Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Étiquette : Christiane Taubira

Plus qu’un manque, une défaillance de moyens

Notre pays connait la situation inédite de manifestations de policiers. Une situation inédite provoquée par des attaques elles-aussi inédites, et abjectes, contre les forces de police : attaque terroriste de policiers à leur domicile familial, tentatives de meurtres contre des policiers en mission lors d’émeutes urbaines. Le pays doit comprendre ce signal d’alarme de la police et entendre le message. Les policiers doivent avoir les moyens de remplir leur mission.

A la suite de l’attaque de policiers à Viry-Chatillon, Manuel Valls a annoncé de nouveaux équipements de sécurité, pour protéger notamment les véhicules contre le feu. Mais ce scandaleux état de fait ne peut se régler seulement par une “course technologique”. On ne peut se contenter d’acter que de nouveaux types d’agression se produisent. Il faut bien évidemment aussi une réponse répressive, rapide, à la hauteur du comportement criminel. Face à de telles attaques, oui on peut blinder les véhicules d’intervention, mais il faut aussi “blinder” la traque et la répression contre les auteurs de tels actes.

Et le Gouvernement peut dire ce qu’il veut, chacun mesure combien ce quinquennat Hollande aura été néfaste. De même que les choix fiscaux du débat de mandat ont plombé la situation économique, les signaux envoyés par la politique Taubira ont fait sauter de nombreux verrous. Le syndicat de la magistrature se défend d’insuffisance des peines, évoquant l’augmentation du nombre de personnes incarcérées. Mais rien ne dit que cette hausse est à la hauteur de la progression des délits, en nombre et en gravité. Encore une fois, il faut entendre les policiers qui expriment leur ras-le-bol de voir des fauteurs de troubles graves revenir rapidement dans la rue.

Je lisais également aujourd’hui dans le journal le compte-rendu d’une réunion publique dans le quartier Etats-Unis au cours de laquelle les habitants avaient exprimé leur ras-le-bol face à la délinquance quotidienne, qui reste sans réponse efficace. Et la situation reste sensible à Vénissieux.

Nous avons aujourd’hui le sentiment qu’à tous les niveaux d’agression, qu’il s’agisse d’entreprise terroriste, de rébellion criminelle ou de “petite délinquance du quotidien”, le niveau de la réponse répressive est largement en-dessous du seuil requis. Au-delà d’un manque de moyens à combler, il y a des défaillances de moyens à corriger.

Tristes palmarès

Parmi mes lectures de plage et d’alpage de cet été, j’avais emmené les résultats de l’Eurobaromètre “L’opinion publique dans l’Union européenne” (rassurez-vous, j’avais aussi des lectures plus divertissantes !). Ce baromètre mesure régulièrement l’opinion des citoyens de l’UE, dans chacun de ses pays. A quelques mois des élections européennes, cette photographie de l’opinion européenne ne manque pas d’intérêt. Par ailleurs, alors même que nous assistions au “cinéma” gouvernemental de cet été, la comparaison des résultats par pays permettait de bien fixer les choses sur l’état de la France

Premier résultat qui m’a un peu surpris, 62 % des Européens se sentent citoyens de l’Union européenne. Il s’agit d’un résultat plutôt élevé, avec une majorité dans tous les pays sauf quatre : le Royaume-Uni bien sûr, la Bulgarie, Chypre et la Grèce. La France se situe dans la moyenne à 61 %. Ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir de l’UE, c’est que des scores élevés sont enregistrés dans des pays contributeurs nets : 73 % en Allemagne, 71 % au Danemark, 69 % en Suède.

Pour les Européens, les premiers résultats de la construction européenne sont la libre circulation dans l’UE et le maintien de la paix en Europe. Par contre, pour les enjeux économiques et sociaux du moment, les résultats sont, sans surprise, nettement plus mitigés. Il en va de même logiquement pour le futur de l’UE : 49 % des Européens sont optimistes pour 46 % de pessimistes. La situation varie toutefois selon les pays : 72 % des Danois et 55 % des Allemands sont optimistes ; par contre en Italie, en Espagne, mais aussi en France, les pessimistes sont majoritaires… Cela donne une idée de l’ampleur du défi pour proposer une vision de l’Europe répondant aux attentes des Français.

Mais le pessimisme s’explique aussi par les politiques nationales, avec de terribles écarts de perception selon les pays. Quand on interroge les Européens sur la situation économique dans leur pays, 80 % des Suédois, 77 % des Allemands et 63 % des Autrichiens la considèrent bonne. La France fait par contre partie des 10 pays dans lesquels moins de 10 % des habitants la trouve bonne !!! La France se trouve ainsi au même niveau qu’en Roumanie, en Irlande, en Italie, au Portugal, en Espagne ou encore en Grèce… Quel drame ! Arrivés à une telle situation, il est effectivement urgent Monsieur le Président que la reprise frappe à la porte !

Autre résultat frappant : quand on demande aux Européens de citer les deux préoccupations les plus importantes au niveau national, 19 % des Français citent l’insécurité (12 % en moyenne en Europe). Cela nous place au 2e rang européen en matière d’insécurité, derrière la Slovénie et ex aequo avec la Roumanie ! Dans ce contexte, c’est peu de dire que les querelles estivales médiatisées entre Madame Taubira et Monsieur Valls nous énervent un peu…

 

Des élections législatives pour bâtir des digues

J’entendais un commentateur ce matin qui s’interrogeait sur le bilan du début de présidence Hollande. Sérieusement, comment peut-on se poser ce type de questions quatre semaines après la présidentielle, que ce soit en termes de réussite ou d’échec… sauf pour ceux qui croient effectivement que François Hollande a inventé le concept de croissance !

Par contre après quatre semaines, on voit bien poindre ce qui nous attend… disons qu’un certain flou de la campagne présidentielle est en train de s’estomper… Depuis le début de la campagne législative, je rencontre de nombreuses personnes, sur les marchés, en réunions publiques ou d’appartement, qui s’inquiètent des conséquences prévisibles de la politique qui est en train de se mettre en place. Trois sujets traités lors de ces échanges me reviennent à l’esprit.

L’inclinaison au laxisme sur les questions de sécurité-justice ; la décision du Gouvernement, affirmée par Madame Taubira, de supprimer les tribunaux correctionnels pour mineurs, illustre clairement cette tentation. Rappelons que ces tribunaux concernent des jeunes de 16 ans et plus, récidivistes, passibles de peines de plus de 3 ans. En supprimant ces tribunaux, on se prive clairement d’une possibilité de lutter efficacement contre certaines formes de délinquance. Et que dire de ce projet d’obliger la police à délivrer des attestations de contrôle d’identité ! On nous avait parlé d’une police de proximité efficace : si c’est pour remplir des formulaires administratifs sur le terrain… On voit bien qu’au-delà des postures de responsabilité incarnées par Manuel Valls, la gauche reste sous l’emprise de l’angélisme.

Autre sujet d’inquiétude : l’abandon des démarches de recherche de maîtrise de la dépense publique. Plusieurs fois, les questions nous ont été posées en tant que candidats de ce qu’il allait advenir de la réforme des collectivités ou la révision générale des politiques publiques. Pour la première, on sait que la gauche veut revenir sur la réforme, pour, sous couvert de nouvelle avancée de la décentralisation, permettre aux collectivités très largement dirigées par la gauche, de continuer leurs politiques budgétivores irresponsables. Pour le reste, on compte sur les comités théodules pour rationaliser l’action publique… Quant à la RGPP, elle est idéologiquement stoppée. Les Français comprennent bien que la conclusion de tout cela se matérialisera dans leurs feuilles d’impôts locaux et sur le revenu.

Enfin, j’ai rencontré de nombreux chefs de petites entreprises, des commerçants, des artisans, démoralisés par les prélèvements supplémentaires qui vont les frapper. Pendant la campagne présidentielle, les socialistes avaient avec habileté, jouer les petites entreprises contre les grosses, en assurant les premières que seules les grosses paieraient. Que va-t-il se passer en fait ? Non seulement l’allègement du coût du travail ne va pas se produire, puisque la mise en place de la TVA anti délocalisation serait annulée par une majorité de gauche, mais les prélèvements s’accroîtraient du fait du retour en arrière sur la réforme des retraites. Hausse des prélèvements aussi pour les plus petites entreprises, du fait d’une révision des modalités de la taxe qui a remplacé la taxe professionnelle. La conséquence est là : les projets d’investissement et de recrutements se bloquent. A cela s’ajoute la fin de l’exonération de charges sur les heures supplémentaires pour les entreprises de plus de 20 salariés. Et pourtant, une entreprise de 20 salariés n’est pas une grosse entreprise… pas plus qu’un ménage touchant 4000 euros par mois n’est un ménage nanti dont il faut « faire les poches ».

Alors voilà, les raisons de s’inquiéter pour la suite sont bien réelles. Sans doute la campagne présidentielle n’a pas permis de bien cerner tous les enjeux.

L’important, c’est maintenant que les Français soient bien conscients que tout reste possible les 10 et 17 juin, et que ces élections législatives sont l’occasion de bâtir des digues contre des mesures qu’ils ne souhaitent pas.

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