Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Des garanties insuffisantes

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Intervention lors du Conseil d’arrondissement du 7 octobre 2010

“Il ne me semble pas souhaitable d’approuver en l’état les conventions de mise à disposition du bâtiment de la rue Lamartine pour y relocaliser une partie des espaces de production artistique de la friche RVI.

D’abord, il apparaît assez évident que ce bâtiment, enclavé, bordant une petite rue résidentielle, à quelques mètres des habitations, qui plus est dans une rue qui connaît déjà des problèmes de maîtrise de son occupation du fait d’un statut complexe, n’est pas une localisation adaptée pour une relocalisation de la friche. La proximité de cette dernière ne saurait constituer une raison suffisante. Et notre responsabilité d’élus du 3e arrondissement est de veiller au cadre de vie des habitants.

Je précise, pour que les choses soient bien claires, et ne donnent pas lieu à une présentation erronée, que je ne suis pas opposé au principe des espaces de production artistique sous forme de friches. Je précise aussi, que, oui, il y a eu une activité intéressante de création artistique sur la friche RVI.

Le problème c’est que les conventions qui nous sont soumises ne présentent pas les garanties pour assurer la tranquillité publique à laquelle ont droit les habitants.

Qu’est-ce qui permet de porter cette appréciation ? Tout simplement l’expérience de la friche RVI. Que nous apprend cette expérience ?

  • Que l’on a beau prendre toutes les précautions sur le caractère précaire et temporaire de la mise à disposition, il est toujours difficile d’y mettre un terme. Ce type de projet enclenche du « provisoire qui dure ». Les habitants, comme les porteurs du projet d’extension du stade Foe ont toutes les raisons de craindre « un provisoire qui dure ».
  • 2e enseignement : malgré leur bonne volonté, les acteurs de la friche autogérée, ont été débordés par certains occupants, ce qui a rendu comme vous le savez problématique la maîtrise de ce qui se passait sur le tènement, provoquant des nuisances importantes pour le voisinage.

 Que prévoient les conventions ?

  • Tout d’abord une gestion du site Lamartine qui de nouveau est porteuse de dérapages. L’association de gestion « Lamartine » va coiffer des collectifs d’artistes, des conventions étant signées à la fois avec l’une et avec les autres. Mais comment l’association Lamartine, qui aura la charge d’attribuer les clés, sera-t-elle en mesure concrètement de contrôler qui peut séjourner dans le bâtiment ? Et cette association, comme les collectifs, risquent d’être soumis comme cela a été le cas sur la friche RVI, à une « pression sociale » conduisant à étendre les droits d’accès.
  • 2e constat : pour faciliter le montage, la Ville de Lyon fait le choix de dire que le bâtiment ne sera pas un ERP (établissement recevant du public). Cela l’exonère ainsi d’un certain nombre de mesures. Mais dans les faits, les conventions le disent elles-même, il y aura des visiteurs et des clients qui accéderont au bâtiment, bâtiment qui sera libre d’accès et non doté d’un gardien. On en arrive ainsi à une situation étonnante : le Foyer de Montchat, qui accueille des associations, dispose d’un gardien, avec des règles d’utilisation très strictes qui pénalisent parfois l’activité de ces associations. Dans le futur bâtiment Lamartine, rien de tout cela… La Ville fait ainsi le choix de se tenir en marge : il est même précisé qu’elle ne pourra pas se rendre dans le bâtiment avant un délai de 24H après l’annonce de sa venue…
  • Si l’on ajoute qu’il reste des interrogations sur le respect des normes « sécurité », qu’il n’y a pas de limites dans les horaires d’utilisation, alors que certaines activités sont potentiellement bruyantes, on voit bien que toutes les précautions ne sont pas prises et que la Ville ne se donne pas les moyens de maîtriser l’utilisation future du site.

Dans ces conditions, il ne me semble pas possible de voter favorablement. Et l’on ne peut que souhaiter que ces conventions soient revues d’ici le Conseil municipal, en prévoyant au minimum, la présence d’un gardien et une référence à des horaires d’utilisation.

Enfin, si l’on élargit les constats, il apparaît assez clairement que ce secteur de notre arrondissement fait l’objet d’une gestion très approximative. La rue Lamartine se voit attribuer une nouvelle vocation dans la précipitation, avec une Ville de Lyon qui ne se donne pas les moyens de son discours. La sortie de la friche RVI est dans le même temps mal négociée. Parallèlement, tout le secteur fait l’objet d’un aménagement sans vision urbanistique d’ensemble. Cela donne une impression de « ni fait, ni à faire ». Comme l’a souligné justement Mme Panassier, le secteur RVI Merck est aussi vaste que celui des Grattes ciels à Villeurbanne. Imagine-t-on un instant le Maire de Villeurbanne lotir cet espace comme les choses s’annoncent pour Merck-RVI ?

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5 Comments

  1. L’expérience du passé semble faire défaut dans ce cas et à ceci s’joute le manque de vue à long terme défaut que l’on a déjà déploré
    Il est évident qu’aucune garantie n’est prise quant à l’avenir et il faudra trovrer une autre friche alors; peut-être que les bâtiments actuels de la MJC pourraientt faire l’affaire ….

  2. Sylvie

    Ils avaient depuis longtemps promis le tènement de RVI à la SEPR, et ne sont même pas donnés la peine de feindre. Il devenait donc bien inutile d’avoir une ” vision urbanistique”

    Pour ce qui est de la tranquilité publique, les alentours de la friche ne sont pas seuls à souffrir des nuisances sonores. La Place de la Reconnaissance subit les mêmes désagréments. Il me semble qu’un garde champètre était prévu à Montchat. Sa présence devient de plus en plus nécessaire.

  3. Pierre BERAT

    Merci pour ces témoignages.
    Pour ma part, comme je l’ai dit en conseil d’arrondissement, j’approuve l’extension de la SEPR et la relocalisation sur le site des Compagnons. Ma critique porte sur l’absence d’accompagnement urbanistique de ces opérations, sur le site RVI lui-même, mais aussi au Nord du tènement, avec le site Merck. Nous avons des élus municipaux qui aménagent ce site central et stratégique de la ville comme des lotisseurs de faubourgs. Sans intention de polémique, je pense que le problème est en partie dû au fait que ces élus, dont le Maire du 3e, ne résident pas dans l’arrondissement. Dès lors, ils ont une connaissance des quartiers très “théorique”…
    Quant au garde champêtre à Montchat, j’ai évoqué récemment la question. Il s’agissait d’une promesse de campagne de Mme Belkacem… Disant cela, j’ai tout dit !

  4. Altercitoyen

    Quel plaisir de voir un lieu de liberté échapper à la censure de la droite réac !

  5. Je crois que tu viens de mettre le doigt sur un sujet très sensible : le lieu de résidence des personnes composant un Conseil d’Arrondissement.
    A titre personnel, j’ai du mal à concevoir qu’un adjoint ou a fortiori un maire ne réside pas dans la commune qu’il est amené à diriger. Comment partager les préoccupations quotidiennes des “administrés” ? Même en traversant l’arrondissement à vélo d’est en ouest pour se montrer le matin et inversément le soir pour rejoindre sa mairie, on ne partagera jamais totalement les préoccupations des gens sur le terrain, car on ne les vit que partiellement. Ce n’est que de la mise en scène…
    Je partage également ton point de vue sur les lotisseurs de faubourgs. Une vision d’ensemble de bon sens manque pour le troisième arrondissement. Il en est ainsi de l’urbanisme (une tour InCity prévue sans parking avec ce que cela implique ou la friche RVI en sont des exemples flagrants…), de la politique de transports en commun (Atoubus ne concerne que les déplacements en bus et ne pousse pas la réflexion aux atouts d’un métro en place du C3…) ou des déplacements urbains (au lieu de restreindre, il faut fluidifier le trafic vélo-auto-bus).
    Il me semble que “gouverner, c’est prévoir…”, et on n’anticipe bien qu’en
    vivant ce qu’on administre.

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