Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Catégorie : Cadre de vie Page 1 of 22

On en revient à une question de conception de la ville

A quoi ressemblera le site de l’ancienne clinique Trarieux dans quelques années ? Que sera devenu ce magnifique site arboré sur les hauteurs de Montchat, élément d’identité du secteur pavillonnaire de Montchat ? La question reste d’actualité.

La nouvelle équipe municipale dominée par Europe Ecologie Les Verts a annoncé être en pourparlers avec le promoteur immobilier pour faire évoluer son projet afin de mieux préserver les surfaces naturelles du site.

Il faut effectivement mener ces discussions. C’est ce que nous nous étions engagés à faire lors des élections métropolitaines et c’est donc ce que nous aurions aussi fait si nous avions emporté cette élection. A partir du moment où les règles d’urbanisme avaient été modifiées par l’ancienne majorité socialiste (avec l’approbation des élus EELV de l’époque…), dès 2013 puis avec une confirmation lors de la dernière révision du PLU-H, il n’y a pas vraiment d’autre issue à court terme pour corriger le tir. Cette volonté politique de bétonisation a été une grave erreur contre laquelle je me suis battu. Au plan du droit de l’urbanisme, le « lait a été renversé » depuis 2013. On dit qu’il ne sert à rien de pleurer sur le lait renversé… mais néanmoins, avec une bonne prise de conscience de chacun, il est encore possible de limiter les dégâts et j’espère que ces pourparlers y parviendront.

A propos de cette prise de conscience, je veux saluer l’action de l’association d’habitants « J’Aime Montchat » qui a largement contribué à démontrer l’importance de préserver ce site d’exception, par son action constante, constructive et innovante. Une fois de plus, ce dossier a montré l’importance de la mobilisation des habitants, en parallèle des débats dans les assemblées politiques.

Si je partage cette initiative de la Ville de Lyon, en liaison avec la Métropole, de discuter avec le promoteur, j’ai néanmoins une crainte compte tenu des objectifs que la Ville s’est donnée dans ces échanges : préverser les espaces de nature de l’artificialisation et maintenir le nombre de logements prévus dans le cadre du projet d’urbanisation.

Je partage bien sûr le premier objectif. Le site est d’exception par l’ampleur et la qualité de ses espaces verts et des arbres qu’ils accueillent. Compte tenu de l’impératif du développement durable, avant de chercher à recréer des espaces verts, il semble assez logique de préserver ceux que l’on a encore ! Et pour avoir toutes les garanties, cette protection doit être de nouveau inscrite au PLU-H.

En revanche, je vois mal comment on peut préserver le site en maintenant un objectif de densification élevée, avec un grand nombre de logements. La majorité affiche son volontarisme en matière de construction de logements, pour faire face aux besoins prévus.

En la matière, on peut d’abord poser une question d’actualité. Est-ce que les effets de la crise sanitaire que nous avons sous les yeux n’amènent pas à ajuster un peu les prévisions en matière de poursuite de la métropolisation ? Est-on sûrs que le choc sanitaire que nous avons subi ne va pas modifier durablement la façon de travailler de beaucoup d’entre nous, ainsi que les aspirations en matière d’habitation ? N’est-ce pas une opportunité de certains rééquilibrages de l’occupation du territoire, avec une nouvelle chance pour les villes petites et moyennes de notre région ?

Mais au-delà de cette prospective globale, il y a aussi une question de conception de la ville, notamment des métropoles. Celles-ci doivent-elles se construire et se densifier de façon systématique et homogène ? Est-ce réellement un bon choix que de construire des villes où tous les quartiers se ressemblent, remplissant les mêmes fonctions urbaines ?

Le 6e arrondissement serait-il le même sans le Parc de la Tête d’or ? Berlin serait-elle la même sans le Tiergarten ? Marseille aurait-elle sa qualité de vie sans la Pointe rouge et les Goudes ? Et Lyon serait-elle la même si certains ne s’étaient pas levés pour s’opposer au projet de destruction du Vieux Lyon au nom d’une rationalisation de la ville ?

Pour ma part, je continue de croire que les métropoles doivent se développer en préservant leur diversité urbanistique, car cette diversité de l’habitat est un atout majeur, elle fait leur richesse au plan de la qualité de vie. La densification doit se faire de façon différenciée, en fonction des mutations urbaines (avec priorité aux sites industriels libérés du fait de relocalisations) et en fonction des infrastructures lourdes de transports en commun.

Pour le 3e et Montchat, c’est ce qui se joue en ce moment sur le site de la clinique Trarieux. Et compte tenu de sa spécificité, c’est même un enjeu pour Lyon.

Pour ma part, il est d’intérêt général que Montchat reste un quartier spécifique, avec une part importante de secteur pavillonnaire et une grande surface de nature.

Un peu court

J’ai lu avec attention dans le Progrès du jour les résolutions 2021 pour l’arrondissement de Madame la Maire du 3e. Je la rejoins pour souhaiter que nous puissions retrouver au plus vite une vie sociale sans les entraves de la crise sanitaire…

Pour le reste, on a bien compris que Moncey-Guillotière était une priorité. Effectivement, il y a urgence à agir pour rétablir le secteur. Mais le 3e est grand, avec 100 000 habitants, et il faut aussi une vision pour ses autres quartiers. D’autres quartiers où les attentes sont nombreuses : lutte contre la délinquance, meilleure maîtrise des espaces verts, partage de la voirie entre les modes de déplacement, lien social dans le contexte du Covid…

Ce manque de volonté d’agir est d’autant plus étonnant quand on lit le projet de créer de nouveaux conseils, de nouvelles structures de concertation. Pas sûr que la population attende des structures supplémentaires et un effet d’affichage. Il serait préférable déjà de prendre l’habitude de se concerter. Et ensuite, de se servir des structures qui existent. La Maire du 3e propose de créer un conseil consultatif économique d’arrondissement. Il est clair que d’être à l’écoute des entreprises, et notamment des artisans et commerçants, est une nécessité. Mais pourquoi créer un conseil supplémentaire alors que le CICA peut jouer ce rôle avec les associations de commerçants ? Encore faut-il le réunir comme le prévoit la loi… Et au-delà de l’écoute, il faut surtout être en appui des artisans et commerçants durement touchés par les conséquences de la crise sanitaire. Un appui concret ! A la Région, rien que lors de la dernière commission permanente du 30 décembre, nous avons voté un soutien financier pour pas moins de 10 projets d’investissement de commerces dans le 3e. Et pendant ce temps, la Ville de Lyon adresse les avis de paiement de la taxe sur les étalages extérieurs…

Conseil d’arrondissement : son utilité est une question de volonté !

L’utilité des conseils d’arrondissement à la lyonnaise est régulièrement critiquée par certains, aux motifs que les arrondissements seraient dépourvus de moyens financiers et juridiques pour agir. En tous cas, la question mérite d’être posée puisqu’ils coûtent, tant en termes de locaux utilisés, de dépenses de fonctionnement et d’indemnités des Maire et adjoints d’arrondissement.

Pour ma part, je n’ai jamais partagé cette critique des arrondissements car il me semble (pouvoir) avoir une utilité. Dans des villes de la taille de Paris, Lyon et Marseille, je vois deux utilités majeures : (1) celle de la “porte de proximité” que l’on peut pousser pour trouver une solution à un dysfonctionnement dans nos quartiers, et tant pis si la solution n’est pas à la Ville mais à la Métropole, au Sytral ou autre, les équipes d’arrondissement doivent organiser la réponse et (2) celle du lieu politique d’expression sur les sujets de proximité (sécurité, propreté, stationnement/circulation, dynamique des commerces, jeunesse…). Mon expérience m’a montré que sans les conseils d’arrondissement, certains problèmes, jugés trop périphériques ou secondaires par la Mairie centrale, ne seraient jamais évoqués publiquement… et pourtant ils sont importants pour beaucoup de Lyonnais.

Donc oui, mais encore faut-il que les élus d’arrondissement aient la volonté de jouer ce rôle. Je suis frappé depuis la rentrée du nombre d’habitants du 3e, de responsables associatifs, de professionnels qui m’expliquent qu’ils ne peuvent pas rencontrer les élus d’arrondissement et qu’ils n’obtiennent même pas d’accusé de réception à leur courrier… j’en ai fait l’expérience concrète sur l’affaire de la rue de l’Harmonie : pas de réponse à mes questions et un dossier qui semble géré en “petit comité”. De la même façon des sujets importants pour nos quartiers comme la dégradation de la sécurité à Sans Souci Dauphiné ou la fermeture de la dépose minutes à Part-Dieu sont passés sous silence par la Mairie d’arrondissement. Les candidats Verts ont l’habitude de promouvoir la concertation et la démocratie de proximité, il serait bon, que sur ce point également, ils soient attachés à respecter leurs promesses de campagne.

Et que l’on ne vienne plus nous dire qu’il faut le temps de s’installer, cela fait déjà un semestre que les élections sont intervenues.

Chronique de quartiers “tranquilles”

Un rapport officiel qui vient d’être publié confirme que les quartiers prioritaires de la ville (QPV) sont minés par la délinquance. Les habitants s’y disent plus en insécurité qu’ailleurs et on y trouve aussi plus de personnes impliquées dans des faits de délinquance.

Loin de moi l’idée de contester cette “évidence” et il faut bien être conscient de la dureté de la vie des personnes qui habitent les quartiers sensibles. Parmi les obligations de la République il doit y avoir celle de redonner une vie normale aux habitants de ces quartiers.

Mais il ne faut que ces constats sur les quartiers sensibles conduisent à relativiser les situations que nous connaissons de plus en plus ailleurs. Voici deux exemples de ce qui se passe dans notre 3e arrondissement, un secteur pour lequel on nous dit souvent que la situation n’est pas si grave, qu’il se passe des choses pires ailleurs…

Le 1er exemple est un témoignage qui m’a été adressé par un habitant du centre de Montchat. Il montre clairement l’organisation des délinquants et les risques pour notre sécurité.

2e exemple, la situation dans le secteur Dauphiné Sans Souci où ce collectif d’habitants s’est constitué après une dizaine d’agressions violentes depuis cet été pour arracher des bijoux ou extorquer des objets (téléphone, ordinateur, argent…) sous la menace d’un couteau. Des faits graves, sur plusieurs mois.

On pourrait aussi évoquer les débordements qui continuent aux abords des Charmilles ou dans le secteur Charial.

Sur ce blog, j’évoque régulièrement la nécessité de changer de braquet dans la lutte contre la délinquance, en améliorant la chaîne police-justice, et en déployant plus d’effectifs sur le terrain, en tirant parti d’une articulation renforcée entre police nationale et police municipale. Ces impératifs subsistent…

Gardons-nous de mesures excessives

Voici le texte du courriel que j’ai adressé à Madame la Maire du 3e à propos de la fermeture de la rue de l’Harmonie.

“Madame la Maire,

J’ai été saisi par des habitants du secteur Rebatel/Feuillat du problème que va poser la fermeture permanente à la circulation de la rue de l’Harmonie, entre les rues Rebatel et Bonhomme.

Je comprends que l’on puisse fermer à la circulation au moment de l’entrée et de la sortie des écoles Rebatel, dans un objectif de sécurisation. Les enfants et parents sont en effet très nombreux à emprunter le passage piétons au moment de l’entrée et de la sortie des établissements scolaires. Je crois qu’une fermeture sur un créneau donné telle qu’elle se pratique rue Meynis serait la bonne solution. Ou peut-être pourrait-on aussi sécuriser cette rue en supprimant le contre sens Est-Ouest entre Dr Bonhomme et Rebatel.

En revanche, il me semble non justifié et problématique de fermer cette section de rue de façon permanente.

Une telle décision va en effet fortement pénaliser tous les nombreux habitants des rues de l’Harmonie, du Dr Bonhomme, du Palais d’Eté et du début de la rue Feuillat. Quand ils vont arriver du Nord-Ouest de la Ville (par Lacassagne/Rebatel), ils vont devoir, pour atteindre leur garage, parcourir un détour de 1,5 km, en passant par l’avenue des Frères Lumière et la rue Feuillat. Qui plus est, comme cet itinéraire est très encombré aux heures chargées, cela représente un temps de trajet qui peut atteindre la 1/2 heure !

Pour les habitants du secteur Sysley / Dahlias qui veulent se rendre au Nord Est de la Ville, la conséquence sera la même. Et on peut craindre que certains essayent de contourner la difficulté en empruntant Rebatel à contre-sens jusqu’à la rue Elie Paris.

Cette décision de fermer la rue de l’Harmonie, qui est présentée comme permettant de mieux respirer en ville, va ainsi créer beaucoup de désagréments pour les riverains, va entraîner une augmentation des trajets et de l’encombrement automobile dans le secteur Lumière, ce qui bien sûr ne présente pas un bilan environnemental positif.

Cet aménagement aurait du être mieux réfléchi et concerté avec l’ensemble des habitants du secteur. Il me semble donc vraiment nécessaire de revoir cette décision tant qu’il est encore temps, pour retenir une solution sur un créneau horaire plutôt que permanente. “

La question du bilan environnemental se pose sérieusement. Sur ce plan, on voit le détour de 1,5 km que vont devoir faire tous les habitants des secteurs en jaune pour atteindre leur garage en arrivant par le Nord-Ouest. On peut estimer à 500 le nombre de logements concernés. Si seulement la moitié des familles concernées fait ce trajet chaque jour, cela fait un trajet cumulé quotidien inutile de 375 km.

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