Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Lycéens dans la rue, pour qui, pour quoi ?

L’arrivée des lycéens dans les manifestations contre la réforme des retraites interpelle. Elle inquiète aussi face au constat des débordements qu’elle occasionne, du fait de certains individus, comme c’était prévisible.

Revenons tout d’abord sur le feuilleton de la semaine des déclarations du PS sur le sujet. Nous avons tout d’abord eu les paroles de Madame Royal, lundi au cours du Journal de 20 H, invitant les jeunes à descendre dans la rue, retrouvant ainsi les accents démago-populistes de sa campagne présidentielle. Paroles bien irresponsables suivies le lendemain d’une tentative de démenti, bien peu convaincante, d’autant plus qu’elle s’est accompagnée du lapsus « politiquement » au lieu de « pacifiquement ». On critique souvent les journalistes. J’ai pour ma part admiré la journaliste de France Info qui a mis Mme Royal face à ses ambiguïtés. Le 13 octobre, la conseillère générale de Montchat, Mme Vallaud-Belkacem, toute à ses œuvres parisiennes, se félicitait que les responsables politiques incitent les jeunes à s’exprimer… Et en fin de semaine Gérard Collomb, après les troubles survenus à Lyon, en appelait à la responsabilité de chacun pour un retour rapide à l’ordre et à la tranquillité publique…

Mais ces variations socialistes ne sont que l’écume des choses. J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, mais je crois que les leaders du PS portent une lourde responsabilité dans le climat social du pays. En adoptant une posture d’opposition systématique, anti-sarkozyste, en utilisant sans cesse la référence aux principes et aux valeurs au risque de leur faire perdre leur sens, en faisant preuve de démagogie, de compassion gratuite et de positions simplistes, ils contribuent à créer une situation de « rébellion » citoyenne sur des sujets incontournables qui sont traités dans la sérénité dans la plupart des autres pays. Ils ont ainsi pris une lourde responsabilité en jetant constamment de l’huile sur le feu.

Si les incitations à la manifestation des jeunes sont évidentes, il est clair néanmoins que nombre de ces jeunes ressentent et expriment des inquiétudes. Que disent-ils ?

J’ai entendu certains jeunes manifestants déplorer le report de l’âge légal de la retraite, refusant la perspective d’une carrière professionnelle plus longue. Sur ce point, je crois qu’il faut être clair. A partir du moment où il y a une réponse au problème de la pénibilité, les générations qui arrivent sur le marché du travail, plus encore que ceux qui sont actuellement au travail, doivent comprendre que l’allongement de la durée de travail peut être une réponse pour sauver le régime de retraite par répartition, dans la mesure où l’espérance de vie s’allonge.

Mais nous entendons aussi une autre inquiétude, qui est celle de l’entrée sur le marché du travail, de l’insertion professionnelle. Certains jeunes expriment leur crainte de voir s’accroître encore les difficultés d’insertion professionnelle, les séniors occupant plus longtemps leur emploi du fait du report de l’âge de la retraite.

En la matière, il y a deux visions qui s’opposent. Celle de la gauche d’une part, qui raisonne toujours à situation constante. Un sénior qui travaille plus longtemps, ce serait une opportunité professionnelle de moins pour un jeune. C’est la même conception que pour les 35 H, qui reposait sur l’idée que le travail était un gâteau qu’il convenait de partager… sans intégrer le fait que l’existence d’un gâteau à partager nécessitait de réunir un certain nombre de conditions, et sans imaginer qu’il était aussi possible, sous certaines conditions, de disposer d’un gâteau plus gros.

D’autre part, selon une autre conception, plus dynamique, on peut considérer qu’avec un régime de retraite rééquilibré, cela permettra d’éviter une pression encore plus forte en termes de prélèvements, donc une activité économique plus dynamique. Ce sera aussi une maîtrise du déficit, donc plus de confiance des acteurs économiques pour investir. Tout cela créant des conditions plus favorables à la création d’emplois.

Souhaitons que les jeunes ne se laissent ni utilisés à des fins politiques, ni abusés quant aux enjeux de cette réforme.

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10 Comments

  1. Lyons

    Oui, il est inconcevable d’utiliser les jeunes.Mde les ” responsables politiques “avez vous des enfants en age de défiler dans la rue? Sui oui, comment voyez vous leur avenir avec de tels propos.
    Vous avez bafouées l’autorité parentale!!!!
    cela ne vous inquiètent pas. Vos contractictions constantes sont affligeantes. Nos jeunes de 15 à 16 ans sont dans le présent et étudient dans les choix qu’ils font. D’ici 40 ans qui peut dire ce que l’avenir réservera. Pourquoi avoir une telle agressivité envers le pourvoir, car tout dérape dans le monde du travail !!!! Et vous ne voulez pas le reconnaître, vous en êtes responsable!!!!! La reprise économique se complque par vos propos inaudibles
    Dans ces grèves le droit de certains lycéens qui veulent aller en cours n’est pas respecté, les collèges bloqués! merci de me dire où est la démocratie.

  2. Pierre, on se retrouve sur ce sujet!

    Les slogans débités par les lycéens sont d’une débilité profonde et prouvent à quel point ils ont besoin de suivre quelques cours d’économie pour comprendre l’environnement dans lequel ils auront à s’intégrer …

    Néanmoins, la position inflexible du gouvernement est dangereuse car cette réforme ne résout strictement rien mais permet seulement de gagner du temps.

    Les incidents de ce matin témoignent d’une tension de plus en plus forte et je pense que cela va continuer à s’accentuer d’ici la fin de semaine car le début des vacances de la Toussaint devrait permettre de faire retomber les choses …

  3. Guyot/ Mogu

    Les informations de cet après- midi confirme les débordements de quelques éléments toujours à l’affût pour en profiter pour casser et voler, ceux qui soufflent sur les braises se déshonorent. On attends toujours leurs propositions pour émettre des solutions pour les créations d’emploi et les relocalisations en France des entreprises et développer la volonté de créer d’autres postes que ceux de fonctionnaires, C’est avec plaisir que nous avons entendu la détermination de François Fillon de ne pas céder et s’il y a encore quelques journées difficiles à passer, il est sûr que l’opinion va se retourner.
    Bravo pour votre prise de position.

  4. catelin

    Bonjour,
    Je suis toujours dubitatif tant sur la responsabilité des jeunes que sur les aspects économiques de l’allongement des périodes d’activité.
    L’irresponsabilité des jeunes :
    – A 15 ans alors que l’URSS envahissait la Hongrie, révolté, je créais et collais des affiches antisoviétiques sur les locaux mêmes du parti communiste, rue dugas-montbel. Étais-je irresponsable ?
    – A 18 ans, en stage d’entreprise, je fus appelé pour défiler contre la guerre d’Algérie. Je refusais, car l’argumentation était “nulle” et, me trouvais seul dans l’entreprise hormis le patron. Étais-je irresponsable ?
    – Au début 70, comme membre d’une commission paritaire patronale, je fus stupéfait et “écoeuré” d’entendre le directeur de la CRAM annoncer avec satisfaction que la caisse vieillesse était bénéficiaire…puisque les retraités de 65 ans décédaient peu de temps après leur mise à la retraite.
    A quel âge s’élabore la responsabilité ? Il y a des jeunes dotés de maturité, comme souvent des adultes encore enfants.
    Quand aux 35H., je connais les avantages de celles que j’ai pu installer, mais en ignore les coûts et avantages macro-économiques comme le gouvernement actuel ne peut affirmer que l’allongement du temps de travail ranimera l’économique.
    Ce que je sais, c’est que toute l’éducation de négociation que je reçus, fut battue en brèche par le passé comme elle l’est actuellement. Les coups de menton, les inflexibilités ne furent jamais des outils d’avenir : on humilie jamais un adversaire à genoux.

  5. Pierre BERAT

    Je précise que je soutiens bien évidemment la position de Michel Havard ( http://www.ensemblepourlyon.fr/blog/communiques-de-presse/havard-collomb-belkacem.html) suite aux propos de Mme Vallaud-Belkacem appelant les jeunes à manifester. Ces propos constituent un nouveau dérapage de Mme Vallaud-Belkacem et ils concernent directement sa délégation d’adjointe à la jeunesse à la Ville de Lyon.

  6. Chloë

    Cette réforme des retraites est absolument indispensable malgré les tentatives irresponsables de certains de différer le problème. Si cette réforme ne se fait pas, les fameuses agences de notation risquent de faire chuter les notes de la France, mettant par là même en péril l’équilibre fragile de notre fameux pacte social et républicain! Et au final nous en ferions tous les frais, car que se passera t’il le jour ou ayant renoncé aux réformes incontournables, nous devrions diminuer le traitement des fonctionnaires comme en Grèce ou demander des efforts plus importants à l’ensemble des Français ?
    Cette réforme conduite à son terme malgré les aléas de la rue, rencontre l’approbation silencieuse d’une grande majorité de Français qui ne sortent pas dans les rues pour exprimer leur opinion, mais sauront se souvenir du courage et de la détermination d’un François FILLON et du Président de la République en la matière!

  7. Lyons

    Pour répondre à ” M. catelin” je ne comprends pas ce qu’il veut exprimer dans son texte, “on n’humilie jamais un adversaire à genoux” que veut-il dire clairement, je n’arrive pas à saisir son raisonnement.
    La situation actuelle n’est pas celle des années 70 où la France avait des ressources financières. A ce jour, les caisses sont vides, la crise mondiale monétaire nous obligent à réagir. Je ne pense pas que ce soit le pouvoir qui attise le mépris. Merci à Chloë de sa missive qui prouve qu’une France silencieuse se sent humiliée par les propos ténus par des responsables politiques, qui doivent avoir la formule magique pour sortir de la crise!!!!!!!

  8. Karine

    Pourquoi pensez-vous Monsieur Bérat, que la jeunesse soit manipulée par Ségolène Royal ?
    C’est peut-être pour éviter de voir que nous avons enfin par la rue, à défaut de le faire dans les urnes, gagné la bataille de l’opinion!
    Plus nous serons nombreux dans les rues à crier notre mécontentement face au gouvernement, plus nous aurons de chance de voir celui-ci faire marche arrière.
    Je pense les jeunes assez autonomes et indépendants pour se mobliser par eux mêmes, sans avoir besoin d’agitateurs d’arrières cours de récré pour se mobiliser face aux perspectives de chômage, de précarité, de paupérisation des couches populaires!

  9. Pierre BERAT

    @Karine, je crois avoir répondu à votre interrogation dans mon post. Concernant l’opposition “rue” et “urne” que vous évoquez, je crois que vous mettez le doigt sur le vrai problème. Dans quelle mesure des politiques aussi essentielles doivent-elles se régler par la rue ? Quant à l’opinion, c’est quelque chose d’assez versatile…
    Je voudrais aussi vous dire que bien sûr, les jeunes peuvent s’exprimer sur les affaires politiques. Mais dans le cas présent, les lycéens qui manifestent, qui ne sont pas toute la jeunesse (comme tous les manifestants ne sont pas des casseurs), me semblent mal percevoir les choses. Et certains politiques font ce qu’il faut pour masquer les réalités, c’est ce que j’ai voulu exprimer dans mon post.
    Une anecdote à ce sujet : une amie m’a raconté récemment que son fils qui suit des études en Norvège avait été la risée de tout son amphi quand le cours a abordé la question des retraites, compte tenu de la situation en France. En Norvège je crois que l’âge légal est à 67 ans… et pourtant la Norvège ce n’est pas exactement ce que l’on peut appeler un pays pauvre !
    Je maintiens aussi que c’est prendre beaucoup de risques que d’appeler les jeunes à manifester. Nous sommes bien placés à Lyon pour constater les débordements.
    Les acteurs politiques comme Mme Royal et Mme Belkacem font donc preuve d’une double irresponsabilité politique en incitant la jeunesse à manifester et en refusant une approche raisonnable d’un enjeu tel que celui de la retraite par répartition.

  10. De ma fenêtre tous les moyens sont bons pour faire capoter la loi sur les retraites : Antisarkozisme primaire à l’assemblée et sur les ondes, attaque en règle contre le ministre Eric Woertz, manifestations à répétition, grèves dans les secteurs sans risques pour le porte monnaie des grévistes mais beaucoup de gêne pour les usagers et évidemment on met en route les bataillons des lycées et universités avec une démagogie d’une mauvaise foi patente.
    Je mets ce mot au lendemain des bagarres Place Bellecour et Ségolène n’a pas été entendue la preuve qu’elle s’est trompée à force d’être ambigue

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