Avr 27

La conférence de presse du Président de la République du 25 avril vient enfin d’engager la sortie du Grand débat. Après bientôt six mois de tensions et de mouvement social, il est plus que temps pour le pays de repartir de l’avant.

Si la longueur et la mise en scène de cet échange avec la presse à l’Elysée donne une impression de grand bavardage, et si plusieurs des mesures évoquées restent à préciser ou clarifier, je ne dirais pas comme certains qu’Emmanuel Macron n’a rien annoncé. Il y a bien un certain nombre d’évolutions et de projets dans ses réponses. On retiendra notamment la baisse d’impôt sur le revenu dont devraient bénéficier certains contribuables de la classe moyenne ainsi que le coup de pouce aux petites retraites, et même à l’ensemble des retraites d’ici 2021. Ce sont des avancées. Dans le domaine de l’enseignement supérieur que je suis à la Région, j’ai noté aussi l’annonce d’un développement des filière universitaires courtes.

Des changements sont donc annoncés pour répondre à la colère sociale qui s’est notamment exprimée dans le mouvement des gilets jaunes. Après les premières mesures annoncées en décembre, pour un coût de 10 Md d’euros, les dernières annonces ont aussi un coût conséquent : on parle de 5 Md d’euros pour la réduction d’IRPP, de 3 Md d’euros pour l’indexation des retraites à l’horizon 2021.

Mais pour ma part, ces annonces de décembre et d’avril m’évoquent une double interrogation.

La première est celle de leur financement. Comment cela va-t-il être financé, qui va “payer” ? Les indications manquent de clarté et ne semblent pas à la hauteur du chantier.

La deuxième interrogation porte sur la cohérence de l’ensemble des mesures. Je ne perçois pas comment cela constitue un plan d’ensemble permettant de répondre aux défis du pays. Je n’y trouve pas de réponse à ce qui est à mon avis la problématique essentielle : comment retrouver la cohésion nationale et les marges de manœuvre financières pour que la France soit en mesure de faire face aux enjeux : le vieillissement, l’élévation des compétences, l’innovation, la transition énergétique, la défense… ?

L’éventail des annonces laisse plutôt penser qu’Emmanuel Macron cherche à accorder des avancées à différentes catégories de Français, pour que le plus possible puissent se dire qu’ils ont obtenu quelque chose. Cela rappelle finalement la campagne présidentielle, avec un patchwork de promesses qui n’a pas fait un projet politique cohérent… et qui a conduit à la crise quelques mois après.

Il y a donc de quoi être inquiets quant à la marche en avant que doit reprendre le pays. Et on peut aussi craindre que les élections européennes servent du coup à s’exprimer sur cette sortie de crise. Ce serait dramatique. Car après une élection présidentielle en 2017 qui n’a pas vraiment permis au pays de se prononcer sur le chemin qu’il voulait emprunter, on risque donc de passer à côté d’une élection européenne qui elle-aussi a vocation à trancher des choix importants : sur quels sujets et comment l’Union européenne doit-elle apporter une valeur ajoutée aux pays européens pour faire face aux défis de notre temps…

écrit par Pierre BERAT \\ tags: ,

Déc 09

Alors que la crise des « gilets jaunes » dure depuis maintenant plusieurs semaines, avec une tension croissante, l’idée d’un « Grenelle de la fiscalité » fait son chemin, le Gouvernement prenant enfin conscience de la profondeur du mécontentement. Mais un Grenelle de la fiscalité suffira-t-il ?

Le mouvement des gilets jaunes a pour origine (déclencheur) une forte augmentation programmée des taxes sur les carburants. Cette dernière, motivée officiellement par la transition énergétique, a été la taxation de trop, pour des Français qui voient leur pouvoir d’achat se réduire du fait des prélèvements fiscaux et sociaux et des autres dépenses contraintes.

Mais au-délà de ce ras-le bol fiscal, je pense que le malaise national est beaucoup plus profond. Il y a d’abord un clivage entre la France rurale et le péri-urbain et la France des grandes villes. Il s’impose avec cette question du prix des carburants, vécue avec raison comme une injustice par des Français qui n’ont pas de solution alternative à la voiture pour leurs déplacements quotidiens. Il y a là un sujet d’aménagement du territoire, qui était déjà apparu au moment où le Gouvernement fermait des classes dans l’espace rural pour en dédoubler d’autres dans les quartiers « politique de la ville ». Cette équité territoriale s’impose dès lors que l’on considère que la vie et l’activité doivent pouvoir continuer dans tous nos territoires.

Et puis il y a aussi le profond malaise des classes dites moyennes, qui craignent un déclassement, doutent de l’ascenseur social et des perspectives pour leurs enfants. Il y a aussi le malaise des actifs dont le pouvoir d’achat est bloqué alors que les efforts sont croissants.

Alors effectivement, une réforme de la fiscalité, cohérente et globale, peut contribuer à rétablir certains équilibres. Mais cette réponse risque fort d’être incomplète ; parce que la malaise porte finalement sur un pacte national terriblement fragilisé et parce qu’à la base, il y a le problème d’une France qui vit au-dessus de ses moyens depuis trop longtemps. C’est bien d’un nouveau pacte national dont a besoin la France, pacte sur lequel une majorité de Français doit s’entendre. Et c’est bien là la difficulté de la sortie de crise, du fait de la diversité des revendications, des gilets jaunes et d’autres mouvements de protestation : d’un côté il y a des appels à retrouver certains équilibres et de l’autre, une volonté de poursuivre dans la fuite en avant, avec toujours plus de dépense publique, à la mode union de la gauche de 1981… Juste pour illustrer le problème, une question d’actualité dans ce mouvement social de décembre : une majorité de Français est-elle d’accord pour qu’une partie de nos impôts continue de servir à réduire le coût d’inscription dans l’enseignement supérieur des étudiants étrangers, dans une proportion beaucoup plus forte que dans des pays “concurrents” en matière d’enseignement supérieur ?

L’impasse dans laquelle nous nous trouvons n’est pas surprenante. Les élections nationales de 2017, présidentielle puis législatives, ont été tronquées pour diverses raisons. Leur résultat fut spectaculaire, un grand bouleversement, mais sans finalement que la population française se prononce sur ses choix pour l’avenir.

Tôt ou tard, il faudra bien que l’expression de ses choix puisse se faire. Mais sommes-nous encore capables dans ce pays d’avoir une campagne électorale synonyme de débat politique sur le fond ?

Un dernier souhait, que les élections européennes ne soient pas le cadre de cette clarification. La situation nationale est bien sûr liée aux orientations politiques définies par l’Union européenne. Mais il y a une part importante de responsabilité spécifique au Gouvernement de la France. Et par ailleurs, il y a d’autres enjeux qui se posent à l’Europe, notamment au plan géopolitique, dont on peut espérer qu’ils soient traités lors de la campagne européenne.

écrit par Pierre BERAT

Oct 10

Le départ de Gérard Collomb du Gouvernement et son retour sur Lyon ont créé le buzz il y a quelques jours, non sans raison… Après, s’il ne voulait plus être Ministre de l’intérieur, mieux valait effectivement qu’un changement intervienne rapidement pour que quelqu’un s’occupe pleinement de la sécurité. Mais après cet emballement médiatique, deux interrogations me semblent d’importance.

Tout d’abord une interrogation sur nos institutions. En quelques mois, nous avons vu se dessiner un panorama préoccupant :

  • une majorité parlementaire écrasante mais qui s’avère sans contenu politique, au bout d’une année seulement,
  • une affaire Benalla dont on nous dit qu’elle est le triste résultat de “dérapages personnels” mais qui pose tout simplement la question de “comment une telle chose peut arriver au cœur de l’Etat ?”. Heureusement que le Sénat est à la hauteur de ses responsabilités avec sa commission d’enquête.
  • des ministres qui vont et viennent au gré de leurs projets et déceptions… On notera que De Gaulle avait eu la sage précaution de prévoir, avec la Ve République, qu’un Ministre quittant le Gouvernement ne retrouvait pas son siège de parlementaire… mais cette sage précaution a été levée depuis…
  • et je terminerai par cette consternante visite du Président à Saint Martin au cours de laquelle, outre des photos décalées, il déplore une reconstruction trop lente… comme s’il n’était pas la première personne en charge…

Tout cela pose question sur nos institutions, et donc sur notre constitution. Gaulliste, je mesure ce que la Ve République a apporté au pays. Mais dans le monde d’aujourd’hui, avec la force de l’hyper-communication superficielle, reste-t-elle adaptée pour assurer le meilleur avenir au pays ? N’a-t-on pas besoin de nouvelles dispositions protectrices, rééquilibrant les pouvoirs ? On pourra me répondre que les comportements présents ne doivent pas faire douter de nos institutions. Le problème c’est qu’une constitution est faite pour éviter ce genre de dérapages.

Pour ce qui est du retour de Gérard Collomb sur Lyon, il m’évoque une autre question. Le sujet du renouvellement a été largement évoqué. Mais qu’en est-il du projet politique ? Gérard Collomb nous dit qu’il revient sur Lyon pour reprendre son action au service du développement de la Métropole. Mais selon quelles orientations politiques ?

Chaque jour, nous pouvons lire dans la presse que telle ou telle composante des majorités municipale ou métropolitaine actuelles n’est plus disposée à suivre Collomb, que ce retour n’emballe pas certains de ses anciens soutiens, et pas seulement pour la perte de pouvoir qui en découle. Alors avec qui Collomb compte-t-il bâtir un projet ?

Dans ce contexte, il serait surtout intéressant que Gérard Collomb nous livre sa vision pour la Métropole. Quels projets en termes d’infrastructures pour assurer les mobilités, quelles initiatives pour affirmer notre rôle de métropole économique européenne, quelle détermination à lutter contre la délinquance (d’autant plus nécessaire quand on a entendu son diagnostic particulièrement lucide à l’occasion de sa passation de pouvoir au Ministère de l’intérieur), quel plan pour faire en sorte que la coûteuse technostructure métropolitaine devienne réellement un facteur efficace de développement et de rayonnement ?

Souhaitons que les prochaines semaines apportent des réponses…

 

écrit par Pierre BERAT \\ tags: ,

Mai 23

Chacun le ressent, les enjeux des élections européennes de 2019 sont d’importance. Il n’y a pas trop d’une année pour pouvoir aller au fond du débat. Et compte tenu de ces enjeux, il faut souhaiter que la campagne ne soit pas une caricature, qu’elle ne tombe pas dans le simplisme. Gardons-nous du basique “pour ou contre l’Europe”… mais gardons-nous aussi du slogan “Europe des Etats contre Europe fédérale”.

Car la réalité est plus complexe et c’est cette réalité de 2018, et celle des années qui viennent, à laquelle il faut répondre.

Je prends un exemple, celui de la lutte contre le terrorisme qui renvoie à la défense de nos valeurs et de notre projet de société. Chacun reconnaîtra après les drames que nous avons connus que ce n’est pas un sujet secondaire, qu’il en va des intérêts supérieurs du pays.

Les récents débats auxquels j’ai assisté m’ont confirmé que ce sujet ne peut s’aborder de façon simpliste.

D’abord, d’une façon ou d’une autre, la question se pose au niveau européen, que l’on s’interroge sur la liberté de circulation des personnes ou que l’on considère qu’on mène une lutte plus efficace à plusieurs que seul. J’ai entendu des experts expliquer comment, lors des récentes attaques terroristes, il y avait eu des insuffisances et des râtés dans la coopération européenne… des insuffisances et des râtés qui ne sont pas anecdotiques puisqu’ils se sont traduits par des actions de prévention qui n’ont pu être menées ou des arrestations qui ont été retardées.

Coopérer de façon opérationnelle, dans l’urgence qui s’impose sur ces dossiers, impose forcément une forme d’intégration. Rester bloqué sur l’Europe des Etats, sur ce type de problématique, c’est forcément un gage d’inefficacité. Comment espérer une réaction appropriée à une menace si à chaque fois il faut mettre en branle une machine inter-étatique entre les Etats concernés ?

Niveau supérieur de la problématique : si on vise une intégration opérationnelle en matière de lutte contre le terrorisme, encore faut-il que nous ayons une vision commune de cette menace, un ordre commun des priorités. Il y a donc une feuille de route de niveau politique à établir… ce qui est l’une des illustrations de l’impossibilité de voir la Turquie intégrer l’Union européenne.

La vraie question, c’est donc plutôt quels sont les domaines, les sujets, pour lesquels il y a un intérêt pour les peuples d’Europe à mettre en place des dispositifs intégrés ? La question, c’est de se centrer sur ce qui apporte une valeur ajoutée aux peuples d’Europe. Ainsi, apparaissent plus clairement les domaines pour lesquels une délégation de souveraineté est opportune… et en même temps, cela met en lumière les éléments actuels d’intégration qui ne se révèlent pas utiles compte tenu des besoins des Européens et de la diversité des situations.

Ce qui est vrai pour la lutte contre le terrorisme, l’est pour d’autres sujets : la défense des intérêts européens stratégiques dans le monde, le leadership à gagner dans les grandes percées technologiques, la promotion et la défense de nos intérêts commerciaux… Sur ce dernier sujet, alors que se déroulent sous nos yeux les grandes manœuvres américaines et chinoises, on voit bien que seule une Europe unie peut peser, mais que pour cela il faut qu’elle soit prête à s’imposer dans le bras de fer. Il faut donc là aussi une feuille de route “prête à l’emploi”. Sinon, il n’y a ni réactivité, ni efficacité. C’est bien ce que l’on constate ces derniers jours…

écrit par Pierre BERAT

Mar 21

La Région en appui de l’enseignement supérieur

Economie, emploi, Enseignement supérieur/Recherche, Europe, Jeunesse, Région Commentaires fermés sur La Région en appui de l’enseignement supérieur

A l’occasion du Forum Rhône-Alpes, salon du recrutement des jeunes ingénieurs, j’ai eu l’occasion d’évoquer la vision de la Région sur le rôle de l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Voici la vidéo de cet entretien.

 

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