Pierre Bérat

Conseiller municipal de Lyon 3e, Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes

Catégorie : Déplacements Page 1 of 14

Des interrogations sur les priorités dans les aménagements de voirie

COMMUNIQUE DE PRESSE

Le 11 octobre, le décès d’une dame à vélo suite à un accident avec un poids lourd a créé une vive émotion. Après le temps du recueillement, il faut en tirer des enseignements : la nécessité de sécuriser en priorité les lieux sensibles de la voirie et la nécessité de clarifier et d’homogénéiser les marquages et signalisations.

Vendredi 11 octobre, une dame circulant à vélo a perdu la vie dans un accident avec un poids lourd au carrefour Lacassagne/Félix Faure à Lyon 3e. Cette nouvelle a créé une vive émotion tant il est insupportable qu’une vie soit ainsi perdue dans un déplacement du quotidien. Cette nouvelle a été d’autant plus terrible que le même matin, un autre accident grave impliquant un cycliste est intervenu à la limite de Villeurbanne et de Lyon 3e.

Chacun pense à la douleur de la famille et je lui présente toutes mes condoléances.

L’analyse des circonstances précises du drame est en cours et elle rendra ses conclusions. Mais après le temps du recueillement, il est de notre responsabilité, pour l’intérêt général, d’en tirer déjà des enseignements.

Chacun mesure combien la circulation en ville devient complexe et combien il est aujourd’hui nécessaire d’arriver à bien organiser le partage de la voirie entre les différents modes de déplacement, en recherchant l’apaisement du trafic.

Dans cette perspective ce drame nous appelle à mon avis à retenir deux priorités :

  • D’abord, alors que les investissements en aménagements de voirie sont intenses à Lyon, ne faudrait-il pas donner la priorité à la sécurisation des lieux les plus sensibles ? Le carrefour Lacassagne/Félix Faure où s’est produit l’accident est de ceux-là. Il suffit d’échanger avec les riverains, les piétons et les cyclistes qui l’empruntent pour le comprendre. Sa sécurisation doit intervenir sans attendre, à commencer par le marquage de la continuité des bandes cyclables dans le carrefour.
  • Ensuite, il faut rendre plus claires et homogènes les marquages et signalisations qui matérialisent les règles de circulation et la place des cyclistes et des piétons. Aujourd’hui, les usagers de la voirie se trouvent confrontés à une trop grande diversité de situations qui apparaît perturbante.

Mea Culpa

Il y a un an, au sortir de la période estivale, je dénonçais une desserte en transports en commun à Lyon en juillet-août indigne d’une métropole européenne. Mea culpa ! Ces propos étaient en effet décalés… tant la situation de cet été s’est avérée encore bien pire !!! Pour les malheureux travailleurs de juillet-août ou les touristes, la mobilité à Lyon cet été a été un calvaire.

Comme chaque année, il a déjà fallu faire face aux fréquences largement allégées, avec des délais de 7/10 minutes entre les dessertes, y compris sur les lignes fortes. Sur un voyage avec correspondances cela fait rapidement tourner l’horloge du déplacement…

Mais il a fallu compter aussi avec une multitude incroyable de chantiers qui a complètement désorganisé le réseau. Il y a bien sûr le cas de Confluence, redevenue une enclave le temps de cet été avec l’interruption des lignes de tram… une vraie galère pour beaucoup de monde compte tenu de l’importance qu’a pris le secteur en termes de pôle d’activité. Mais au-delà de ce point noir, les problèmes étaient partout, avec des interruptions de lignes et des modifications d’itinéraires systématiques. Franchement, les désagréments pour les personnes qui ont eu à se déplacer quotidiennement à Lyon pendant l’été ont été très importants, en termes de temps perdu, de mauvaises conditions de transport, de stress.

Alors bien sûr, les autorités responsables de cette situation vont évoquer la nécessité de faire des travaux et l’intérêt de les concentrer au maximum l’été, quand il y a moins de monde. Comme les élections approchent, il est vrai que la situation était particulièrement tendue cette année…

Deux opinions sur cette vision des choses.

Tout d’abord, comme je le disais déjà l’année dernière, il serait peut-être temps d’intégrer le fait que pour une grande métropole, un certain niveau d’activité continue pendant l’été. Les salariés ne bénéficient pas d’une “trêve” aussi longue que la trêve politique de deux mois. Quand on ajoute les températures de plus en plus chaudes, il serait peut-être opportun de ne plus systématiquement passer par pertes et profits les conditions de vie des travailleurs estivaux. Et puis il y a les touristes, de plus en plus nombreux à Lyon. Pense-t-on à l’image qu’ils ont de la ville face à un niveau aussi dégradé de la desserte en transports en commun ?

Ensuite, je m’interroge sur les mesures prises pour pallier les conséquences de certains travaux. Effectivement, dans certains cas, des solutions de substitution ont été mises en place, avec par exemple des bus relais ou de nouveaux arrêts provisoires. De toute évidence, ces mesures ont été définies à partir de normes techniques appliquées de façon systématique. Mais a-t-on pensé aux besoins des usagers, à la façon de réduire au mieux les nuisances liées au bouleversement du réseau du fait des travaux ? On peut en douter quand on voit par exemple la difficulté à récupérer le bus relais de Confluence à la sortie du métro Perrache ou bien encore la localisation de l’arrêt provisoire du C3 à Cordeliers, bien caché derrière l’Eglise Saint Bonaventure, lorsque la ligne a été coupée.

Bref, il y a une vraie remise en question à opérer sur la gestion des transports collectifs à Lyon pendant la période estivale.

 

Comment maîtriser le déploiement des trottinettes en free floating ?

Ci-dessous mon intervention en Conseil municipal du 25 mars 2019 à propos du développement des trottinettes en free floating à Lyon.

En quelques mots, voici l’approche qui me semble être la bonne :

  • Les trottinettes, y compris les trottinettes électriques, ont une utilité en termes de mobilité et peuvent contribuer à la diminution de la pollution. Elles doivent donc trouver leur place dans notre stratégie de mobilité à Lyon.
  • Compte tenu de leur vitesse, il faut souhaiter que la future loi LOM permette de déterminer dans quel espace elles doivent circuler. Pour ma part, je pense qu’il ne faut pas permettre la circulation sur les trottoirs. L’usage doit se faire sur les voies et bandes cyclables et sur la chaussée, à l’exclusion des grands axes.
  • Pour ce qui est des trottinettes en free floating, si la concurrence est bien sûr avantageuse, il faut néanmoins souhaiter que le marché trouve son équilibre pour éviter un trop grand nombre d’opérateurs, compte tenu des limites de l’espace public. Et les services en free floating doivent intégrer une redevance pour usage de l’espace public, comme toutes les activités économiques qui l’occupent.
  • En matière de stationnement, il faut veiller à ne pas faire perdre à ce moyen de déplacement l’atout du trajet de point à point. Si l’on va vers une obligation de stationner dans des zones délimitées, il faut donc que le maillage de ces zones soit très dense, pour offrir à chacun des possibilités de stationner et de trouver des trottinettes à proximité, et ce pas seulement dans le centre de la ville mais dans tous les quartiers. Cette exigence de maillage dense amène à évaluer au préalable le coût des aménagements. Il faut à mon avis aussi aborder la question sous l’angle de la responsabilisation des utilisateurs. Il n’est pas souhaitable de pénaliser tous les utilisateurs parce que certains manquent de civisme. Il faut donc miser sur les capacités d’innovation technologique pour faire en sorte qu’il soit possible de vérifier que chacun stationne l’engin correctement, avec pénalisation de l’usager/client si ce n’est pas le cas.

 

La Métropole 2020 ne doit être ni un syndicat de communes, ni la IVe République

En créant la Métropole de Lyon, le législateur a prévu qu’après une période transitoire, les habitants désigneront directement en 2020, lors d’un scrutin dédié parallèle au scrutin municipal, le Conseil métropolitain. Cette nouveauté pour 2020 n’est pas une simple modalité électorale. Elle est la conséquence logique du fait que la Métropole est reconnue comme un territoire constituant une collectivité territoriale en tant que tel.

Clairement, il s’agit d’une avancée car cette élection dédiée est censée permettre aux habitants de s’exprimer sur les grands enjeux et ce au bon niveau. En effet, c’est bien au niveau du territoire métropolitain dans son ensemble que l’on peut sérieusement aborder les sujets suivants :

  • La voirie et les déplacements urbains,  pour assurer à la fois l’accessibilité de la Métropole et la mobilité interne : plus que jamais notre agglomération a besoin d’un plan d’ensemble pour assurer cohérence et équilibre dans les déplacements,
  • Une croissance bien répartie de la population et donc un effort partagé en matière de logements,
  • Les mesures de préservation de l’environnement, pour améliorer la qualité de l’air, maintenir des trames vertes, gérer la ressource en eau…,
  • La bonne gestion prévisionnelle de l’espace, pour assurer les équilibres entre zones d’habitations, espaces verts et lieux pour l’activité économique,
  • L’appui au développement économique et à l’innovation pour faire émerger et soutenir les pôles d’excellence qui apporteront création de richesses et emplois,
  • Le rapprochement entre demande et offre d’emplois

Sur tous ces sujets, les problèmes, les contraintes et les opportunités ne “respectent” pas les limites communales. Dès lors, les politiques ne peuvent se concevoir au niveau communal. C’est bien au niveau de la Métropole qu’il faut le faire, et encore peut-on faire le constat que les dynamiques débordent souvent des limites métropolitaines.

Les nouvelles règles pour 2020 ouvrent la possibilité d’avoir enfin une vraie élection métropolitaine : un programme et des propositions pour faire face aux enjeux au niveau de l’ensemble de la Métropole et des habitants qui se prononcent clairement sur ces enjeux métropolitains. Même si l’organisation des élections se fera dans le cadre de plusieurs circonscriptions et non d’une seule, c’est bien cela l’objectif à atteindre.

C’est la logique et le nouveau cadre posé par la loi mais encore faut-il que nous ne rations pas ce rendez-vous démocratique ? Car il subsiste un double risque important.

Celui du syndrôme “syndicat de communes”. Même si la loi a changé, il y a toujours le risque que le débat politique s’organise sur la base communale, pour préserver les différents “fiefs”. La campagne serait ainsi conduite sur la base des compétitions politiques habituelles, en fonction d’enjeux d’abord locaux avec un peu de vernis métropolitain. Pour la définition d’une vraie politique métropolitaine, si tant est qu’il puisse y en avoir une, il faudrait attendre l’après-élection, et les négociations entre représentants des territoires locaux… Autant dire que le résultat serait encore largement en deçà des besoins.

Pour faire le parallèle avec la Région, imagine-t-on que la ligne politique de cette importante collectivité soit construite après les élections, en fonction des résultats dans chacune des sections départementales ?

L’autre risque est celui du syndrôme “IVe République”. Il pourrait résulter d’une approche hautement politicienne des élections, avec la multiplication de tendances politiques espérant obtenir des sièges grâce au scrutin proportionnel. L’éclatement du conseil métropolitain actuel en de multiples groupes politiques, dont de nombreux micro-groupes, montre que ce n’est pas un risque théorique. Comme pour le scenario précédent, cela nuirait fortement à la mise en place d’une vraie vision métropolitaine, car les choix politiques seraient alors le résultat de tractations politiques pour constituer une majorité.

Dans l’un et l’autre des scenarios, la conclusion est prévisible : une Métropole au dynamisme entravé, alors que l’enjeu est celui d’une collectivité qui doit donner toute sa puissance dans le contexte européen.

Il est plus que temps d’entrer dans une vraie campagne métropolitaine !

Deux questions après la tornade médiatique

Le départ de Gérard Collomb du Gouvernement et son retour sur Lyon ont créé le buzz il y a quelques jours, non sans raison… Après, s’il ne voulait plus être Ministre de l’intérieur, mieux valait effectivement qu’un changement intervienne rapidement pour que quelqu’un s’occupe pleinement de la sécurité. Mais après cet emballement médiatique, deux interrogations me semblent d’importance.

Tout d’abord une interrogation sur nos institutions. En quelques mois, nous avons vu se dessiner un panorama préoccupant :

  • une majorité parlementaire écrasante mais qui s’avère sans contenu politique, au bout d’une année seulement,
  • une affaire Benalla dont on nous dit qu’elle est le triste résultat de “dérapages personnels” mais qui pose tout simplement la question de “comment une telle chose peut arriver au cœur de l’Etat ?”. Heureusement que le Sénat est à la hauteur de ses responsabilités avec sa commission d’enquête.
  • des ministres qui vont et viennent au gré de leurs projets et déceptions… On notera que De Gaulle avait eu la sage précaution de prévoir, avec la Ve République, qu’un Ministre quittant le Gouvernement ne retrouvait pas son siège de parlementaire… mais cette sage précaution a été levée depuis…
  • et je terminerai par cette consternante visite du Président à Saint Martin au cours de laquelle, outre des photos décalées, il déplore une reconstruction trop lente… comme s’il n’était pas la première personne en charge…

Tout cela pose question sur nos institutions, et donc sur notre constitution. Gaulliste, je mesure ce que la Ve République a apporté au pays. Mais dans le monde d’aujourd’hui, avec la force de l’hyper-communication superficielle, reste-t-elle adaptée pour assurer le meilleur avenir au pays ? N’a-t-on pas besoin de nouvelles dispositions protectrices, rééquilibrant les pouvoirs ? On pourra me répondre que les comportements présents ne doivent pas faire douter de nos institutions. Le problème c’est qu’une constitution est faite pour éviter ce genre de dérapages.

Pour ce qui est du retour de Gérard Collomb sur Lyon, il m’évoque une autre question. Le sujet du renouvellement a été largement évoqué. Mais qu’en est-il du projet politique ? Gérard Collomb nous dit qu’il revient sur Lyon pour reprendre son action au service du développement de la Métropole. Mais selon quelles orientations politiques ?

Chaque jour, nous pouvons lire dans la presse que telle ou telle composante des majorités municipale ou métropolitaine actuelles n’est plus disposée à suivre Collomb, que ce retour n’emballe pas certains de ses anciens soutiens, et pas seulement pour la perte de pouvoir qui en découle. Alors avec qui Collomb compte-t-il bâtir un projet ?

Dans ce contexte, il serait surtout intéressant que Gérard Collomb nous livre sa vision pour la Métropole. Quels projets en termes d’infrastructures pour assurer les mobilités, quelles initiatives pour affirmer notre rôle de métropole économique européenne, quelle détermination à lutter contre la délinquance (d’autant plus nécessaire quand on a entendu son diagnostic particulièrement lucide à l’occasion de sa passation de pouvoir au Ministère de l’intérieur), quel plan pour faire en sorte que la coûteuse technostructure métropolitaine devienne réellement un facteur efficace de développement et de rayonnement ?

Souhaitons que les prochaines semaines apportent des réponses…

 

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