Pierre Bérat

Engagé pour une droite ouverte, européenne, qui ne se désintéresse pas des Métropoles. Elu régional et municipal de Lyon jusqu'en 2020/2021.

Catégorie : Présidentielle 2017

Interview de rentrée

Face à faceFin de la trêve des confiseurs, j’ai eu le plaisir hier d’être l’invité de Loic Besson pour Face à face sur TLM.

L’occasion d’échanger sur la sécurité et la dernière attaque contre les policiers – alors que l’insécurité revient parmi les toutes premières préoccupations des Français -, sur le retour en France des djihadistes, sur les premiers mois du quinquennat Macron et sur la refondation à droite.

Pour voir l’émission, c’est ici.

Pas de construction durable sans fondations solides

Je n’ai soutenu Emmanuel Macron, ni au 1er tour de la présidentielle, ni aux législatives. Je n’ai pas fait partie non plus des séduits de la seconde heure, mais pour autant, j’ai observé les premiers mois du mandat sans opposition systématique ou ressentiment revanchard. Je ne suis cependant toujours pas convaincu.

Il y a d’abord l’exercice du pouvoir. Nous avons eu beaucoup de symboles habiles, mais cet exercice de la fonction présidentielle, ponctué de “belles images”, de propos provocants et surtout de promotion personnelle laisse dubitatif. Avec la dernière mise en scène à Athènes, devant l’Acropole, alors que l’impératif c’était la réponse à l’ouragan Irma, on a frôlé l’overdose…

Il y a ensuite les réformes engagées… Reconnaissons-le, il y a du volontarisme et certaines vont dans le bon sens, certaines étaient attendues. Nous l’avions d’ailleurs dit lors de la campagne des législatives : les bonnes propositions seraient soutenues. Il faut dire que la méthode Macron pour préparer la présidentielle a été habile : du porte-à-porte pour recueillir les attentes des Français, puis des mesures ponctuelles phares pour y répondre. Ce fut le cœur du “et droite, et gauche”. Chaque électeur pouvait ainsi trouver son point d’intérêt. Nous l’avons bien vu avec les mesures revenant sur les aberrations de Hollande au plan scolaire (classes européennes par exemple), l’indemnisation du chômage en cas de démission, la suppression du RSI…

Certaines réformes vont donc dans le bon sens, mais on sera vigilant sur la réalité de la mise en œuvre. On s’assurera aussi que ce qui est accordé d’une main, n’est pas repris de l’autre… Et puis surtout, soyons conscients que les défis de la France ne se résoudront pas par des réformes parcellaires. Prenons les réformes du marché du travail. Aussi utiles que soient ces réformes, elles ne sont pas l’alpha et l’omega de notre agenda politique. Je suis surpris de voir comment certains ont restreint leur vision politique à ce sujet. D’ailleurs, même en se limitant au travail et à l’emploi, pour bien résoudre les problèmes, il faudrait aussi aborder la question de l’attractivité de tous les emplois.

Mais la première faiblesse du macronisme, c’est la vision pour la France. L’interview fleuve de rentrée dans le Point était censée y remédier. Elle est surtout un révélateur. Le diagnostic qui fonde cette vision apparaît très incomplet et penche à gauche. L’approche du terrorisme et de la menace islamiste est révélatrice. Les propos du Président apparaissent d’une grande naïveté, avec la mise en avant de multiples causes et la classique tentation de la victimisation. Ainsi peut-on lire que le départ des djihadistes répond à une “soif d’engagement” ou que “la guerre civile du monde musulman – sunnites contre chiites – s’exporte dans nos sociétés et nourrit le terrorisme”. On aurait surtout voulu lire que le terrorisme islamiste est un projet global et construit contre nos valeurs occidentales et qu’il faut donc le combattre en fonction de cela.

Il en va de même pour le rétablissement du respect des règles de notre République. La hausse des moyens d’action est évoquée (sécurité, justice), mais rien n’est dit que sur le terrain qu’il faut reconquérir. Pour reprendre une expression d’Emmanuel Macron, les “problèmes ne sont pas nommés”, on peut donc douter des solutions.

Autre limite fondamentale, celle de l’analyse des fractures économiques et sociales de la France. On constatera d’abord que les difficultés du monde rural et de l’agriculture, des travailleurs pauvres, des petites retraites, ne sont pas dans le radar présidentiel. On lit des développements sur les Français les plus en difficultés, mais les agriculteurs qui travaillent du matin au soir sans rien gagner, les jeunes qui n’ont pas d’espoir à attendre dans l’espace rural, les retraités qui ne s’en sortent pas, n’en font pas partie. Et puis, au plan économique, il y a cette fascination qui transparait pour la destruction-créatrice, semblant oublier que l’action politique, le gouvernement du pays, ce n’est pas se laisser aller au fil-de-l’eau des évolutions économiques.

Je crois encore que cette vision présidentielle, construite sur un diagnostic incomplet et sous-tendue par un libéralisme mondialisé, aura bien du mal à répondre durablement et en profondeur aux défis de la France.

 

La responsabilité collective demeure

François Hollande a donc décidé de renoncer à se présenter de nouveau à l’élection présidentielle. Il était temps que cette clarification intervienne, tant le sommet de l’Etat était devenu ces derniers jours une pétaudière. Il s’agissait d’une décision personnelle. Je crois que l’on peut reconnaître que cette décision est responsable et que son discours était digne. François Hollande a su reconnaître que compte tenu du bilan de son quinquennat, et de la situation de sa majorité, il n’était pas en situation de se représenter.

Le bilan de ce quinquennat est terrible, avec le sentiment que tant d’années ont été perdues.

La responsabilité de François Hollande est première dans ce bilan. L’ambiguïté et la démagogie de sa campagne de 2012 expliquent les impasses. Il doit aussi assumer directement l’abaissement de la fonction présidentielle auquel il a largement contribué.

Mais il ne faudrait pas qu’il soit le seul à “porter le chapeau”. On voit bien que nombreux à gauche tentent cette opération, en espérant que le regard sur le quinquennat se focalise sur Hollande et son départ… pour pouvoir faire apparaître une nouvelle offre de gauche.

Agir ainsi, c’est une mystification, car la responsabilité de la gauche, des composantes de la majorité présidentielle, est entière.

La majorité présidentielle sortante porte une responsabilité collective :

  • les candidats socialistes aux législatives de 2012 ont largement contribué à l’ambiguïté du projet que j’évoquais précédemment.
  • de nombreux parlementaires de cette majorité présidentielle ont aggravé le choc fiscal qui a tué la reprise en France, en durcissant les textes législatifs.
  • de nombreux ministres et parlementaires socialistes ont soutenu le “désarmement” du pays auquel s’est livrée Madame Taubira en début de quinquennat.
  • quelques semaines après les attentats, plusieurs parlementaires de la majorité présidentielle ont retrouvé leurs réflexes idéologiques refusant de concevoir l’idée même que l’on puisse penser à la déchéance de nationalité pour les terroristes, ou privilégiant les droits individuels à l’impératif de sécurité collective.
  • et que dire des postures très éclairantes de nombreux élus de gauche, dont Ségolène Royal, sur l’appréciation portée sur le régime castriste de Cuba.

Le constat est le même pour les prétendants à la succession. Leur responsabilité est entière. Elle l’est pour Montebourg, qui a été de ceux qui ont bercé le pays d’illusions au début du mandat. Elle l’est pour Valls, qui nous dit qu’il assume le bilan pour incarner la loyauté, mais dont on verra bien ce qu’il assume réellement. Elle l’est aussi pour Macron, qui a inspiré les politiques à l’Elysée et les a portées à Bercy avant de se chercher une virginité bien tardive. Et le constat vaut pour son soutien lyonnais, Gérard Collomb, qui cherche à prendre ses distances avec les mesures prises, mais qui les a toutes votées en tant que parlementaire. Par ailleurs, si son influence est si grande à Paris, pourquoi ne s’en est-il pas servi pour éviter le désastre ?

Cette responsabilité collective il faudra qu’ils la portent pendant la campagne présidentielle et pour les législatives.

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