Nov 01

Incrédulité et stupeur ! C’est un peu les réactions qui s’imposent à nous, comme je l’ai lu sur Twitter toute la journée, après l’annonce, par le Premier ministre grec, d’un référendum sur l’accord européen  de la semaine dernière. Après toutes ces semaines d’efforts de Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, enfin un accord avait été trouvé, permettant à la Grèce de voir annulée une partie de sa dette. Et voilà que le Premier ministre de ce pays dit en quelques sortes, on veut encore y réfléchir un peu…

En théorie, au plan démocratique, on peut comprendre que le dirigeant d’un Etat souhaite faire valider des choix fondamentaux pour son pays, qui touchent à sa Souveraineté. Appel au peuple sur les grandes orientations pour son avenir et veiller à la souveraineté, cela parle dans la tradition gaulliste.

Il reste que cette question de Papandréou à son peuple arrive bien tard, trop tard. La question sur la façon d’assumer les erreurs aurait dû être posée il y a des mois, dès l’évidence de l’impasse.

Le calendrier du référendum est incompatible avec les réalités. Comment attendre une réponse début 2012 alors qu’il faut des solutions et des engagements maintenant ? La réponse du peuple grec risque d’être bien peu opérante si elle intervient sur un champ de ruines.

On peut aussi s’interroger sur la question qui va être posée dans le cadre de ce référendum. Si c’est pour ou contre l’austérité, ce sera clairement l’irresponsabilité totale. Si c’est demander au peuple grec de faire un choix entre deux potions amères, cela ne va pas être simple de poser  la question pertinente, présentant les aboutissants de l’une et de l’autre des options, à court, moyen et long terme pour ce pays.  On peut aussi se demander si l’exposé des motifs de ce référendum, comprendra bien une présentation détaillée des tenants du problème : comment et pourquoi ce pays en est arrivé là ?

C’est bien tout le problème des référendums : comment faire trancher une question complexe en toute connaissance de cause.

La problématique est un peu la même que pour ceux qui souhaitent un référendum sur la sortie du nucléaire : comment intégrer à la question les conséquences en termes de hausse du coût de l’énergie, de dégradation du bilan carbone, de dépendance extérieure… ?

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Déc 05

Le Maire du 3e arrondissement vient de réaliser une visite médiatisée du campement de fortune de Villette, occupé par des Rroms, selon les informations diffusées. Cela a été l’occasion pour Thierry Philip de développer une nouvelle fois sa « doctrine » sur une question qui s’avère effectivement complexe.

Ce campement s’est monté sur un terrain du Conseil général, entre la voie SNCF et la voie du tram. La première préoccupation est celle des conditions d’hébergement des familles qui l’occupent : vie sous des tentes alors que l’hiver arrive, hygiène, sécurité du fait de la proximité des voies. Se pose aussi la question de ce qui se transforme en bidonville au cœur de la ville.

C’est la 3e fois cette semaine (en CICA, lors de l’AG du CIL Villette Paul Bert et dans le Progrès) que Thierry Philip développe sa « doctrine ». Le discours est bien rodé et habile – je pense que si le campement se trouvait quelques mètres plus loin, sur un terrain de la Ville ou du Grand Lyon, il serait sans doute un peu différent -… Après avoir évoqué la dimension humaine du sujet, il s’étonne que le Conseil général ne fasse pas appel de la décision de justice qui empêche l’expulsion, puis souligne que c’est à l’Etat de régler le problème, en visant bien sûr le Gouvernement.

Je crois que l’on peut pointer que s’il n’y avait pas eu le gros raté du Grand Lyon lors de la réalisation du T3, qui a conduit à faire contourner provisoirement l’îlot de l’impasse Millon par le Tramway, condamnant ainsi l’aménagement définitif de l’Esplanade Dauphiné-Villette pour de nombreuses années, nous n’en serions pas là. Il n’y aurait sans doute plus ce vaste terrain vague au cœur de l’arrondissement. Voici un héritage du premier mandat de la gauche à Lyon, qui risque d’ailleurs aussi de se traduire par l’édification d’un dépôt du tram à cet emplacement…

Mais pour revenir au cœur du sujet, oui le dossier est complexe. On peut s’étonner de la décision de justice qui empêche la fermeture de ce campement et de ses motivations, alors même que le séjour en France est soumis à conditions. Est-il réellement opportun de légitimer l’occupation sans droit d’un terrain pour y édifier un campement sauvage, au motif qu’il n’y a pas de projet de construction immédiat ? Et puis ce dossier est complexe car au-delà du devenir du site, se pose la question du devenir des personnes qui occupent le campement. Et effectivement c’est bien une question qui relève largement de l’Etat et de l’Europe puisqu’elle touche à la question des flux migratoires.

Mais en la matière, je voudrais inviter le Maire du 3e à pousser sa réflexion encore plus loin, pour être pleinement cohérent dans son approche et sa communication. Car on ne peut, comme le font les élus socialistes en ce moment, dénoncer au quotidien avec outrance la politique du Gouvernement en matière d’immigration, l’accusant de trop de sévérité, et en même temps en appeler à des solutions nationales. Pour éviter les conséquences humaines désastreuses de ces flux migratoires, il faut effectivement soutenir le développement dans les pays d’origine. Mais il faut aussi éviter d’émettre des signaux tendant à faire croire que la France accueillera toute la « misère du monde ». Une attitude plus responsable de la gauche en la matière serait la bienvenue.

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Août 26

Un petit post de rentrée, non pas pour décrire mes vacances, mais pour faire part de quelques constats suite à un séjour à Malte. Le tourisme n’empêche pas de s’intéresser aux lieux de séjour !

 

Si l’objet de ce post n’est pas de parler vacances, j’en profite toutefois pour vanter les mérites de la magnifique île de Malte. Après l’avoir visitée trois fois, je ne peux que conseiller cette destination, idéale pour de courtes vacances pour ceux qui veulent découvrir d’étonnants paysages côtiers, se plonger dans les souvenirs de diverses grandes périodes historiques, et profiter de la mer, y compris en matière de plongée pour les amateurs. En ajoutant que les Maltais sont très sympathiques et que cette île a vraiment une âme. Un conseil toutefois : un séjour réussi à Malte implique de ne pas rester «bloqué » dans les stations touristiques mais de découvrir toutes les facettes de l’archipel, de la Valette à Gozo, en passant par M’dina.

 

En allant à Malte cette année, j’étais particulièrement intrigué de voir dans quelle mesure l’entrée dans l’Union européenne pouvait modifier ce petit pays (la population de Lyon sur un archipel long d’une quarantaine de km), même si cette entrée est encore très récente (2004).

 

L’adhésion de Malte à l’Union européenne a été une grande affaire pour cette île-Etat caractérisée par une vie politique intense – dans chaque localité de l’île on trouve ainsi des cafés « représentant » les partis politiques, qui accueillent aussi les touristes ! Après son indépendance, Malte a en effet adopté un positionnement « non aligné » en Europe, sachant qu’elle se trouve à un emplacement stratégique en Méditerranée. Il faut aussi savoir que si la société maltaise est le résultat de diverses influences, elle est riche d’une forte identité, forgée notamment dans la résistance (des chevaliers lors des tentatives de conquête ottomane, et plus récemment lors de la deuxième guerre mondiale, lorsqu’elle était un territoire isolé au milieu des forces de l’axe). Le projet d’intégrer l’Union européenne a été âprement discuté, suspendu, puis repris. En 2003, un référendum l’a approuvé à 53 %.

 

J’ai séjourné à trois reprises à Malte, en 1994, 2000 et donc 2009. Même si la vision est superficielle, il est toujours intéressant de visiter un pays à diverses périodes pour voir comment il évolue. J’ai constaté cet été le développement des infrastructures mais il me semble que Malte avait au moins autant changé entre 1994 et 2000 qu’entre 2000 et 2009. Et c’est avec une grande satisfaction que j’ai pu voir cette année, que Malte, Etat membre de l’Union européenne, conservait la force de son identité, même si comme partout, on retrouve des signes de l’uniformisation mondiale.

 

J’ai profité aussi de ce séjour pour m’intéresser au mode de scrutin en vigueur pour les élections législatives à Malte ; un mode de scrutin rare, particulièrement complexe. A tel point qu’il ne faut pas attendre les résultats à 20 H ! Mais il présente certains aspects intéressants ; il combine proximité, une certaine représentation proportionnelle, mais avec la possibilité de choix individuel des candidats (l’électeur ne se voit ainsi pas imposer des « têtes de liste ») et même celui de panachage entre formations politiques. Intéressant dans notre contexte de réflexion sur le bon mode de scrutin pour les futurs conseillers territoriaux qui pourraient résulter de la réforme des collectivités territoriales.

 

Pierre Bérat

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Juin 09

L’élection européenne est passée. Après quelques heures pour décanter ses résultats, voici quelques propos en vrac.

 

La préoccupation : l’abstention à 59 %. Même si ce niveau était prévisible, je n’avais pas eu l’occasion de trop le vérifier dans la journée, étant président d’un bureau de vote dans lequel nous avons vu un flux régulier d’électeurs (pour finir à 50 % – seulement ? – d’abstention !). C’est bien sûr un vrai problème. Banalité, mais pour l’éviter, il faudra à l’avenir un vrai débat européen, montrant concrètement ce que l’Europe doit faire et ce qu’elle peut faire. J’entends certains experts ou hommes politiques déplorer que la question de l’entrée de la Turquie ait été abordée dans le cadre de la campagne, au motif que la question ne se posera pas concrètement pendant le mandat à venir des députés européens. Et alors, c’est quand même une question de fond à aborder dès maintenant. Je souscris d’ailleurs aux propos d’un autre expert que j’entendais ce matin et qui disait que la question des « frontières de l’Europe » était un sujet majeur. Point de satisfaction concernant la participation : j’ai vu beaucoup de jeunes venir voter pour la première fois, avec beaucoup de motivation. Et 80 % de participation pour les ressortissants communautaires inscrits dans mon bureau de vote !

 

La satisfaction : le succès des listes UMP, arrivées largement en tête. Avec 28 % au plan national (31 % dans le 3e), le score est élevé. Un score d’autant plus remarquable qu’il intervient dans un contexte doublement défavorable de scrutin proportionnel et d’élection intermédiaire, qui plus est dans un moment de grave crise. Il n’y a qu’à voir pour prendre la mesure du succès la sanction enregistrée par les partis majoritaires en Grande-Bretagne ou en Espagne. C’est une grande satisfaction de constater que les postures « anti Sarkozy » ont échoué. La réalité est là. La démarche de réforme et le volontarisme politique du Président Sarkozy disposent d’un réel soutien. Enfin, autre motif de satisfaction : l’élection de la lyonnaise Nora Berra parmi les 5 élus UMP de la grande région Sud Est.

 

La confirmation : le bon score d’ Europe écologie. Le score de cette liste ne m’a pas vraiment surpris. J’avais discuté ces derniers jours avec pas mal de gens venant d’autres mouvements politiques (pas toujours de gauche) et qui s’apprêtaient à faire ce choix. Je pense que cela marque une tendance profonde de notre société. Reste à préciser quelle doit être la réponse « environnementaliste » aux problèmes et enjeux de notre temps.

 

La surprise : le score du PS. Le climat était logiquement à une grande déception en Mairie du 3e dimanche soir. Lorsque je croise les militants PS que j’ai vus au cours de la campagne sur les marchés, je n’étale pas bien sûr la joie de notre victoire. Je n’oublie pas que victoires et défaites se succèdent. L’année dernière, la déception était pour nous. Et puis entre militants, le respect est là, d’autant plus que je sais qu’ils n’ont pas beaucoup été aidés par leurs élus pendant cette campagne…

 

La réflexion prospective : que sera la gauche demain ? Je ne peux pas m’empêcher de penser aux propos du Maire du 3e sur son blog il y a quelques jours qui écrivait « 26 % d’électeurs, c’est peu et c’est beaucoup » en parlant du score annoncé pour l’UMP. Ce qui est sûr c’est que 15,7 % pour le PS dans le 3e, huit points derrière Europe Ecologie, c’est peu. Ces derniers temps, Thierry Philip, adoptant une posture gaulliste – délivrant des brevets de gaullisme ! -, se plaçait au cœur d’un large rassemblement anti-UMP. Un score de 16 % n’autorise pas vraiment cette position centrale. Que va et que peut proposer le PS flanqué d’un côté d’un pôle « bien à gauche » à 13 % et d’un pôle « Ecolo » à 16 % ?

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