Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Catégorie : Collectivités territoriales Page 1 of 13

Notre sécurité en question(s)

Depuis quelques mois, l’insécurité et les atteintes à la quiétude font la une de l’actualité à Lyon comme en France, enfin sans doute encore plus à Lyon tant notre métropole est touchée par des faits divers odieux. Les médias en parlent mais la réponse politique reste insuffisante… alors retour sur ce sujet chaud en quelques questions.

L’insécurité pose-t-elle problème à Lyon ? Oui bien sûr, quand nous constatons tous au quotidien combien notre vie est perturbée et dégradée par des comportements qui ne respectent pas les règles du vivre en société, avec l’agressivité en prime. La diffusion des nuisances à la tranquillité fait que la tension devient forte et permanente, avec des comportements qui portent atteinte à la sécurité quand il s’agit de rodéos, de tirs de mortiers… Cette diffusion se double de délits répétés dans nos quartiers :  trafics en toutes impunité, cambriolages à répétition, dégradations de véhicules… Et deux phénomènes deviennent particulièrement préoccupants : des comportements assumés pour s’approprier l’espace public (« on est chez nous ») et des faits divers qui montrent que certains n’ont plus aucune limite. A cet égard, le débat sur le terme « ensauvagement » fait figure de farce.

Est-ce un phénomène nouveau ? Non pas vraiment et on ne dira pas qu’il date de l’arrivée des élus écolos. Il y a eu une montée régulière depuis plusieurs années. Mais on constate une nette aggravation depuis le confinement.

Doit-on l’accepter, par aveuglement, angélisme ou fatalité ? Non bien sûr. La sécurité est la première des libertés, et c’est l’une des fonctions de base de l’Etat de protéger sa population. La situation actuelle mine la cohésion et la bonne marche de notre société. C’est par ailleurs un puissant facteur d’inégalité : les plus modestes, souvent en première ligne, en sont les premières victimes.

Qui doit agir ? C’est bien sûr à l’Etat de le faire en priorité. C’est toute la question des moyens à accorder à la Police nationale et d’abord du meilleur emploi de ces moyens. Mais c’est aussi et surtout une autre approche de la Justice, pour en finir avec ces trop nombreux constats d’impunité. Pour autant, il me semble que les collectivités doivent aussi s’en préoccuper. Le sujet est d’une telle intensité qu’il ne trouvera de solution que par une approche globale et la Ville et la Métropole interviennent dans de nombreux domaines en lien avec ce sujet (prévention de la délinquance, aides sociales, logement social, insertion professionnelle, mineurs isolés…). Et puis il y a la police municipale. Celle-ci doit intervenir dans la lutte contre la délinquance et dans un premier niveau de lutte contre la sécurité, et sans doute faut-il pour cela adapter les textes. Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que seule la Police nationale doit régler les problèmes. Certains acteurs politiques (y compris à droite et au centre il faut le constater) confondent l’engagement politique avec une plaidoirie devant un tribunal administratif ou un cour de droit en Fac. En tous cas, si on considère que la police municipale n’a pas à s’occuper de ces problèmes, il faut sérieusement se demander pourquoi on y consacre une part croissante de nos impôts locaux.

Que font nos nouveaux élus ? Après des déclarations floues et contradictoires dans la nouvelle majorité municipale, le nouveau Maire de Lyon Grégory Doucet a exprimé une vision minimaliste de l’action municipale, en appelant uniquement à la responsabilité de l’Etat et en faisant preuve de peu de volontarisme en termes de moyens (+ 20 agents de police municipale seulement sur le mandat). Quant à la vidéoprotection, elle fait toujours l’objet de réticences fortes chez les Verts. Tout cela est bien préoccupant et augure mal d’une amélioration des choses. On ne peut que lui conseiller de regarder les déclarations du Maire de Villeurbanne dans le Progrès du 18 septembre « je ne renverrai pas les problèmes de sécurité à l’Etat ». Je ne partage pas la plupart des orientations politiques du Maire de Villeurbanne mais il s’y prend mieux que le Maire de Lyon sur la sécurité.

Réflexions et clarifications d’après “vague” verte

Dans le prolongement du 1er tour, le 2e tour des élections municipale et métropolitaine à Lyon se traduit par une nette victoire de la coalition entre les Verts, la gauche et l’extrême gauche. On ne peut que le constater, pour ces élections du 15 mars et du 28 juin, une partie de la population, motivée par le programme des Verts, s’est bien mobilisée. Sans doute une partie de cette électorat du 2e tour n’a pas bien intégré que ce programme allait se traduire par des mesures portées par l’extrême gauche…

Cette victoire est néanmoins incontestable, c’est le jeu de la démocratie. C’est maintenant à cette nouvelle majorité de prendre les commandes, et nous savons que la situation économique et sociale du pays nécessite que les collectivités soient dirigées sans tarder. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il n’était à mon avis pas souhaitable de décaler les élections de plusieurs mois, à partir du moment où la situation sanitaire permettait la tenue du 2e tour.

Les Verts et leurs alliés de gauche et d’extrême gauche vont donc gouverner notre Métropole et notre Ville. Peut-être peut-on suggérer aux nouveaux élus de faire particulièrement preuve d’humilité et de retenue, d’une part parce que leur élection se fait avec une énorme abstention, et que l’adhésion des habitants à leur programme est donc limité et, d’autre part, parce que chacun doit bien prendre en compte le contexte nouveau de la crise économique et sociale post Covid.

Autre constat en effet incontournable : celui d’une abstention de haut niveau durable. Le 2e tour n’a pas changé la donne. Difficile d’en déterminer les raisons, et surtout leur part respective. Mais il faudra bien comprendre le phénomène, tant il interroge sur le fonctionnement démocratique. Il revient à notre famille politique de faire un travail de propositions, pour éviter qu’une telle vague verte se renouvelle lors des futurs scrutins, notamment pour les élections nationales de 2022.

Dans ce contexte, notre mouvement politique a donc perdu ces élections municipale et métropolitaine. Et je suis bien sûr très déçu que notre liste ne l’emporte pas dans la circonscription Lyon Est de l’élection métropolitaine… A ce sujet, je veux revenir sur la décision de s’allier pour ce 2e tour avec les listes « Un temps d’avance » de Gérard Collomb. Comme je l’avais écrit, je maintiens que c’était une décision responsable, reposant sur un accord sur l’essentiel pour répondre aux défis de la crise économique et sociale et proposer une alternative crédible au projet de l’alliance Verts-Extrême gauche. Maintenant, sans doute que la communication n’a pas été adaptée entre les deux tours et que trop de Lyonnais ont compris cette alliance comme la poursuite du mandat de Gérard Collomb.

Quelques mots aussi sur la « honte des procurations » qui décrédibilise notre système étatique. Depuis mars, chacun s’est ému de la faible participation et a appelé à assouplir le système des procurations, voire du vote, pour encourager la participation. Les administrations et les parlementaires ont sans doute passé beaucoup de temps (et donc d’argent) sur le sujet. Et au final, un petit aménagement dans la dernière ligne droite, qui ne simplifie en rien le processus des procurations… pire, de nombreuses procurations n’ont pas été prises en compte pour une question de délai. Franchement, c’est la honte pour notre démocratie, à l’heure de la société 4.0… une parfaite illustration de nos pesanteurs étatiques.

Pour terminer, quelques mots aussi sur mon départ du Conseil du 3e arrondissement. C’est bien sûr pour moi un déchirement tant j’ai apprécié défendre les intérêts des quartiers de notre arrondissement dans cette enceinte.

Je tiens à bien préciser que ce départ du conseil du 3e arrondissement n’est pas volontaire ou un choix déterminé comme certains ont voulu le faire croire. Indépendamment de mon engagement dans l’élection métropolitaine, c’est parce que les leaders locaux LR pour l’élection municipale n’ont pas souhaité ma présence sur la liste que je n’y étais pas. Je peux le préciser maintenant que la campagne est terminée. C’est important pour moi de le dire car je ne veux surtout pas que les habitants du 3e pensent que j’avais abandonné l’arrondissement…

Je regrette aussi que parmi les élus issus de la liste de la droite et du centre qui siègent dans l’opposition au sein du Conseil du 3e arrondissement, 5 sur 6 ne résident pas dans l’arrondissement. Puisque l’on se situe dans une configuration de défaite aux élections municipales, avec donc un nombre réduit d’élus, il me semble opportun que certains démissionnent pour faire entrer au Conseil d’arrondissement des suivants de liste qui eux résident dans le 3e. Les conseils d’arrondissement sont en effet faits pour assurer une représentation en totale proximité. C’est en tous cas l’approche que j’ai toujours défendue.

Affaires locales du 3e arrondissement

Vous le savez, depuis quelques temps déjà, je demande à Madame la Maire du 3e la tenue d’un conseil d’arrondissement, sous une forme adaptée au contexte du confinement. Il me semble en effet particulièrement important d’assurer la continuité des institutions pendant les périodes de crise et par ailleurs, un conseil d’arrondissement est un lieu de débat et d’échanges sur les affaires locales, et la crise sanitaire amène à se poser des questions. Voici en tous cas les questions que j’ai posées à Catherine Panassier.

1) Il me semble très important de s’assurer que les personnes âgées isolées/personnes fragiles se voient proposer des solutions pour se ravitailler. Certes il faut espérer que la solidarité de voisinage joue son rôle. Mais notre collectivité ne peut se contenter d’espérer cela. Vous nous avez indiqué que le CCAS effectuait des appels, comme cela se fait pendant la canicule. Peut-on avoir un bilan quantitatif des appels réalisés ? Quelles sont les catégories de personnes contactées ? Je vous pose ces questions car dans les appels que j’ai pu réaliser en fonction de mes connaissances, j’ai constaté que des personnes pourtant fragiles n’avaient eu aucun appel.

2) La situation des entreprises, et notamment des plus petites d’entre elles, est très difficile. Dans ce contexte, le respect des délais de paiement est primordial pour ne pas augmenter les problèmes de trésorerie. La Ville de Lyon a-t-elle donné des consignes pour payer le plus visite possible les factures de ses fournisseurs ?

3) Relativement au confinement, la nécessité de ne pas se regrouper dans la rue est-elle respectée ?

4) Fermeture des marchés : j’ai lu dans la presse l’évolution de l’actualité lyonnaise sur le sujet. Dans ce contexte, pour limiter les difficultés des producteurs, est-on assuré que tous les producteurs présents sur les marchés habituels du 3e ont bien été contactés pour leur proposer de participer aux dispositifs alternatifs de commercialisation de leur production ?

5) Les structures de portage de repas à domicile vont-elles bénéficier de dotations appropriées en masques de protection ?

Combler les lacunes de notre démocratie

J’ai assisté vendredi 8 mars au Grand débat organisé dans le 3e arrondissement ; assisté, car en tant qu’élu, l’objectif était bien d’écouter et de ne pas prendre part aux débats, même si ce n’est pas l’envie de le faire qui manquait… Mon choix s’est porté sur le groupe “Démocratie et citoyenneté”, pour tenter de bien comprendre les sources du mouvement des Gilets jaunes.

Les échanges qui se sont déroulés dans ce groupe ont montré que pour les personnes présentes, notre pays souffrait d’un important déficit de démocratie, et cela à tous les niveaux. Ont ainsi été pointés :

  • le constat d’un manque de courroie de transmission entre les citoyens et l’Etat, avec le sentiment que les Français n’ont pas la possibilité de s’exprimer sur l’ensemble des choix de politique nationale qui sont opérés. Des participants ont aussi pointé le fait que les parlementaires ne rendent pas compte de façon détaillée de leurs votes et positions. En réponse à ce constat, la proposition a été émise que les maires, et les conseils municipaux dans leur ensemble, en tant qu’interlocuteurs de proximité de confiance, pourraient organiser régulièrement des échanges ouverts avec la population, sur toutes ses préoccupations, pour les faire remonter au niveau national,
  • des échanges entre citoyens et autorités qui fonctionnent mal y compris sur les sujets locaux, qui relèvent des compétences des collectivités territoriales,
  • et dans ce domaine, des lacunes particulières sont pointées sur la conception et la mise en œuvre des grands projets d’aménagement (type Part-Dieu).

A l’écoute de ce diagnostic citoyen, je ne pouvais m’empêcher de penser à tous les dispositifs institutionnels censés assurer cette fonction de courroie de transmission démocratique :

  • les parlementaires tout d’abord, et notamment les députés, dont l’un des rôles me semble bien être de faire le lien entre la population, dans sa diversité d’opinions et de situations, et l’adoption des lois ou le contrôle de l’action gouvernementale. Si l’on en arrive à ces constats, sans doute faut-il que les parlementaires remettent aussi en question leur façon de fonctionner : être plus à l’écoute de leurs électeurs sur les sujets de politique nationale, de façon générale et en prévision des projets de loi, et ce pas seulement dans le cadre de leur mouvement politique ; assurer de façon plus systématique et moins marketing le compte-rendu de leur activité.
  • les outils de démocratie participative, et notamment les conseils de quartier dans les grandes villes : le constat ne peut-il être fait qu’ils sont bien trop souvent tenus à distance du processus démocratique réel, avec des élus qui font en sorte de les “occuper” sur des thématiques annexes ? Le constat ne peut-il être fait aussi d’une participation citoyenne et d’une représentativité qui peuvent perdre de l’effectivité avec le temps, pour de multiples raisons ?
  • les processus de concertation sur les grands projets, et notamment les enquêtes publiques ou autres débats publics : des moyens importants y sont consacrés. Mais on peut faire deux constats : d’une part ils restent difficiles d’accès, avec des approches techniques qui masquent les vraies questions démocratiques, et d’autre part, des interrogations sur l’usage qui est fait des avis exprimés, avec une certaine logique du “cause toujours”…

Tous ces dispositifs ont un coût, consomment des ressources. Leur efficacité insuffisante est donc une question majeure, si on en revient à l’une des problématiques d’origine du mouvement des Gilets jaunes : le ras-le-bol fiscal et l’interrogation sur l’usage des fonds publics. Certes, ce n’est pas dans le fonctionnement démocratique de notre pays que l’on trouvera tous les milliards d’euros dont on a besoin pour répondre aux besoins de la population et du pays. Mais revoir leur efficience doit y contribuer.

Il y a donc bien un chantier à mener pour revoir les outils de notre démocratie : d’une part pour que celle-ci soit assurée de façon plus efficace et concrète et d’autre part, pour qu’elle fonctionne de façon plus efficiente.

 

La Métropole 2020 ne doit être ni un syndicat de communes, ni la IVe République

En créant la Métropole de Lyon, le législateur a prévu qu’après une période transitoire, les habitants désigneront directement en 2020, lors d’un scrutin dédié parallèle au scrutin municipal, le Conseil métropolitain. Cette nouveauté pour 2020 n’est pas une simple modalité électorale. Elle est la conséquence logique du fait que la Métropole est reconnue comme un territoire constituant une collectivité territoriale en tant que tel.

Clairement, il s’agit d’une avancée car cette élection dédiée est censée permettre aux habitants de s’exprimer sur les grands enjeux et ce au bon niveau. En effet, c’est bien au niveau du territoire métropolitain dans son ensemble que l’on peut sérieusement aborder les sujets suivants :

  • La voirie et les déplacements urbains,  pour assurer à la fois l’accessibilité de la Métropole et la mobilité interne : plus que jamais notre agglomération a besoin d’un plan d’ensemble pour assurer cohérence et équilibre dans les déplacements,
  • Une croissance bien répartie de la population et donc un effort partagé en matière de logements,
  • Les mesures de préservation de l’environnement, pour améliorer la qualité de l’air, maintenir des trames vertes, gérer la ressource en eau…,
  • La bonne gestion prévisionnelle de l’espace, pour assurer les équilibres entre zones d’habitations, espaces verts et lieux pour l’activité économique,
  • L’appui au développement économique et à l’innovation pour faire émerger et soutenir les pôles d’excellence qui apporteront création de richesses et emplois,
  • Le rapprochement entre demande et offre d’emplois

Sur tous ces sujets, les problèmes, les contraintes et les opportunités ne “respectent” pas les limites communales. Dès lors, les politiques ne peuvent se concevoir au niveau communal. C’est bien au niveau de la Métropole qu’il faut le faire, et encore peut-on faire le constat que les dynamiques débordent souvent des limites métropolitaines.

Les nouvelles règles pour 2020 ouvrent la possibilité d’avoir enfin une vraie élection métropolitaine : un programme et des propositions pour faire face aux enjeux au niveau de l’ensemble de la Métropole et des habitants qui se prononcent clairement sur ces enjeux métropolitains. Même si l’organisation des élections se fera dans le cadre de plusieurs circonscriptions et non d’une seule, c’est bien cela l’objectif à atteindre.

C’est la logique et le nouveau cadre posé par la loi mais encore faut-il que nous ne rations pas ce rendez-vous démocratique ? Car il subsiste un double risque important.

Celui du syndrôme “syndicat de communes”. Même si la loi a changé, il y a toujours le risque que le débat politique s’organise sur la base communale, pour préserver les différents “fiefs”. La campagne serait ainsi conduite sur la base des compétitions politiques habituelles, en fonction d’enjeux d’abord locaux avec un peu de vernis métropolitain. Pour la définition d’une vraie politique métropolitaine, si tant est qu’il puisse y en avoir une, il faudrait attendre l’après-élection, et les négociations entre représentants des territoires locaux… Autant dire que le résultat serait encore largement en deçà des besoins.

Pour faire le parallèle avec la Région, imagine-t-on que la ligne politique de cette importante collectivité soit construite après les élections, en fonction des résultats dans chacune des sections départementales ?

L’autre risque est celui du syndrôme “IVe République”. Il pourrait résulter d’une approche hautement politicienne des élections, avec la multiplication de tendances politiques espérant obtenir des sièges grâce au scrutin proportionnel. L’éclatement du conseil métropolitain actuel en de multiples groupes politiques, dont de nombreux micro-groupes, montre que ce n’est pas un risque théorique. Comme pour le scenario précédent, cela nuirait fortement à la mise en place d’une vraie vision métropolitaine, car les choix politiques seraient alors le résultat de tractations politiques pour constituer une majorité.

Dans l’un et l’autre des scenarios, la conclusion est prévisible : une Métropole au dynamisme entravé, alors que l’enjeu est celui d’une collectivité qui doit donner toute sa puissance dans le contexte européen.

Il est plus que temps d’entrer dans une vraie campagne métropolitaine !

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