Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Habile mais inadéquat

Je me suis plongé dans le programme du PS pour les échéances 2012, et notamment dans ses 30 priorités. Mon impression, c’est que la démarche du PS est habile puisqu’elle est construite sur des propositions parfois « concrètes » qui semblent répondre à un certain nombre de problèmes actuels. Il y a là une réelle habileté de Martine Aubry. Il est d’ailleurs assez drôle de voir comment certains de ses « camarades », y compris lyonnais, qui n’avaient pas de mots assez durs lors de son arrivée à la tête du PS, sont obligés aujourd’hui d’aller à Canossa…

Si la construction est habile, ce programme du PS pour les élections présidentielle et législatives, reposant sur ces 30 priorités, n’en est  pas moins inadéquat.

La première réflexion que l’on peut se faire, c’est l’absence de vision globale de la France à cinq ans, l’absence d’approche stratégique permettant au pays de faire face à ses défis. Nous sommes face à une liste de mesures ponctuelles, sans liant ou cohérence, et dont on voit mal les fondements « théoriques ». Deux exemples : si l’enjeu de la compétitivité du pays et de ses entreprises est bien cité, pour se prémunir de la critique, difficile de voir quelle orientation suivrait les socialistes pour continuer à regagner de la compétitivité. On voit bien par contre avec les promesses « sociales » qu’un supplément de « dépenses publiques » pèserait sur la société, et qu’il faudrait bien que quelqu’un les finance. Autre exemple, celui de l’entrée des jeunes dans la vie active : la mesure phare des 300 000 « emplois d’avenir », emplois jeunes à la sauce 2012, ne traite pas le problème de fond, et va même le renforcer en cantonnant trop de jeunes dans un « statut » parallèle.

Et on voit que cette approche est bien partagée par les élus du PS. Thierry Philip, Maire du 3e, nous en a offert un bel exemple la semaine dernière avec un post aussi populiste que laconique sur la cherté des prix. Peut-on quand on aspire à gouverner la France, s’en tenir à dénoncer la hausse des prix de l’énergie, des matières premières, du forfait  hospitalier, sans en analyser les causes,  pour tenter d’apporter des réponses à la mesure de problèmes qui dépassent largement le niveau national ? Ou bien le PS croît-il encore qu’il suffit d’instaurer le blocage des prix ?

L’habileté trouve cependant parfois ses limites, quand le naturel revient « au galop ». Car parmi ses mesures, on trouve quelques beaux exemples de la tentation du PS à encadrer la société. Il en va ainsi du mécanisme de plafonnement des loyers dont on sait pourtant les effets pervers qu’une telle mesure ne manquerait pas d’avoir. Idem pour la « punition » des jeunes médecins qui seraient tenus de combler les déserts médicaux. Il est d’ailleurs amusant de voir comment les socialistes qui connaissent bien ces sujets ne montrent qu’un soutien tout relatif à ces mesures.

Autre constat préoccupant : ce catalogue de mesures n’explique pas comment se feront les grands équilibres financiers. Comment le déficit budgétaire sera-t-il maîtrisé avec les promesses sociales à financer, que fait-on concrètement pour financer les retraites puisque les socialistes entendent revenir sur la réforme, « remettre l’hôpital au cœur du système » suffira-t-il pour maîtriser les dépenses de santé ?

L’impression de vision parcellaire, de court terme, n’en est que plus forte quand on constate que ce projet dit bien peu de choses sur la place de la France dans le monde. Est-ce parce que le PS vise un effacement international de la France, faire de notre pays un simple élément d’une Europe social-démocrate ?

Le débat va donc être riche dans les mois qui viennent, et pour nous, c’est un vrai défi compte tenu de l’habileté de la démarche et de son approche classiquement démagogique. Il nous faudra, comme en 2006/2007 face aux rêveries ségoléniennes, en appeler au sens de la responsabilité des Français.

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2 Comments

  1. guyot/mogu

    Comment peut-on faire confiance au programme électoral d’un parti qui nie les réalités.
    Exemple et il y en a d’autres….
    La population Française vieillit, on ne peut que s’en féliciter, mais le débat sur le report du départ de l’âge à la retraite et sa remise en cause dans le programme P.S est un acte purement démagogique.
    La France n’est pas un pays isolé, les frontières sont ouvertes.
    Comment concilier le programme F.M.I et celui du P.S ?

  2. Lyons

    A la lecture de ce document, ma première impression fut une lecture de faits anciens et même un peu d’histoire de France. le lapsus de Madame Aubry “vague” lors d’une intervention publique était réelle. Elle ne semble elle même peu convaincue. Cette liste de “fournitures” électorales n’a aucune crédilité: Dans un bilan comptable : recettes = dépenses si possible durant ce quinquenat, il a fallu de l’énergie, de la réactivité et la combativité pour affronter toutes les crises que la France gère. Alors comment faire si le prochain quinquénat la situation devient explosive.J’ai vraiment peur que les français se laissent leurrer par toutes les aides proposées et bonjour l’assistanat, retour aux emplois précaires. Aucune proposition sur le finacement sinon que la classe moyenne va encore payée pour gèrer les dites promesses.
    Je compte sur des hommes de terrain qui cotoient au quotidien les administrés pour expliquer les réformes faites sous ce quinquénat.
    Mme Royal, ce matin sur une radio expliquait aussi qu’elle avait une solution toute simple pour redonner le pouvoir d’achat aux français. A suivre

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