Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Catégorie : Société Page 1 of 8

Notre sécurité en question(s)

Depuis quelques mois, l’insécurité et les atteintes à la quiétude font la une de l’actualité à Lyon comme en France, enfin sans doute encore plus à Lyon tant notre métropole est touchée par des faits divers odieux. Les médias en parlent mais la réponse politique reste insuffisante… alors retour sur ce sujet chaud en quelques questions.

L’insécurité pose-t-elle problème à Lyon ? Oui bien sûr, quand nous constatons tous au quotidien combien notre vie est perturbée et dégradée par des comportements qui ne respectent pas les règles du vivre en société, avec l’agressivité en prime. La diffusion des nuisances à la tranquillité fait que la tension devient forte et permanente, avec des comportements qui portent atteinte à la sécurité quand il s’agit de rodéos, de tirs de mortiers… Cette diffusion se double de délits répétés dans nos quartiers :  trafics en toutes impunité, cambriolages à répétition, dégradations de véhicules… Et deux phénomènes deviennent particulièrement préoccupants : des comportements assumés pour s’approprier l’espace public (« on est chez nous ») et des faits divers qui montrent que certains n’ont plus aucune limite. A cet égard, le débat sur le terme « ensauvagement » fait figure de farce.

Est-ce un phénomène nouveau ? Non pas vraiment et on ne dira pas qu’il date de l’arrivée des élus écolos. Il y a eu une montée régulière depuis plusieurs années. Mais on constate une nette aggravation depuis le confinement.

Doit-on l’accepter, par aveuglement, angélisme ou fatalité ? Non bien sûr. La sécurité est la première des libertés, et c’est l’une des fonctions de base de l’Etat de protéger sa population. La situation actuelle mine la cohésion et la bonne marche de notre société. C’est par ailleurs un puissant facteur d’inégalité : les plus modestes, souvent en première ligne, en sont les premières victimes.

Qui doit agir ? C’est bien sûr à l’Etat de le faire en priorité. C’est toute la question des moyens à accorder à la Police nationale et d’abord du meilleur emploi de ces moyens. Mais c’est aussi et surtout une autre approche de la Justice, pour en finir avec ces trop nombreux constats d’impunité. Pour autant, il me semble que les collectivités doivent aussi s’en préoccuper. Le sujet est d’une telle intensité qu’il ne trouvera de solution que par une approche globale et la Ville et la Métropole interviennent dans de nombreux domaines en lien avec ce sujet (prévention de la délinquance, aides sociales, logement social, insertion professionnelle, mineurs isolés…). Et puis il y a la police municipale. Celle-ci doit intervenir dans la lutte contre la délinquance et dans un premier niveau de lutte contre la sécurité, et sans doute faut-il pour cela adapter les textes. Je ne fais pas partie de ceux qui considèrent que seule la Police nationale doit régler les problèmes. Certains acteurs politiques (y compris à droite et au centre il faut le constater) confondent l’engagement politique avec une plaidoirie devant un tribunal administratif ou un cour de droit en Fac. En tous cas, si on considère que la police municipale n’a pas à s’occuper de ces problèmes, il faut sérieusement se demander pourquoi on y consacre une part croissante de nos impôts locaux.

Que font nos nouveaux élus ? Après des déclarations floues et contradictoires dans la nouvelle majorité municipale, le nouveau Maire de Lyon Grégory Doucet a exprimé une vision minimaliste de l’action municipale, en appelant uniquement à la responsabilité de l’Etat et en faisant preuve de peu de volontarisme en termes de moyens (+ 20 agents de police municipale seulement sur le mandat). Quant à la vidéoprotection, elle fait toujours l’objet de réticences fortes chez les Verts. Tout cela est bien préoccupant et augure mal d’une amélioration des choses. On ne peut que lui conseiller de regarder les déclarations du Maire de Villeurbanne dans le Progrès du 18 septembre « je ne renverrai pas les problèmes de sécurité à l’Etat ». Je ne partage pas la plupart des orientations politiques du Maire de Villeurbanne mais il s’y prend mieux que le Maire de Lyon sur la sécurité.

Dernière chance ?

« C’est le dernier mandat pour réaliser la transition écologique qui permettra de lutter contre le réchauffement climatique » : cet argument, beaucoup entendu ces derniers mois, a sans doute été puissant dans la mobilisation de l’électorat qui a fait la victoire des Verts dans les grandes villes.

Pour ma part, l’évolution sous nos yeux de la France m’amène de plus en plus à croire que les échéances nationales de 2022 seront les dernières chances de restaurer notre pacte national, tant celui-ci semble aujourd’hui atteint. Quelle est encore l’épaisseur du ciment qui fait tenir ensemble notre communauté nationale ?

Par petites touches, l’actualité nous fait prendre conscience de l’ampleur du malaise. La France est l’un des pays au monde qui présente le plus haut niveau de dépenses sociales, et pourtant une part importante de la population, et notamment des seniors qui ont contribué à la Nation pendant des années, vivent dans le plus grand dénuement et l’isolement. L’impréparation face au risque virologique nous a contraints à un confinement drastique, aux conséquences humaines, sociales et économiques colossales. Mais alors que le risque d’une 2e vague est toujours présent, nous ne sommes toujours pas capables de réactivité face à l’importation de cas depuis certaines destinations sensibles. En matière d’emplois et d’économie, il faut maintenant constamment composer avec les ambitions de nouvelles puissances, au premier desquelles la Chine. Nous avons de plus en plus de mal à faire respecter nos intérêts stratégiques, comme la crise avec la Turquie en Méditerranée vient de le montrer ouvertement. Au plan démocratique, chacun se lamente de la montée de l’abstention mais nos institutions sont incapables d’innover pour inciter à la participation politique, préférant se complaire dans les rites électoraux de la IIIe République… Et bien sûr, la situation en matière de sécurité intérieure souligne l’étendue du désastre : la République laisse des bandes prendre le contrôle de certains territoires et la barbarie gagne du terrain : agression contre Marin, attaques contre des policiers en dehors du service, agression mortelle d’un chauffeur de bus à Bayonne qui ne faisait que remplir sa mission… Certains veulent se rassurer en parlant de malheureux cas isolés alors que tout cela n’est que le résultat d’une République perçue comme désarmée et qui, il faut bien le dire, apparaît très passive.

Alors bien sûr, on peut s’émouvoir des décisions des nouveaux élus lyonnais écologistes portant atteinte à notre Fête nationale. Ils participent bien au travail de sape qui est à l’œuvre. Mais le besoin de se ressaisir est bien plus profond.

Derrière ces états de fait, n’y-a-t-il pas le manque de volonté de se surpasser pour le Bien commun que constitue la communauté nationale, l’une des familles de l’Union européenne ?

Je lisais il y a quelques jours les propos suivants de Andrew Michta : « Nos élites actuelles sont de plus en plus désancrées de leur culture et tradition politique. Elles doivent réapprendre le patriotisme : le sens de l’amour du pays, de l’héritage historique, et surtout, de l’obligation mutuelle que nous devons ressentir l’un envers l’autre quand nous appartenons à la même nation. (…) Quand on cesse d’être une nation, quand notre identité nationale est déconstruite au point que nous ne croyons plus en un bien commun, la démocratie cesse de fonctionner. » Il fait ici allusion aux Etats-Unis de Trump ! Cela ne résonne-t-il pas fortement à nos oreilles françaises ?

N’y-a-t-il pas urgence en France à faire en sorte que nous puissions encore croire au Bien commun ?

Bonne Fête nationale ! Et bon été !

Une nouvelle stratégie pour la CSTI

Lors de son assemblée de fin décembre, le Conseil régional a voté sa nouvelle stratégie de soutien à la culture scientifique, technique et industrielle (CSTI). Voici mon intervention à cette occasion, cette stratégie ayant été concertée et travaillée ces derniers mois dans le cadre de la commission que je préside.

« Notre groupe « Les Républicains, Indépendants et Apparentés » se félicite de la stratégie régionale de culture scientifique, technique et industrielle que vous proposez à notre assemblée régionale d’adopter. Nous nous en félicitons pour ses objectifs, pour la façon dont elle sera concrétisée et aussi pour son mode d’élaboration.

Pour ce qui est des objectifs, nous partageons pleinement le choix qui est fait de mobiliser les moyens au profit de la culture scientifique, technique et industrielle en priorité pour diffuser des messages essentiels au développement et à la cohésion de notre société :

  • La promotion des avancées de la Science, notamment sur les questions de santé,
  • La mobilisation de la population autour de l’enjeu climatique, mais aussi pour saisir les opportunités du développement numérique et de l’intelligence artificielle,
  • La promotion des carrières scientifiques, pour combler le manque d’attractivité constaté dans notre pays, notamment auprès des jeunes femmes,
  • Le soutien à l’attractivité des métiers de l’industrie, et plus généralement aux métiers technologiques, en cohérence avec l’ADN de notre région et en s’appuyant sur les filières d’excellence de nos territoires.

Nous soutenons aussi pleinement la volonté de déployer la CSTI en s’appuyant sur les atouts de chacun des territoires de notre région et en donnant la priorité à l’itinérance, pour que chaque habitant de la région puisse en bénéficier et y contribuer, quels que soient son lieu de vie ou sa situation sociale.

Nous soulignons l’avancée de cette stratégie, qui sera dorénavant déclinée par un plan d’action sur 3 ans, de 2020 à 2022, ce qui donnera la visibilité attendue aux acteurs de la CSTI dans les départements, tout en prévoyant une concertation régulière avec la Région pour faire converger les objectifs.

Nous saluons enfin la démarche concertée qui a permis l’élaboration de cette stratégie : écoute des structures départementales porteuses d’actions de la CSTI sur leurs besoins, réunion plénière de concertation avec ces structures et échanges réguliers au sein de notre commission régionale. Il résulte de tout cela une stratégie ambitieuse et partagée. Nous la soutenons pleinement. »

Colmatage

La conférence de presse du Président de la République du 25 avril vient enfin d’engager la sortie du Grand débat. Après bientôt six mois de tensions et de mouvement social, il est plus que temps pour le pays de repartir de l’avant.

Si la longueur et la mise en scène de cet échange avec la presse à l’Elysée donne une impression de grand bavardage, et si plusieurs des mesures évoquées restent à préciser ou clarifier, je ne dirais pas comme certains qu’Emmanuel Macron n’a rien annoncé. Il y a bien un certain nombre d’évolutions et de projets dans ses réponses. On retiendra notamment la baisse d’impôt sur le revenu dont devraient bénéficier certains contribuables de la classe moyenne ainsi que le coup de pouce aux petites retraites, et même à l’ensemble des retraites d’ici 2021. Ce sont des avancées. Dans le domaine de l’enseignement supérieur que je suis à la Région, j’ai noté aussi l’annonce d’un développement des filière universitaires courtes.

Des changements sont donc annoncés pour répondre à la colère sociale qui s’est notamment exprimée dans le mouvement des gilets jaunes. Après les premières mesures annoncées en décembre, pour un coût de 10 Md d’euros, les dernières annonces ont aussi un coût conséquent : on parle de 5 Md d’euros pour la réduction d’IRPP, de 3 Md d’euros pour l’indexation des retraites à l’horizon 2021.

Mais pour ma part, ces annonces de décembre et d’avril m’évoquent une double interrogation.

La première est celle de leur financement. Comment cela va-t-il être financé, qui va “payer” ? Les indications manquent de clarté et ne semblent pas à la hauteur du chantier.

La deuxième interrogation porte sur la cohérence de l’ensemble des mesures. Je ne perçois pas comment cela constitue un plan d’ensemble permettant de répondre aux défis du pays. Je n’y trouve pas de réponse à ce qui est à mon avis la problématique essentielle : comment retrouver la cohésion nationale et les marges de manœuvre financières pour que la France soit en mesure de faire face aux enjeux : le vieillissement, l’élévation des compétences, l’innovation, la transition énergétique, la défense… ?

L’éventail des annonces laisse plutôt penser qu’Emmanuel Macron cherche à accorder des avancées à différentes catégories de Français, pour que le plus possible puissent se dire qu’ils ont obtenu quelque chose. Cela rappelle finalement la campagne présidentielle, avec un patchwork de promesses qui n’a pas fait un projet politique cohérent… et qui a conduit à la crise quelques mois après.

Il y a donc de quoi être inquiets quant à la marche en avant que doit reprendre le pays. Et on peut aussi craindre que les élections européennes servent du coup à s’exprimer sur cette sortie de crise. Ce serait dramatique. Car après une élection présidentielle en 2017 qui n’a pas vraiment permis au pays de se prononcer sur le chemin qu’il voulait emprunter, on risque donc de passer à côté d’une élection européenne qui elle-aussi a vocation à trancher des choix importants : sur quels sujets et comment l’Union européenne doit-elle apporter une valeur ajoutée aux pays européens pour faire face aux défis de notre temps…

Et maintenant on s’en sort comment ?

Alors que la crise des « gilets jaunes » dure depuis maintenant plusieurs semaines, avec une tension croissante, l’idée d’un « Grenelle de la fiscalité » fait son chemin, le Gouvernement prenant enfin conscience de la profondeur du mécontentement. Mais un Grenelle de la fiscalité suffira-t-il ?

Le mouvement des gilets jaunes a pour origine (déclencheur) une forte augmentation programmée des taxes sur les carburants. Cette dernière, motivée officiellement par la transition énergétique, a été la taxation de trop, pour des Français qui voient leur pouvoir d’achat se réduire du fait des prélèvements fiscaux et sociaux et des autres dépenses contraintes.

Mais au-délà de ce ras-le bol fiscal, je pense que le malaise national est beaucoup plus profond. Il y a d’abord un clivage entre la France rurale et le péri-urbain et la France des grandes villes. Il s’impose avec cette question du prix des carburants, vécue avec raison comme une injustice par des Français qui n’ont pas de solution alternative à la voiture pour leurs déplacements quotidiens. Il y a là un sujet d’aménagement du territoire, qui était déjà apparu au moment où le Gouvernement fermait des classes dans l’espace rural pour en dédoubler d’autres dans les quartiers « politique de la ville ». Cette équité territoriale s’impose dès lors que l’on considère que la vie et l’activité doivent pouvoir continuer dans tous nos territoires.

Et puis il y a aussi le profond malaise des classes dites moyennes, qui craignent un déclassement, doutent de l’ascenseur social et des perspectives pour leurs enfants. Il y a aussi le malaise des actifs dont le pouvoir d’achat est bloqué alors que les efforts sont croissants.

Alors effectivement, une réforme de la fiscalité, cohérente et globale, peut contribuer à rétablir certains équilibres. Mais cette réponse risque fort d’être incomplète ; parce que la malaise porte finalement sur un pacte national terriblement fragilisé et parce qu’à la base, il y a le problème d’une France qui vit au-dessus de ses moyens depuis trop longtemps. C’est bien d’un nouveau pacte national dont a besoin la France, pacte sur lequel une majorité de Français doit s’entendre. Et c’est bien là la difficulté de la sortie de crise, du fait de la diversité des revendications, des gilets jaunes et d’autres mouvements de protestation : d’un côté il y a des appels à retrouver certains équilibres et de l’autre, une volonté de poursuivre dans la fuite en avant, avec toujours plus de dépense publique, à la mode union de la gauche de 1981… Juste pour illustrer le problème, une question d’actualité dans ce mouvement social de décembre : une majorité de Français est-elle d’accord pour qu’une partie de nos impôts continue de servir à réduire le coût d’inscription dans l’enseignement supérieur des étudiants étrangers, dans une proportion beaucoup plus forte que dans des pays “concurrents” en matière d’enseignement supérieur ?

L’impasse dans laquelle nous nous trouvons n’est pas surprenante. Les élections nationales de 2017, présidentielle puis législatives, ont été tronquées pour diverses raisons. Leur résultat fut spectaculaire, un grand bouleversement, mais sans finalement que la population française se prononce sur ses choix pour l’avenir.

Tôt ou tard, il faudra bien que l’expression de ses choix puisse se faire. Mais sommes-nous encore capables dans ce pays d’avoir une campagne électorale synonyme de débat politique sur le fond ?

Un dernier souhait, que les élections européennes ne soient pas le cadre de cette clarification. La situation nationale est bien sûr liée aux orientations politiques définies par l’Union européenne. Mais il y a une part importante de responsabilité spécifique au Gouvernement de la France. Et par ailleurs, il y a d’autres enjeux qui se posent à l’Europe, notamment au plan géopolitique, dont on peut espérer qu’ils soient traités lors de la campagne européenne.

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