Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Étiquette : Arnaud Montebourg

La responsabilité collective demeure

François Hollande a donc décidé de renoncer à se présenter de nouveau à l’élection présidentielle. Il était temps que cette clarification intervienne, tant le sommet de l’Etat était devenu ces derniers jours une pétaudière. Il s’agissait d’une décision personnelle. Je crois que l’on peut reconnaître que cette décision est responsable et que son discours était digne. François Hollande a su reconnaître que compte tenu du bilan de son quinquennat, et de la situation de sa majorité, il n’était pas en situation de se représenter.

Le bilan de ce quinquennat est terrible, avec le sentiment que tant d’années ont été perdues.

La responsabilité de François Hollande est première dans ce bilan. L’ambiguïté et la démagogie de sa campagne de 2012 expliquent les impasses. Il doit aussi assumer directement l’abaissement de la fonction présidentielle auquel il a largement contribué.

Mais il ne faudrait pas qu’il soit le seul à “porter le chapeau”. On voit bien que nombreux à gauche tentent cette opération, en espérant que le regard sur le quinquennat se focalise sur Hollande et son départ… pour pouvoir faire apparaître une nouvelle offre de gauche.

Agir ainsi, c’est une mystification, car la responsabilité de la gauche, des composantes de la majorité présidentielle, est entière.

La majorité présidentielle sortante porte une responsabilité collective :

  • les candidats socialistes aux législatives de 2012 ont largement contribué à l’ambiguïté du projet que j’évoquais précédemment.
  • de nombreux parlementaires de cette majorité présidentielle ont aggravé le choc fiscal qui a tué la reprise en France, en durcissant les textes législatifs.
  • de nombreux ministres et parlementaires socialistes ont soutenu le “désarmement” du pays auquel s’est livrée Madame Taubira en début de quinquennat.
  • quelques semaines après les attentats, plusieurs parlementaires de la majorité présidentielle ont retrouvé leurs réflexes idéologiques refusant de concevoir l’idée même que l’on puisse penser à la déchéance de nationalité pour les terroristes, ou privilégiant les droits individuels à l’impératif de sécurité collective.
  • et que dire des postures très éclairantes de nombreux élus de gauche, dont Ségolène Royal, sur l’appréciation portée sur le régime castriste de Cuba.

Le constat est le même pour les prétendants à la succession. Leur responsabilité est entière. Elle l’est pour Montebourg, qui a été de ceux qui ont bercé le pays d’illusions au début du mandat. Elle l’est pour Valls, qui nous dit qu’il assume le bilan pour incarner la loyauté, mais dont on verra bien ce qu’il assume réellement. Elle l’est aussi pour Macron, qui a inspiré les politiques à l’Elysée et les a portées à Bercy avant de se chercher une virginité bien tardive. Et le constat vaut pour son soutien lyonnais, Gérard Collomb, qui cherche à prendre ses distances avec les mesures prises, mais qui les a toutes votées en tant que parlementaire. Par ailleurs, si son influence est si grande à Paris, pourquoi ne s’en est-il pas servi pour éviter le désastre ?

Cette responsabilité collective il faudra qu’ils la portent pendant la campagne présidentielle et pour les législatives.

Cocktail non pertinent

Ca y est, fin de la première étape du grand raout des primaires socialistes. 4  % des Français inscrits sur les listes électorales ont souhaité y participer (il faut quand même parler de la réalité des chiffres). On espère que les 96 % des Français non concernés, qui sont aussi des citoyens ( !), pourront accéder dans les médias à d’autres informations que la couverture de cette consultation.

Que nous apprennent les résultats ? Que la portion de l’électorat qui se reconnait dans les valeurs de gauche se répartit de la façon suivante :

  • 39 % pour la tendance « sociale-démocrate normale (?) des terroirs » façon François Hollande
  • 31 % pour la tendance « vieilles recettes assumées de 1981 et 1997 » façon Martine Aubry
  • 17 % pour le “socialisme alternatif protectionniste” façon Arnaud Montebourg
  • 7 % pour la tendance « avant-garde du Poitou » façon Ségolène Royal
  • 6 % pour la tendance « pieds sur terre » façon Manuel Valls
  • 1 % pour la tendance « témoignage hors PS » façon Baylet (cela va être difficile de négocier des places pour le PRG).

Bref, la conclusion de ce premier tour, c’est celle d’un éclatement de l’électorat aux valeurs de gauche. Et une force conséquente à gauche du PS.

Même si les postulants ne vont pas manquer de nous dire dans les jours qui viennent que maintenant c’est la synthèse dans l’unité, et que le 2e tour va créer une dynamique d’union, le constat est là : la gauche socialiste est plus que jamais écartelée entre des orientations politiques divergentes, voire incompatibles. Il ne faudra pas se demander dans les jours qui viennent qui est copain avec qui, mais quelles sont les lignes de force du projet du futur candidat PS à la présidentielle.

Quoi qu’il en soit, on voit mal comment ce cocktail de courants pourrait être bon pour la France.

Et encore, dans la perspective présidentielle, après le 2e tour des primaires partisanes, il va encore falloir au PS assimiler une liste complémentaire d’ingrédients : Verts, Front de gauche, extrême-gauche ( ?). Le cocktail va devenir franchement indigeste.

Gérard Collomb nous a invité cette semaine à avoir une autre lecture des résultats. Il a ainsi dit que le seul projet pertinent pour la France, c’est celui de François Hollande. La réalité est là : 60 % des Français aux valeurs de gauche ont fait le choix de projets non pertinents ! Le cocktail est donc aussi impertinent !!

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