Jan 16

Telle l’écume formée par les tempêtes hivernales, la bulle médiatique Macron s’étale en ce début d’année.

Il y a beaucoup à dire sur Emmanuel Macron en matière de cohérence du parcours, et disons le, de loyauté en politique. Comment en effet se présenter comme un candidat neuf, après avoir été au cœur du système Hollande depuis 2012, d’abord à l’Elysée puis à Bercy ? Soit son engagement depuis 2012 était opportuniste, soit c’est son positionnement politique actuel qui l’est. Dans les deux cas, cela pose bien sûr un problème de fond. C’est comme Gérard Collomb qui raille Hollande dans son discours de vœux du 6e arrondissement, alors qu’en tant que parlementaire socialiste, il a été l’un des artisans législatifs qui ont conduit à l’impasse du quinquennat

Mais bon, passons sur cet aspect éthique. Que penser du projet de Macron pour la France ? Il ne faut jamais critiquer pour critiquer et il faut donc se documenter. C’est ce que j’ai fait en lisant “Révolution” de Macron. L’exercice est plutôt instructif.

Pour être honnête, Macron pointe plusieurs problèmes ou enjeux clés de la société française. Effectivement, comme il le dit, il faut nommer les choses. Mais son projet pour la France souffre de deux faiblesses rédhibitoires.

D’abord, si les “choses sont nommées”, c’est très souvent sous la forme d’une démagogie aseptisée. En bon littéraire, les mots sont bien choisis pour que chacun y trouve son compte. Une telle approche peut effectivement agréger des électeurs mais combien de frustrations potentielles ! Visiblement, la leçon de la tromperie originelle du mandat Hollande, qui avait fait croire tout et son contraire aux uns et aux autres, n’a pas été intégrée. Un exemple de cette démagogie aseptisée ? La vision de l’Europe exposée par Macron à Berlin. Présentée sous la formule “Europe de la souveraineté”, elle peut interpeller les souverainistes alors qu’elle est au contraire très fédéraliste.

L’autre faiblesse majeure se trouve du côté des “solutions”, qui sont selon les sujets soit inexistantes, soit cachées, soit encore bien trop faibles pour les enjeux pointés. Ainsi en va-t-il de ce qu’expose Macron suite à ces constats sur la dette publique, la dépense publique mal maîtrisée, la dynamisation du marché de l’emploi, les échecs du système scolaire et de l’enseignement supérieur, les ratés de l’Union européenne sur ses missions de base. Ainsi en va-t-il aussi pour la délinquance : si Macron note que le niveau de violence s’est fortement accru, la réponse se limite à nous resservir la “police de proximité”…

Sur les fonctions régaliennes de l’Etat justement, le constat global que l’on peut faire c’est celui du peu de place qui leur est accordée. Et le peu que l’on peut lire, frappe l’esprit. Pour ce qui est de la menace terroriste, Macron n’a clairement pas pris la mesure du changement de dimension en écrivant fin 2016 que “sur un plan rigoureusement pratique, l’arsenal antiterroriste est suffisant” ou en avançant que la fracture terroriste sera réglée par “une mobilisation de la société civile tout entière autour d’un projet fondé sur la confiance” !!!! Bref du Taubira 4.0 !!!

Selon une démarche marketing bien menée, Macron nous propose une “Révolution”. Que chacun se souvienne de tous les épisodes révolutionnaires de l’histoire humaine ayant mal tourné puisqu’ils débouchaient sur une impasse. Quant à l’écume de mer, elle redevient toujours de l’eau… salée.

écrit par Pierre BERAT \\ tags: ,


3 commentaires pour “Macron ou le chant des sirènes”

  1. 1. monique Dit:

    merci, j’ai bien besoin de vous pour m’instruire.

  2. 2. edmee Dit:

    E.Macron ou le judas moderne comment peut-on effectivement faire confiance à ce jeune loup qui a trahit “ces amis” qui insulte les gens du Nord en les traitant d’ivrogne alors que dira t-il des gniafrons lyonnais ? des auvergnats des ardechois qui habitent notre si belle région ARH ? ! je n’ose le penser
    Bribri ne lui a pas dit que c’était aussi des électeurs potentiels ! et je ne parle pas de son programme qui effectivement ressemble plus à une bric à brac de chez Emaïus il me rappelle Le canuet avec son petit air de ne pas y toucher
    Il fait peur à ses “ex” amis du PS pourtant ils ont mangé à la meme soupe et sur le dos du contribuable ah ambition démagogique quand tu nous tiens attention au retour de baton la loi des urnes est imparable car il ne suffit pas d’avoir une “belle” g…. et terminer ses réunions en hurlant pour être élu les électeur de 2017 ne sont plus ceux de la 4eme république la majorité d’entre nous ont reçu une éducation politique une chance d’ailleurs bonne semaine à tous et meilleurs voeux

  3. 3. Martine Dit:

    Très bonne analyse politique qui met en évidence l’inadéquation du discours avec les solutions proposées .Le discours se heurte à un double écueil: ne contrarier personne pour ratisser large .D’où des contorsions et des convictions adaptées à l’air du temps ,l’ensemble donne une vision sans véritable colonne vertébrale .
    Les solutions frappent par la pauvreté des arguments ,faire du neuf avec du vieux,est ce bien efficace en ces temps si troublés? Les nombreuses manifestations policiéresattirant notre attention sur l’insuffisance des moyens en hommes et en matériels lui opposent 1 cruel démenti,basé sur le terrain et non sur les élucubrations surchauffées ” arsenal suffisant ” totalement déconnectées du réel.
    Enfin la démarche ni à Droite ni à Gauche mais ailleurs condamne ses exécutants à une allure en zig zag,un peu comme les crabes. L’analyse de la société actuelle est par ailleurs à côté de la plaque ,à l’instar de nos chers pédagogues des années 80-90 et leur maître copain pour lequel la punition est vécue comme 1 acte de faiblesse. Hélas ,les anti chambres de nos ministéres sont remplies d’évêques de cour qui,comme Talleyrand n’ont jamais beaucoup dit la messe . Le citoyen lui, ne s’y trompe pas ….