Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Mois : janvier 2021

On en revient à une question de conception de la ville

A quoi ressemblera le site de l’ancienne clinique Trarieux dans quelques années ? Que sera devenu ce magnifique site arboré sur les hauteurs de Montchat, élément d’identité du secteur pavillonnaire de Montchat ? La question reste d’actualité.

La nouvelle équipe municipale dominée par Europe Ecologie Les Verts a annoncé être en pourparlers avec le promoteur immobilier pour faire évoluer son projet afin de mieux préserver les surfaces naturelles du site.

Il faut effectivement mener ces discussions. C’est ce que nous nous étions engagés à faire lors des élections métropolitaines et c’est donc ce que nous aurions aussi fait si nous avions emporté cette élection. A partir du moment où les règles d’urbanisme avaient été modifiées par l’ancienne majorité socialiste (avec l’approbation des élus EELV de l’époque…), dès 2013 puis avec une confirmation lors de la dernière révision du PLU-H, il n’y a pas vraiment d’autre issue à court terme pour corriger le tir. Cette volonté politique de bétonisation a été une grave erreur contre laquelle je me suis battu. Au plan du droit de l’urbanisme, le « lait a été renversé » depuis 2013. On dit qu’il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé… mais néanmoins, avec une bonne prise de conscience de chacun, il est encore possible de limiter les dégâts et j’espère que ces pourparlers y parviendront.

A propos de cette prise de conscience, je veux saluer l’action de l’association d’habitants « J’Aime Montchat » qui a largement contribué à démontrer l’importance de préserver ce site d’exception, par son action constante, constructive et innovante. Une fois de plus, ce dossier a montré l’importance de la mobilisation des habitants, en parallèle des débats dans les assemblées politiques.

Si je partage cette initiative de la Ville de Lyon, en liaison avec la Métropole, de discuter avec le promoteur, j’ai néanmoins une crainte compte tenu des objectifs que la Ville s’est donnée dans ces échanges : préverser les espaces de nature de l’artificialisation et maintenir le nombre de logements prévus dans le cadre du projet d’urbanisation.

Je partage bien sûr le premier objectif. Le site est d’exception par l’ampleur et la qualité de ses espaces verts et des arbres qu’ils accueillent. Compte tenu de l’impératif du développement durable, avant de chercher à recréer des espaces verts, il semble assez logique de préserver ceux que l’on a encore ! Et pour avoir toutes les garanties, cette protection doit être de nouveau inscrite au PLU-H.

En revanche, je vois mal comment on peut préserver le site en maintenant un objectif de densification élevée, avec un grand nombre de logements. La majorité affiche son volontarisme en matière de construction de logements, pour faire face aux besoins prévus.

En la matière, on peut d’abord poser une question d’actualité. Est-ce que les effets de la crise sanitaire que nous avons sous les yeux n’amènent pas à ajuster un peu les prévisions en matière de poursuite de la métropolisation ? Est-on sûrs que le choc sanitaire que nous avons subi ne va pas modifier durablement la façon de travailler de beaucoup d’entre nous, ainsi que les aspirations en matière d’habitation ? N’est-ce pas une opportunité de certains rééquilibrages de l’occupation du territoire, avec une nouvelle chance pour les villes petites et moyennes de notre région ?

Mais au-delà de cette prospective globale, il y a aussi une question de conception de la ville, notamment des métropoles. Celles-ci doivent-elles se construire et se densifier de façon systématique et homogène ? Est-ce réellement un bon choix que de construire des villes où tous les quartiers se ressemblent, remplissant les mêmes fonctions urbaines ?

Le 6e arrondissement serait-il le même sans le Parc de la Tête d’or ? Berlin serait-elle la même sans le Tiergarten ? Marseille aurait-elle sa qualité de vie sans la Pointe rouge et les Goudes ? Et Lyon serait-elle la même si certains ne s’étaient pas levés pour s’opposer au projet de destruction du Vieux Lyon au nom d’une rationalisation de la ville ?

Pour ma part, je continue de croire que les métropoles doivent se développer en préservant leur diversité urbanistique, car cette diversité de l’habitat est un atout majeur, elle fait leur richesse au plan de la qualité de vie. La densification doit se faire de façon différenciée, en fonction des mutations urbaines (avec priorité aux sites industriels libérés du fait de relocalisations) et en fonction des infrastructures lourdes de transports en commun.

Pour le 3e et Montchat, c’est ce qui se joue en ce moment sur le site de la clinique Trarieux. Et compte tenu de sa spécificité, c’est même un enjeu pour Lyon.

Pour ma part, il est d’intérêt général que Montchat reste un quartier spécifique, avec une part importante de secteur pavillonnaire et une grande surface de nature.

Un peu court

J’ai lu avec attention dans le Progrès du jour les résolutions 2021 pour l’arrondissement de Madame la Maire du 3e. Je la rejoins pour souhaiter que nous puissions retrouver au plus vite une vie sociale sans les entraves de la crise sanitaire…

Pour le reste, on a bien compris que Moncey-Guillotière était une priorité. Effectivement, il y a urgence à agir pour rétablir le secteur. Mais le 3e est grand, avec 100 000 habitants, et il faut aussi une vision pour ses autres quartiers. D’autres quartiers où les attentes sont nombreuses : lutte contre la délinquance, meilleure maîtrise des espaces verts, partage de la voirie entre les modes de déplacement, lien social dans le contexte du Covid…

Ce manque de volonté d’agir est d’autant plus étonnant quand on lit le projet de créer de nouveaux conseils, de nouvelles structures de concertation. Pas sûr que la population attende des structures supplémentaires et un effet d’affichage. Il serait préférable déjà de prendre l’habitude de se concerter. Et ensuite, de se servir des structures qui existent. La Maire du 3e propose de créer un conseil consultatif économique d’arrondissement. Il est clair que d’être à l’écoute des entreprises, et notamment des artisans et commerçants, est une nécessité. Mais pourquoi créer un conseil supplémentaire alors que le CICA peut jouer ce rôle avec les associations de commerçants ? Encore faut-il le réunir comme le prévoit la loi… Et au-delà de l’écoute, il faut surtout être en appui des artisans et commerçants durement touchés par les conséquences de la crise sanitaire. Un appui concret ! A la Région, rien que lors de la dernière commission permanente du 30 décembre, nous avons voté un soutien financier pour pas moins de 10 projets d’investissement de commerces dans le 3e. Et pendant ce temps, la Ville de Lyon adresse les avis de paiement de la taxe sur les étalages extérieurs…

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