Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Catégorie : Espaces verts Page 3 of 8

Réenchantement ?

Dans cette campagne municipale, la majorité socialiste sortante met en avant son bilan. C’est vrai pour l’ensemble de la ville, c’est vrai aussi pour le 3e arrondissement. Cela mérite donc de revenir un instant sur ce qui est avancé. D’autant plus que l’exercice des élus sortants ne manque pas d’emphase…

Je commence en disant que bien évidemment, tout n’est pas négatif dans ce bilan. Je me félicite du début de réalisation de la rue Garibaldi nouvelle (nous le demandons depuis 2000) et nous sommes bien sûr favorables à la poursuite du projet, même si nous réexaminerons certains choix en fonction de notre vision pour la Part-Dieu. Je me félicite aussi du “nouveau foyer de Montchat”, l’Espace Elsa Triolet, un équipement là encore attendu depuis quinze ans. Je maintiens néanmoins, à propos de cet équipement, qu’il n’est pas normal qu’un tel investissement ne permette pas de répondre à tous les besoins du quartier en termes d’animation.

Je trouve également très bien le Salon du livre pour ados et jeunes adultes, qui a été lancé pendant ce mandat et qui s’est tenu ce week-end. Je l’ai visité avec intérêt et c’est une manifestation qui aura notre soutien pour l’avenir.

Tout n’est pas négatif mais pour autant, ce bilan de l’équipe PS n’est pas satisfaisant, et c’est bien pour cela que nous proposons une alternative. Il n’est pas satisfaisant et il ne mérite certainement pas les qualificatifs employés par le Maire PS sortant Thierry Philip dans son auto-évaluation : un 3e réenchanté, un 3e métamorphosé, un 3e valorisé.

Un 3e valorisé ? Thierry Philip nous donne quelques exemples de bâtiments publics mis en valeur. Mais à côté de cela, la majorité sortante a fait preuve d’une inaction évidente pour préserver l’urbanisme traditionnel de Montchat, préférant viser une banalisation du quartier (cf. les positions que j’ai développées sur ce blog). Et valoriser le 3e, ce devrait être aussi valoriser les personnes qui font vivre l’arrondissement. Et en la matière, force est de constater que nos clubs sportifs n’ont pas toujours reçu l’appui attendu, que nos institutions culturelles auraient pu être mieux promues et que les associations de commerçants auraient aussi pu être mieux soutenues.

Un 3e métamorphosé ? Le Petit Robert nous dit qu’une métamorphose est un changement de forme, de nature ou de structure, si considérable que la chose qui en est l’objet n’est plus reconnaissable. Une métamorphose peut donc être positive ou négative. Le maire PS sortant cite les grandes opérations urbaines réalisées ou lancées depuis 2008 : l’aménagement des tènements Merck-RVI, le nouveau quartier de la Buire, la Part-Dieu 2020. A mon avis, ces projets sont autant d’exemples d’une mutation de la ville qui pose problème car elle ne prend pas suffisamment en compte les habitants et pêche par défaut d’urbanisme, c’est-à-dire qu’il s’agit d’opérations développées sans chercher à en faire bénéficier les quartiers autour. Part-Dieu 2020 l’illustre clairement : les moteurs du projet sont l’agrandissement de la gare et la construction “aléatoire” de tours. Pour le reste, les quartiers d’habitation qui entourent le cœur de la Part-Dieu sont des variables d’ajustement, qui doivent subir les nuisances en termes de densification et d’engorgement de la circulation. Les constructions nouvelles ne constituent pas une métamorphose positive si elles sont déconnectées de la vie urbaine.

Un 3e réenchanté ? Rien que cela ! Je ne vois pas d’enchantement en termes d’urbanisme quand on construit une gare de triage pour trams à la place de l’extension de l’Esplanade Dauphiné-Sans Souci, ou quand le bâti de certaines portions des rues Baraban ou Paul Bert reste dans le même état de délabrement. Je ne vois pas d’enchantement quand on ferme dans la précipitation la résidence pour personnes âgées Constant, malgré le stress provoqué chez les résidents, pour finalement créer une friche sociale pour plusieurs années. Pas d’enchantement non plus quand on programme des démolitions de résidences à la Part-Dieu sans même que les occupants soient personnellement informés dès le lancement du projet. Comment encore peut-on parler d’enchantement quand la tranquillité publique n’est pas assurée dans tant de lieux de notre arrondissement, que les abords de la gare Part-Dieu sont une cour des miracles, théâtre de délits à répétition, ou qu’une prostitution sordide se déroule autour de la place Gabriel Péri ?

On est cependant content d’apprendre que les élus PS ne s’occupent pas uniquement du marketing de leur bilan, mais qu’ils s’intéressent aussi à notre campagne ! La preuve en photo via ce lien (j’espère que le bleu du bandeau de mon blog n’aura pas trop juré avec le rose du chèche du maire sortant !).

 

Autosatisfaction malvenue

Ecoutant Gérard Collomb dimanche dernier à l’inauguration des berges de Saône, j’ai été étonné de le voir se satisfaire du modèle lyonnais de cohésion, modèle qui expliquerait une situation plus enviable que dans d’autres villes (sans doute voulait-il faire allusion à Marseille). D’abord, je pense qu’un Maire doit éviter de porter des jugements sur d’autres villes. Ensuite et surtout, la situation lyonnaise en termes de sécurité ne me semble pas justifier un tel contentement. Pour ne parler que de la situation du 3e arrondissement : viols dans les coursives de la gare Part-Dieu, braquages de commerces, trafics de la place du Pont, agression contre les pompiers cet été devant l’auditorium…

Il y a aussi l’intéressant dossier qui vient de paraître dans LyonMag2 sur les cartes de l’insécurité à Lyon. On apprend ainsi que le 3e arrondissement est bien mal placé. Je l’avais déjà signalé il y a quelques mois à propos du nombre record de cambriolages. Un bilan pas brillant dans un arrondissement dont le Maire, Thierry Philip, a pourtant dit que dans sa vocation de chef d’orchestre, il prenait directement les choses en mains… Il faudra le faire aussi pour le bilan !

Et puis il y a aussi la tranquillité publique. Je ne compte plus les témoignages d’habitants depuis la rentrée qui me font part de l’été difficile qu’ils ont passé du fait de nuisances dans les espaces publics, notamment la nuit. Le centre de Monchat a dû supporter régulièrement des cris la nuit, des équipements publics récemment installés ont été dégradés. Les riverains ont dû supporter une occupation du square de la place de la Reconnaissance jusqu’à 2H du matin ! Pas idéal quand il faut se lever à 6H du matin pour aller travailler. On peut aussi mentionner la Buire, la place Sainte Anne, Bazin…. et bien sûr la boîte à ciel ouvert des berges du Rhône.

Peut-être que pour certains des responsables de cette ville qui s’absentent de Lyon tout l’été cette situation importe peu. La réalité des Lyonnais est autre : ils sont en général présents la moitié de l’été, pour y travailler. Nombreux sont aussi ceux qui restent tout l’été à Lyon. Chacun a droit à la quiétude de son cadre de vie. Il est bien que les espaces publics contribuent à la convivialité des quartiers, mais je dirais aux “heures ouvrables”. On ne peut accepter un usage non maîtrisé de nos places, parcs et jardins.

Toujours d’après les témoignages que j’ai collectés, la Mairie semble avoir fait la sourde oreille aux problèmes signalés, quand elle n’avoue pas une incapacité à agir. La Ville doit pouvoir agir. Elle dispose d’une des plus importantes polices municipales du pays. Ce bel outil doit être mobilisé pour empêcher ces dérives.

Une couverture bien significative (aberration II) !

Quel ne fut pas mon étonnement à la vue du dernier journal de la Mairie du 3e ! La photo de couverture, qui illustre le dossier “La nature au cœur du 3e”, est celle du passage Bouchut, derrière la bibliothèque de la Part-Dieu.

Je trouve que cette photo est parfaitement significative des limites de la Mairie PS du 3e arrondissement : elle illustre à la fois les aberrations réalisées et prévues, et une communication déconnectée de la réalité.

Cette photo est en effet celle d’un lieu qui est devenu plutôt agréable au plan de la qualité du cadre de vie : comme beaucoup, j’aime emprunter la voie cyclable du passage Bouchut qui longe la bibliothèque. Le problème, c’est ce que va devenir cet espace. Puisque parmi les premiers projets de Part-Dieu 2020, il est prévu de créer à cette endroit une nouvelle rue (prolongement de Bouchut pour la circulation automobile) afin de compenser la suppression des voies pour le trafic automobile rue Servient sous la Part-Dieu ! Il faut donc plutôt imaginer ce lieu avec une nouvelle voirie à la place de la haie !

Ce projet est l’une des aberrations du projet Part-Dieu. Pour soi-disant faciliter le cheminement des piétons qui sortent de la gare SNCF, on va supprimer la circulation automobile au début de la rue Servient, pour n’y laisser un passage que pour le tram et les piétons. Est-ce vraiment la première chose qu’un piéton a envie de faire, s’engouffrer sous le centre commercial, pour atteindre la presqu’île ? Tout cela parce que quelques personnes empruntent la voie du tram à pieds… Et dans le même temps, on va encore complexifier la circulation automobile et amener les flux de circulation dans le prolongement de la rue Bouchut, dans un endroit qui était effectivement tranquille !

Quant à la communication, finalement peu importe la réalité de la situation, l’essentiel pour nos élus PS c’est de raconter une histoire…

 

C’est quoi cette concertation ?

Quel bilan tirer en matière de concertation après 5 ans de gauche plurielle dans le 3e arrondissement ? Attention, sur ce sujet de la démocratie participative, comme sur celui de la culture, nous sommes dans le domaine réservé de la gauche ! Elle serait la seule à en maîtriser la théorie et la pratique… Que pouvons-nous constater dans le 3e arrondissement ?

Le premier constat que l’on peut faire, c’est celui d’une concertation très étroitement encadrée. L’adjoint à la démocratie de proximité est le spécialiste en la matière, qui ne manque pas une occasion d’affirmer en préambule des réunions, ou de “faire un rappel au réglement”, pour tracer la frontière de ce qui est discutable dans les projets. Avec une telle approche, nos élus de gauche semblent douter de la capacité des citoyens à avoir un avis sur toutes les dimensions d’un problème. Ces cadrages donnent la malheureuse impression d’un père de famille traçant à ses enfants les limites du terrain de jeu… Cette concertation encadrée est bien sûr inacceptable, et je sais que nombreuses sont les personnes impliquées dans les conseils de quartier à partager ce point de vue. Cela explique d’ailleurs les nombreux abandons et démissions des conseils de quartier, que l’histoire municipale officielle tient bien sûr à gommer…

Dans les limites qui sont fixées par nos élus de gauche, ce que l’on peut dire c’est qu’il y a eu du bon et du moins bon en matière de concertation dans le cadre des conseils de quartier. Il faut reconnaître que sur certains projets de proximité, cette concertation a été réelle.

Mais, globalement, notre arrondissement a connu de grosses lacunes en matière de concertation.

Notons d’abord que certaines décisions ont été prises en l’absence de toute concertation : urbanisation du quartier de la Buire, création du terminus du tram pour le Grand Stade sur l’Esplanade Villette, modification à venir de l’itinéraire du C13 (l’information n’est pas concertation), réaménagement prévu de la place de Francfort (l’absence de concertation a conduit in fine au blocage du projet).

Pour l’aménagement des friches RVI et Merck, là encore, la concertation a été absente. La Mairie PS du 3e arrondissement ose écrire dans son bilan de mandat : “RVI une page nouvelle s’écrit, projet concerté avec vous” ! C’est l’un des mensonges du document. Car ces dernières années, aucune réflexion participative n’a été menée avec les habitants pour savoir comment ils voyaient le futur de ces “morceaux de ville”, au coeur du 3e (voir sur ce blog tous les billets que j’ai pu écrire sur le sujet). Nos édiles ont décidé pour nous, imposant leurs choix.  Le seul élément qui soit concerté, c’est l’aménagement interne de l’espace vert prévu dans le projet global. Je pense pour ma part que les choix sur le devenir de la Ville et de ses composantes peuvent aussi être concertés, bref une concertation sur l’urbanisme est possible et nécessaire.

Enfin nous souffrons aussi dans le 3e arrondissement de la concertation “écran de fumée”. J’entends par là les opérations de communication à gros budget censées apporter les informations et collecter le point de vue des habitants. Celle sur l’aménagement de la rue Garibaldi était dans cette lignée. Mais le summum est atteint avec la concertation “Part-Dieu 2020”, le Grand Lyon organisant un show autour du projet sans pour autant délivrer les informations qui impactent directement les habitants concernés, et sans prendre le temps de les écouter. La manipulation apparaît clairement lors des conférences du projet au cours desquelles des experts débatent pendant deux heures des concepts, avant de laisser la place à quelques questions des habitants, auxquelles nos élus daignent répondre… tant que ces questions sont jugées d’un “bon niveau”.

Bref, le 12e engagement de la gauche plurielle du 3e arrondissement, “concerter pour mieux décider” est bien imparfaitement tenu. D’abord parce que la non-concertation existe dans certains cas, et que dans d’autres, il s’agit d’une concertation “accessoire” ou “encadrée”. Ne sont concertées que les décisions “de détail”. Je pense pour ma part que l’avis des habitants est utile sur la finalité des projets, la conception de l’aménagement des quartiers, et pas seulement sur l’emplacement des poubelles ou des bancs sur l’espace public.

 

C’est quoi ces omissions (II) ?

Poursuivons notre revue du bilan de mandat du Maire PS du 3e Thierry Philip. Après les promesses non tenues concernant les écoles et les services aux administrés, parlons d’un autre dossier majeur, celui du cadre de vie et tout particulièrement des espaces verts. Là encore, le “on a presque tout fait et même plus” fait sourire et l’autosatisfaction de l’équipe PS apparaît déplacée.

Parmi ses objectifs, Thierry Philip mettait en bonne place “encore plus d’oxygène” ! Dans cette perspective, il nous promettait avec beaucoup de précision “l’aménagement d’un espace vert rue Meynis”. Cinq ans plus tard, ce projet ne connaît pas le début d’une réalisation. C’est le statu quo total.

Dans le même temps, au cours de ces cinq ans de mandat, en pleine collaboration avec l’adjoint vert à l’urbanisme (!), il renonçait à la réalisation d’un espace vert sur le tènement Keller Dorian, à l’angle des rues Charial et Saint Eusèbe. Pourtant, le PLU permettait à la collectivité de mener un tel projet. C’est donc par volonté politique de la majorité de gauche que ce terrain voit finalement la construction d’un immeuble. Ce fut un véritable renoncement. Et le comble, c’est que dans son bilan de mandat diffusé toutes boîtes, le Maire du 3e écrit “Keller Dorian : un poumon vert de plus”, au motif que cette construction privée comporte comme toute construction une partie végétalisée. Ou comment la mauvaise foi prolonge le renoncement. Non seulement la promesse de parc public n’est pas tenue, mais on cherche à faire croire le contraire.

Ajoutons aussi qu’une possibilité de réalisation d’un espace vert a été supprimée rue des Petites soeurs, alors que l’endroit était idéal pour en faire un espace de jeux “d’après l’école”.

Là encore le “presque tout réalisé” n’est pas mince, mais il faut encore supporter les conséquences du “et même plus”. Car en la matière, la municipalité de gauche nous a créé une “magnifique” gare de triage bétonnée au début de l’avenue Lacassagne (voir photo), ce qui n’était pas du tout prévu…  Une gare de tramway “occasionnelle” pour la desserte du Grand stade en lieu et place de l’esplanade verte Dauphiné-Villette.

Voilà la réalité. Il ne s’agit pas seulement de dresser une liste de promesses non tenues et d’aberrations. Ce bilan est éminemment criticable car ce sont autant d’occasions perdues pour apporter oxygène et verdure dans un secteur du 3e, le quartier Villette Est, qui en manque le plus, comme un récent diagnostic environnement l’avait montré. Avec une autre politique, le quartier Villette pourrait aujourd’hui être plus vert.

Rappelons aussi qu’une rénovation de la place Guichard était promise. Il faudra attendre pour un vrai renouveau de ce secteur, qui pourtant en a bien besoin.

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