Pierre Bérat

Conseiller municipal de Lyon 3e, Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes

A n’y rien comprendre

Le départ de Thierry Philip du Conseil régional a entraîné une « réorganisation » de l’exécutif régional. La complexité de la machine régionale en est accrue. Cette complexité n’est pas bonne pour l’enseignement supérieur et la recherche en Rhône-Alpes. Ce post est aussi l’occasion de revenir sur deux vérités arrangées du PS local.

Quelques mots en effet sur le départ de Thierry Philip du Conseil. Je lis ici ou là « qu’il aurait fait le choix » de quitter cette collectivité par souci de ne pas additionner trop de mandats. Je crois bon de rétablir les choses : ce n’est pas un choix mais une obligation par la loi, car il y a des limites au cumul.  Belle façon de présenter les choses à son avantage ! C’est la même chose quand je lis que Najat Belkacem a le “sens du devoir” en étant candidate dans la 4e circonscription du Rhône pour les législatives… Cela fait des mois que les journaux relatent ses tentatives « malheureuses » pour trouver une circonscription plus facile, à Bron, Villeurbanne et ailleurs. Le « retour » sur la 4e semble donc bien par défaut. Je suis étonné que certains « observateurs » locaux se laissent abuser par ces arrangements avec la vérité.

Pour en revenir à Thierry Philip, il aurait en effet dû abandonner son mandat régional dès les élections cantonales s’il n’y avait pas eu de recours pour cette élection. Il aurait d’ailleurs pu abandonner son mandat malgré le contentieux électoral. Cela pose en tous cas clairement le problème du cumul-enchaînement des mandats : dans le cas présent, après une réélection à la Région en 2010, le Maire du 3e a eu en ligne de mire les cantonales de 2011. Conséquences : la mise en œuvre de la stratégie régionale d’enseignement supérieur-recherche a été bâclée, puis une période de flottement s’est installée depuis mars 2011.

Le temps d’une nouvelle « organisation » est donc venue à la Région : pour remplacer le conseiller délégué Thierry Philip, le Président du Conseil régional Jean-Jack Queyranne prend en charge lui-même les relations avec les universités-grandes écoles. Le Vice-Président à l’économie hérite de tout ce qui concerne l’innovation. Et une nouvelle conseillère déléguée est nommée, mais avec des responsabilités limitées à la vie étudiante et aux formations sanitaires et sociales.

Voilà donc l’enseignement supérieur-recherche éclaté entre trois responsables… cela ne me semble pas bon pour la cohérence de la politique sur ce thème :

  • En rattachant l’innovation à l’économie, c’est certes bien prendre en compte le rôle premier des entreprises, mais c’est prendre le risque de « décrocher » l’université de cet impératif, alors que c’est là que se trouve l’enjeu.
  • Avoir un Président du Conseil régional qui se charge des relations avec les établissements, c’est le « top » pour ces établissements… tant que les disponibilités du Président permettent un réel suivi.
  • Enfin, il me semble dommage de séparer les formations sanitaires et sociales des autres cursus. De la même façon, « isoler » la vie étudiante n’est pas un bon choix, alors qu’il faut au contraire rechercher la réussite des étudiants de façon globale.

J’ai demandé des éclaircissements sur ce “remaniement”  jeudi en commission. Je ne suis pas vraiment rassuré par la réponse du Vice-Président à l’économie qui a indiqué que tout cela était transitoire. Mais de quelle transition s’agit-il ? Si c’est dans l’attente des résultats des élections nationales de 2012, on ne peut que répondre qu’il faut agir et ne pas avoir les yeux rivés sur les éventuels mandats d’après. Si c’est une transition jusqu’en 2014, dans l’attente de la mise en place de la nouvelle décentralisation, reconnaissons que cela fait quand même un bail de 2011 à 2014.

Pour ma part, je pense qu’un vrai Vice-Président à l’enseignement supérieur-recherche, ne « pensant qu’à ça » de 2010 à 2014, cela n’aurait pas été du luxe. La thématique et ses enjeux le justifient. C’est en tous cas ce à quoi aspirent les électeurs rhônalpins quand ils votent.

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5 Comments

  1. Pierre, bonsoir,

    Sur le fond je suis d’accord avec toi en ce sens que l’Université, c’est un tout.

    C’est bien sûr d’abord un lieu d’enseignement, un lieu de recherche où des milliers d’étudiants préparent leur avenir.En un mot comme en cent, l’Université doit être vue dans son ensemble, de l’étudiant au chercheur et des relations que l’université doit avoir avec le monde extérieur, entreprises publiques comme privées.

    Cependant, il convient de rappeler un principe républicain : l’Université est au service de la Nation c’est-à-dire au service des acteurs économiques, sociaux et culturels mais aussi et surtout au service de l’intérêt général c’est-à-dire des citoyens et de l’Etat. Elle doit donc avoir pour mission première de servir la Nation et l’Etat, et tous les territoires, tous les citoyens. Personnelement, pour des raisons philosophiques et politiques, l’université française doit rester une et indivisible et non en multiples sur divers territoires régionaux ou locaux, chacun de son côté faisant son petit projet universitaire, rendant ainsi inefficace ce dont elle est chargée. J’entends par-là, que l’Université comme l’ensemble de l’Education Nationale doit rester non seulement laïque mais être sous le contrôle direct de l’Etat. S’il doit y avoir, pour des raisons pratiques et d’efficacité une déconcentration du milieu universitaire près des territoires, elle doit être totalement sous le contrôle direct des Représentants de l’Etat à savoir le Préfet et le Recteur d’Académie.

    Pour moi, les collectivités locales comme la Région ne doivent pas s’occuper du domaine universitaire car je trouve qu’à ce jour, les Régions ont beaucoup trop d’attributions qui risque d’amener à terme, si l’on n’y prend pas garde, la désagrégation de l’Etat unitaire mettant en péril ainsi, l’unité de la Nation.

    Gaullistement
    Claude JEANDEL

  2. Clotilde

    Très intéressant le sujet de votre article pointant la complexité de l’institution régionale. Est-ce que cette complexité est délibérément entretenue pour maintenir une certaine opacité concernant la réalité de la teneur des sujets abordés en commission et au sein de la Région ?
    Finalement, heureusement qu’il y a des élus régionaux comme vous, qui ont le souci de rendre compte aux citoyens que nous sommes de la manière d’appréhender certains dossiers, voire de la désinvolture avec laquelle certains élus considérent les mandats électifs!

  3. edmee

    notre maire cumulard ? quelqu’un peut-‘il me dire combien de mandats il a depuis son élection comme maire du 3eme je m’y perds un peu surtout que pour l’apercevoir en tant que maire et en viste dans le quartier villette paul pert, cela ressemble à l’arlésienne pour lles electeurs autres que ceux du PS sentent-ils mauvais ?????? boutade !

  4. ChristineH

    @edmee

    Certes le Maire du 3eme est un cumulard mais malheureusement, il n’est pas le seul tant à gauche qu’à droite de manière générale.
    Pour ma part, je ne sais si le Maire du 3eme, parcourt ou non son arrondissement, ce qui me semble erroné si l’on en croit la presse. Quoiqu’il en soir, les élus PS gagnent les élections locales et pour l’instant ce n’est pas le cas de la droite. Ceci dit, il faut bien reconnaitre que tant par le travail politique à la région que celui sur le terrain sur le 3ème de Pierre Berra, l’avenir sera sans doute plus optimistre pour l’UMP et la droite en général sur cette partie de la rive gauche de Lyon.

  5. Pierre BERAT

    @ Christine, merci pour le compliment ! Un détail, de grâce, si chacun pouvait noter que mon nom c’est BERAT… je travaille avec Nora BERRA mais je garde mon nom !
    Une remarque aussi sur l’appréciation sur les élus du 3e : attention, une forte présence dans les médias ne veut pas toujours dire implication réelle sur le terrain ! Cf Najat BELKACEM qui en est un parfait exemple…

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