaux clusters, c’est-à-dire les domaines autour desquels vont se structurer des réseaux de recherche.

Ces clusters vont conditionner les allocations budgétaires, donc les priorités de financement de la recherche. C’est bien dans le choix des priorités de recherche que se trouve la réelle dimension stratégique de l’intervention de la Région.

Votre passage en force serait admissible si les thèmes des clusters étaient pertinents. Même si l’on manque d’informations, on peut en douter.

1er constat : même si vous vous abritez derrière des priorités européennes (bravo la subsidiarité !), certains apparaissent très (trop) larges. Santé, environnement, énergie : est-ce que cela fixe réellement des axes de recherche ? Les régions qui gagnent sont pourtant celles qui font le choix des spécificités, de la différenciation. Pour ne prendre qu’un seul exemple, en matière d’énergie, sur quelles sources d’énergie comptez-vous orienter la recherche ? L’ambition de la région ne peut pas se limiter à inciter les laboratoires à travailler ensemble. Il est de sa responsabilité politique de dire dans quelle direction ce travail doit se faire. S’il s’agit d’être aussi vague, voire politiquement correct, un seul cluster « région durable, équitable, citoyenne et solidaire » aurait pu suffire !

D’autres clusters suscitent questions et inquiétudes : que va traiter le cluster « Culture, Sciences, Sociétés et Médiations » ? Quant au cluster « Industrialisation et sciences de gouvernement », nous ne pouvons que nous féliciter de l’intérêt porté à la question industrielle, pour trouver les voies de l’avenir de l’industrie dans notre région. Mais que viennent faire dans cette affaire les sciences de gouvernement : est-ce un retour aux industries industrialisantes, ou pire, une nostalgie de la collectivisation.

La liste des clusters ne semble donc pas pertinente. Les dispositions de mise en œuvre non plus. Votre règlement prévoit ainsi qu’un programme scientifique cadre pluriannuel sera déposé par chaque cluster. Ce programme précisera les procédures et critères de sélection des projets. Un document fondamental : et pourtant notre assemblée ne sera pas amenée à l’examiner.

Les projets soutenus seront certes validés en commission permanente, mais cette phase de validation se fera en fonction d’un cadre qui n’aura pas été défini par la gouvernance politique de la Région. Résultat : soit le contrôle par les élus sera factice, soit il pourra aboutir à des contradictions avec les objectifs des clusters, d’où des recours potentiels des porteurs de projets.

Vous organisez ainsi l’effacement de la Région en matière de politique de recherche. Et pourtant, l’évaluation des anciens clusters avait recommandé d’affirmer la présence de la Région dans leur fonctionnement. Vous faites donc exactement l’inverse.

Autre conclusion notable de l’évaluation des anciens clusters : le nombre insuffisant de projets menés en relation avec les pôles de compétitivité. Force est de constater que les avancées avec les ARC sur cette question sont très faibles, et que vous comptez encore les réduire avec un de vos amendements.

Priorités insuffisantes ou ambiguës, manque d’articulation avec les pôles de compétitivité, effacement de la Région dans le pilotage ; tout cela confirme ce que nous dénoncions lors du vote de la stratégie. Ce n’est pas vraiment une stratégie, c’est en fait un cadre administratif pour subventionner des activités de recherche, avec un manque de transparence patent.

Pour les ARC, l’ouvrage mérite d’être remis sur le métier. Nous vous demandons donc encore une fois de reporter l’examen de ce dispositif à la prochaine assemblée pour se laisser le temps d’une réelle concertation. Nous en avons le temps puisque nous avons voté hier en Commission permanente les dispositions transitoires pour animer les clusters en 2011. C’est l’objet de notre amendement.

Concernant le dossier « Université citoyenne et solidaire », comme nous l’avions signifié lors du vote de la stratégie, nous ne sommes pas favorables à cet appel à projets.

Accroître les compétences et connaissances des étudiants, favoriser leur professionnalisation, ouvrir l’université sur son environnement : tels sont les objectifs de cet appel à projets. Ne s’agit-il pas d’objectifs « naturels » de l’enseignement supérieur ? Est-il besoin d’un appel à projets spécifique sur ces objectifs, avec ce que cela implique de coûts de gestion et de lourdeur administrative ? La réponse est non, à moins bien sûr qu’il s’agisse de satisfaire des exigences de votre majorité : peut-être faudrait-il alors renommer l’appel à projets « université communiste et écologiste ».

Si une incitation supplémentaire doit être donnée sur ces objectifs, elle pourrait tout à fait se faire, à moins de frais, via le processus classique de contractualisation avec les établissements d’enseignement supérieur. Il y a ici une source d’optimisation : pour rappel le budget « Université citoyenne et solidaire » a été de 250 000 euros en 2010. Cela équivaut grosso modo à la baisse des crédits de fonctionnement pour la contractualisation que vous avez engagée en 2011.

Nous confirmons donc notre proposition d’abroger ce dispositif par souci de cohérence et d’économies.”

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juin 04

Voici le texte de mon intervention lors de la dernière Assemblée plénière du Conseil régional le 27 mai, lors du débat sur l’aide au colloque et séminaire scientifiques, première mesure de mise en oeuvre de la stratégie régionale de la recherche et de l’enseignement supérieur.

“Monsieur le Président,

Nous sommes favorables au soutien par la Région des colloques, congrès et séminaires, dans le but d’inciter à la multiplication de ce type de manifestations et d’accroître leur importance. Nous y sommes favorables parce que ces manifestations peuvent être des opportunités :

  • d’ouverture,
  • de confrontation des idées,
  • de promotion et de rayonnement de l’enseignement supérieur et de la recherche de notre région.

 Ces manifestations servent en cela les objectifs prioritaires de développement du Savoir et de diffusion de la Connaissance.

Nous avons cependant quelques interrogations et inquiétudes à la lecture de votre projet de délibération.

Tout d’abord, ce qui me semble être une clarification : ce que nous devons viser c’est l’appui au rayonnement des communautés scientifiques et non pas le rayonnement de la Région, en tant que collectivité, auprès des communautés scientifiques, tel que c’est écrit dans la délibération. J’espère qu’il ne s’agit pas d’un lapsus rédactionnel sur vos objectifs mais plutôt un exemple du verbiage que vous déploriez samedi dernier à Dardilly. Ce dispositif que nous examinons aujourd’hui ne saurait en effet poursuivre un objectif de promotion politique de l’institution régionale.

Interrogations et inquiétudes car cette délibération est dans la lignée de votre stratégie régionale de l’enseignement supérieur et de la recherche, et de ses ambiguïtés congénitales ; des ambiguïtés congénitales qui avaient conduit, je vous le rappelle, à son adoption à une très courte majorité.  

Par ambiguïtés congénitales, je veux parler de l’écart qui n’est jamais loin dans vos propos entre d’une part un soutien, logique et souhaitable, à la performance et au rayonnement des établissements de recherche et d’enseignement supérieur, et d’autre part, d’autres priorités que vous mentionnez dans vos motifs. Dans le cas présent, il me semble que les séminaires et autres congrès doivent d’abord favoriser des avancées de la connaissance, sur les thèmes d’études et de recherche, au bénéfice des étudiants, enseignants et chercheurs, et non pas se focaliser sur le fonctionnement des établissements. Pour ce fonctionnement, c’est moins de discours que d’actes dont nous avons besoin comme vous l’a d’ailleurs rappelé récemment Mme la Ministre à propos de la mise en œuvre du Plan campus.

Les critères de sélection des projets qui figurent dans l’annexe de la délibération ne nous posent pas de problème. Par contre, la rédaction de vos motifs semble porteuse d’un dérapage dans la finalité de cette aide. Nous sommes donc vigilants sur l’évolution possible de ces critères. Ce sera l’objet d’un de nos amendements.

Nous avons noté également une incohérence concernant l’éligibilité des collectivités territoriales au dispositif. Dans vos motifs, vous indiquez que le soutien de la Région peut aller à une collectivité territoriale, mais sous réserve d’un partenariat avec un établissement d’enseignement supérieur ou de recherche. Cette condition disparaît dans vos critères d’éligibilité alors qu’elle est explicitement précisée pour les associations et les fondations.

Nous pensons que cette condition de partenariat est sage. C’est pourquoi nous proposons un amendement pour l’établir dans l’annexe. En effet, exiger un partenariat avec la recherche et l’enseignement supérieur, c’est la garantie que l’on traitera bien d’un sujet dans l’intérêt des étudiants, chercheurs et enseignants. Disons-le clairement, c’est éviter de financer des manifestations organisées par des collectivités PS dans le seul but d’alimenter la jacquerie institutionnelle contre le Gouvernement, sur les sujets d’enseignement supérieur et de recherche. Chacun sait que nous ne parlons pas ici d’un risque hypothétique.

Laissons l’argent destinée à la recherche et à l’enseignement supérieur, au monde de la recherche et de l’enseignement supérieur.

Nous proposons donc deux amendements de précaution et de clarification.

Comme nous l’avons dit lors du débat sur la stratégie régionale, l’engagement massif de la Région (130 millions d’euros par an), sur cette compétence optionnelle, ne peut se justifier que par un soutien à la performance des établissements et au développement de la Connaissance.”

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