Pierre Bérat

Conseiller municipal de Lyon 3e, Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes

Les miracles de Charbonnières

P5310091En ces temps de fortes contraintes budgétaires, le dossier du nouveau siège de la Région semble ouvrir une voie miraculeuse.

La dernière session a été animée sur ce sujet, à l’occasion d’une communication sur le projet. Premier élément de l’affaire, le dérapage du coût de la construction : annoncé à 96 millions en 2005, la communication de jeudi dernier nous apprend que le coût final de la construction s’établira à 145,1 millions d’euros fin 2010… Je ne m’étends pas sur ce dérapage incontrôlé largement traité lors de la campagne électorale.

Je passe aussi sur les propos du Président du groupe PS de la Région ; selon lui, cet investissement majeur de la Région va fortement contribuer à l’amélioration du service rendu aux Rhônalpins. En ces temps de difficultés sociales liées à la crise, ces derniers seront attentifs au retour sur investissement dont ils bénéficieront.

Mais nous ne sommes pas au bout des surprises. La communication nous explique ainsi que le coût du projet du nouveau siège sera maintenu dans la fourchette de 20 à 30 millions d’euros annoncée au départ !!! Par quel miracle passons-nous de 145,1 millions de coût de construction à 20/30 millions ? Par un tour de passe-passe consistant à défalquer :

  • le montant des travaux qui auraient pu être réalisés sur le site de Charbonnières,
  • les économies réalisées sur 20 ans sur les loyers des bâtiments hébergeant aujourd’hui certains services délocalisés,
  • la vente des terrains et bâtiments du site de Charbonnières.

Peut-être va-t-on nous dire demain que le départ du Conseil régional va se traduire par une baisse de stress parmi les lapins et reinettes qui peuplent le terrain de Charbonnières – qui retrouveront la quiétude après le départ des élus et fonctionnaires -, et que cette baisse de stress de la faune locale peut être valorisée x millions d’euros sur 50 ans, venant ainsi réduire d’autant le coût du nouveau siège !

Pour démonter l’argumentation, on peut déjà pointer que des loyers supplémentaires sont d’ores et déjà engagés pour localiser des services annexes qui ne peuvent trouver place dans le nouveau siège. D’autre part, ces économies de loyers seront en partie compensées par les charges de propriétaire des surfaces correspondantes dans le nouveau siège.

Quant à la vente de Charbonnières, elle reste à concrétiser. En la matière, un élément pose question. On nous dit que le bâtiment principal, estimé à 15/18 millions d’euros, pourrait trouver une nouvelle utilisation en tant que pôle des écotechnologies. La reconnaissance récente par l’Etat de l’inter-pôles de compétitivité « Efficacité énergétique » constituerait en la matière une opportunité. Mais tout ceci ne tient pas. Les pôles de compétitivité doivent viser à investir dans des projets de R&D, pour susciter de l’innovation, et non à mener des projets immobiliers, même de support. Mais en mettant en avant ce projet, l’intention est claire : sa non-réalisation, et donc l’absence de la « recette » escomptée, fournira une nouvelle occasion de faire porter le chapeau au Gouvernement… Rien que de très classique.

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7 Comments

  1. sans souci

    Gérard MAJAX le magicien a eu du souci à se faire : il a des concurrents sérieux en Rhône-Alpes.

  2. Décidément les élus régionaux sont pris dans leurs problémes d’intendance interne au lieu de parler du futur de la région. Cet argument du siége semble être l’alpha et l’oméga de l’ump depuis deux ans…avec le résultat aux régionales que l’on sait. Je me félicite donc, en tant que militant de gauche, d’une stratégie ump qui porte si mal ses fruits. Bonne continuation.

    Pour répondre sur le fond, il faut aussi se poser la question de savoir pourquoi lorsque la droite, aux affaires à l’époque, a choisi Charbonnieres. Mal desservie, isolée, notre région est la seule à avoir un siége si enclavé. IL s’agissait certes à l’époque de donner plaisir à un président de région, Charles Béraudier, qui n’en était pas avard (de plaisirs). La conséquence est la situation actuelle. D’ailleurs en privé, nombre d’élus de ton groupe se félicitent du choix de la région. Tant mieux.

  3. Pierre BERAT

    Cher Romain, je ne sais pas où tu as lu que je remettais en question aujourd’hui le lieu choisi pour le nouveau siège ! Et puis l’intendance à 145 millions, ce n’est plus vraiment de l’intendance !

  4. Dans l’industrie tout investissement est confronté à une diminution des coûts et s’il n’ y a pas de retour dans un temps raisonnable l’investissement est différé. En ce qui concerne le nouveau siège de la Région rien de tout cela et al communication l’emporte sur l’interêt général. On retrouve d’ailleurs un défaut lié à l’administration on bâtit pour libérer un lieu et ensuite on se pose la question du devenir du lieu libéré ce qui diffère une partie du financement et l’on se trouve avec un trou dans la caisse. Ce qui me frappe aussi c’est qu’il n’y a aucune vue à long terme et au fur et à mesure que l’on avance dans le projet on modifie, le siège est déjà trop petit.
    Romain parle du lieu il faut dire qu’il n’est pas bien choisi en pleine ville dans un quarier qui n’ a pas beucoup de points d’accès et dont l’évacuation est pas facile avec deux ponts seulement et une voie côté Saône on p^révoit un autre pont il est vrai.
    Ce qui est frappant je le répète c’est le manque de vue à long terme ce qui abouti à une élévation de coût inéluctable

  5. charles catelin

    Cette affaire est assez grave et demanderait un rappel à l’ordre d’un corps constitué.
    Que le Siège de la Région soit actuellement ” extériorisé” d’accord, mais à l’époque de pleine croissance ce privilège accordé à un élu n’a pas soulevé de vagues.
    Par contre que l’on veuille déménager ce siège alors que partout l’on sert les vis et que l’on jongle allègrement avec le coût…qui aura vraisemblablement des surcoûts, c’est se moquer des citoyens. Car en dernier ressort, ce sera lui le gogo.
    De surcroit, la vente de “Charbonnières aurait dû être déjà réalisée : nous ne sommes que sur des supputations de projets. En résumant, tout industriel serait vite désavoué par son C.A et, tout particulier mis en sur-endettement.
    Mais le “ROI” de l’établissement public…doit se faire par un surcroît de taxes.
    Quant à compter sur un autre pôle de compétitivité, c’est quelque peu rêver : le gouvernement va-t-il suivre et quelles seront les entreprises aptes à s’engager dans cette voie ?
    Ces questions et d’autres se posent, mais bof….nous nageons dans les irréalités les plus farfelues.

  6. Martine

    Cette nouvelle gestion locale interpellera- t-elle à nouveau les contribuables! Malheureusement ils subiront comme ils ont coutume de le faire.
    La surprise est que ce nouvel espace régional ne pourra pas accueillir tous les services. Curieux, il me semblait jusquà ce jour croire que tous les services seraient regroupés afin de mieux se coordonner. Eh bien non, illussions perdues!!!!
    Comme le dit si bien Charles, si la collectivité dite “Région” était une socièté anonyme, avec une gestion rigoureuse, elle aurait bien du souci à se faire pour réaliser des investissements qui ne semblent pas correspondre aux prévisions.
    Mais les reveurs ne sont pas les payeurs. La prévision et la rigueur sont des mots qu’ils ne connaissent pas. Ce sera encore la faute de l’Etat!!!!!!!
    Merci aux nouveaux conseillers régionaux qui prennent à coeur d’oser s’exprimer sur ces sujets. Courage, il vous en faudra.

  7. guyot

    Je voudrai simplement vous faire part ci-dessous d’une lettre adressée au Progrés de Lyon, à titre strictement personnelle et publiée dans le courrier des Lecteurs en janvier 2005 (Date exacte, oubliée).
    “LA REGION EN VILLE …”
    Etonnant ! Aucune réaction de qui que ce soit, politiques,associations, administrations, syndicats! La région veut ramener son siège en pleine ville, alors qu’elle dispose d’un site exceptionnel à l’extérieur, magnifique et enviable qui dans les décennies à venir prendra toute sa valeur avec amélioration des transports: bus, trains, héliport, contournement Ouest du Grand Lyon.
    Non , il faut revenir en ville avec augmentation , concentration des véhicules, pollution Et à quel prix? Le contribuable paiera, car on connait les budgets prévisionnels défoncés. Ne faudrait-il pas profiter des espaces du confluent, pour décongestionner, regrouper certaines administrations, ex.. préfecture. Construire des logements sociaux ou autres, établissements pour personnes âgées ; Que de possibilités gâchées.
    Mais on saura nous expliquer que le contribuable électeur n’y connait rien.

    Voila, je crois un sujet en pleine actualité.

    Votre article région, répond à ma question casquette. Merci.

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