Juin 05

Voici le texte de mon intervention lors du Conseil d’arrondissement du 2 juin sur l’organisation des rythmes scolaires proposée par Gérard COLLOMB et Anne BRUGNERA.

« Enfin, nous abordons le sujet des rythmes scolaires, c’est un sujet très important et on sait combien il préoccupe les parents et les enseignants.

Nous allons voter contre cette délibération comme nous l’avons expliqué en conseil municipal.

La première raison est le défaut de concertation et l’absence de débat démocratique sur la question, cela mérite un vote négatif. Il est consternant de constater que c’est le 2 juin, à deux semaines de la fin des cours et à quelques mois de la rentrée, avec les vacances au milieu, que les parents d’élèves connaissent les modalités de l’organisation de la semaine, ce qui leur pose d’énormes problèmes.

Gérard COLLOMB avait décidé de se donner un an de plus pour donner le temps à la réflexion ; cette année n’a servi à rien car il n’y a pas eu de concertation ni de débat démocratique alors que la campagne municipale aurait dû être l’occasion de débattre de ce sujet. Vous avez fait preuve d’un évitement permanent sur la question. Il était répondu aux parents dans les conseils d’école que nous ne pouvions pas aborder le sujet étant en campagne électorale, ce qui est un comble puisque nous étions là au cœur du débat municipal.

Il y a eu mensonge en plus puisque Gérard COLLOMB, dans la seule information qu’il avait pu donner, avait annoncé un coût pour les familles de 2 à 19 euros par an et que, quelques jours après les élections, c’est devenu un coût de 2 euros à 20 euros par mois ce qui, en termes de déontologie démocratique, pose un problème. Comment peut-on se renier ainsi en quelques jours ? Vous avez inventé l’école publique payante ! C’est tromper les Lyonnais que d’avoir fait ce type de fausse information.

Pour toutes ces raisons, cela méritait déjà de marquer le coup par un vote négatif.

Le deuxième point c’est sur le fond de la réforme ; nous avons complètement perdu de vue l’objectif de départ de cette réforme. Je rappelle pour Madame BRUGNERA, qui n’est pas là ce soir, mais qui l’a dit largement dans les médias, l’objectif n’est pas de rendre le planning lisible pour les élèves, ni de ne pas compliquer l’organisation dans les établissements scolaires mais, l’objectif est bien d’alléger le temps scolaire pour que les enfants puissent mieux apprendre à l’école. En la matière, il y a des besoins.

Aujourd’hui, vous nous proposez de basculer les heures d’apprentissage du vendredi après-midi sur le mercredi matin, on est bien loin de l’objectif de l’allègement puisque le rythme va rester soutenu pendant une bonne partie de la semaine pour les enfants.

Je souscris assez à la formule « tout ça pour ça » parce qu’il n’était pas utile de se lancer dans un tel “barnum” pour aboutir à un résultat finalement aussi marginal.

Votre proposition est habile parce que finalement, elle va arranger beaucoup de monde et nous retrouvons le modèle lyonnais de Gérard COLLOMB, c’est « socialo-démago » car  en faisant ça, on ne bouscule pas trop les choses et on va se mettre « dans la poche » un certain nombre de personnes. Le problème, c’est que cette réforme, qui ne change rien sur le fond,  a un coût, pour la collectivité et pour les familles. Il est estimé entre 8 et 9 millions d’euros par an. Dans le contexte actuel, c’est une somme significative, c’est une nouvelle école par an en termes d’investissement.

Il s’agit donc d’une réforme a minima, qui ne change pas grand-chose, mais qui va obérer nos capacités budgétaires dans un contexte que l’on sait déjà très contraint.

La troisième raison, dont on a peu parlé – mais en politique il faut avoir des positions fermes et les assumer -, c’est qu’il y a un très mauvais signal politique qui est donné car, derrière, c’est le weekend de 2 jours ½ qui est proposé. Aujourd’hui où l’on est plutôt dans une logique où il faudrait que la France travaille plus, pour nous sortir des difficultés dans lesquelles nous sommes, par le biais de cette réforme, vous allez donner un encouragement au week-end de 2 jours ½. En termes philosophiques ou d’organisation de la société, ce n’est pas un bon message mais il est cohérent avec votre logique socialiste que vous avez développée depuis quelques années. Par ailleurs, une telle interruption n’est pas bonne pour les rythmes scolaires !

Pour ces trois raisons et, face à cette réforme qui s’avère être un fiasco, à la fois national et local, puisqu’encore une fois, cette réforme ne débouche pas sur grand-chose pour un coût important, nous allons voter contre cette délibération. Aujourd’hui, la meilleure solution serait d’annuler cette réforme ; reste à espérer que la raison l’emporte et qu’au niveau national, face au résultat que l’on va obtenir, le Gouvernement revienne sur ce sujet. Nous manifesterons samedi, devant le Rectorat, pour demander l’annulation de cette réforme car, nous sommes nombreux à nous y opposer en l’état.

Nous sommes devant une réforme malmenée qui perd ses objectifs de départ et qui est moins favorable que ce que nous pouvions avoir.  Merci. »

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , ,

Avr 10

drapeaux

Il faudra que les jeunes soient au cœur de la campagne pour les élections nationales de 2012 : parce que leur vision est précieuse pour construire le devenir de la France et parce que les conséquences de ces élections détermineront largement leur avenir d’adulte. Dans ce contexte, j’ai pris connaissance avec un grand intérêt de l’enquête « 2011 la jeunesse du monde » qui montre que les jeunes Français sont ceux qui sont le plus satisfaits de leur situation, tout en étant les plus pessimistes pour l’avenir.

Cette enquête planétaire a été réalisée par Fondapol auprès de 33 000 jeunes de 25 pays, ayant entre 16 et 29 ans. Le principal intérêt de cette étude est de montrer les différences de perceptions de la jeunesse, selon les pays. A mon avis, elle présente des surprises pour ce qui est de l’opinion des jeunes Français.

Premier constat : les jeunes Français apparaissent plutôt satisfaits de leur situation personnelle : 83 % disent ainsi être satisfaits de leur vie. C’est le 2e niveau le plus haut parmi les pays européens (la moyenne européenne est à 78 %), et il se situe aussi au plus haut au plan mondial. Par ailleurs, 61 % des jeunes Français sont satisfaits de leur travail : c’est le plus haut niveau en Europe, et le 2e rang au plan mondial. Par rapport au travail, les jeunes Français sont ceux qui témoignent du plus grand équilibre entre les trois dimensions suivantes d’une carrière réussie : un bon salaire, un travail intéressant et une bonne ambiance de travail. Ces résultats ne doivent bien sûr pas occulter le problème crucial du chômage des jeunes, qui est l’un des premiers défis de notre société. Mais les résultats de cette enquête, pour d’autres pays avec un chômage élevé chez les jeunes, ne sont pas au niveau de ceux de la France pour la satisfaction au travail.

2e constat : si les jeunes Français sont ceux qui semblent les plus satisfaits de leur situation personnelle, ce sont pourtant ceux qui affichent un pessimisme record. 17 % seulement pensent que l’avenir de la France est prometteur, soit un niveau très bas, comme chez nos voisins européens (25 % en Allemagne, 20 % en Espagne, 22 % en Italie). La situation est différente hors d’Europe : 37 % aux USA, 49 % en Israël, 59 % en Russie, 65 % au Canada, 82 % en Chine ! Des résultats qui font toucher du doigt les problèmes de la « vieille Europe ».

Pour compléter ce constat préoccupant : 53 % des jeunes Français jugent leur avenir personnel prometteur (61 % en Europe, 56 % en Allemagne), et 49 % sont certains d’avoir un bon travail dans l’avenir (71 % en Allemagne, 65 % en Europe).

3e série de constats, sur les projets de vie des jeunes, qui ne manquent pas d’intérêt. Pour les jeunes Français, la première concrétisation d’une vie satisfaisante, c’est de fonder une famille (47 % des interviewés pour une moyenne européenne de 39 %). Quant à leurs projets dans les 15 ans, le plus fréquent chez les Français est d’acquérir son logement (68 % soit le record mondial), et ensuite d’avoir des enfants (58 %, 2e rang mondial).

Résultat intéressant aussi sur une question de société qui figure à l’agenda politique : 67 % des jeunes Français jugent que les immigrés doivent s’intégrer dans le pays d’accueil, soit un niveau élevé que l’on retrouve aussi en Allemagne, en Espagne et au Royaume-Uni. Aux Etats-Unis et au Canada, les résultats sont respectivement de 43 % et 53 %. Ces résultats pour la « vieille Europe » semblent assez éloignés de l’image que l’on voudrait parfois nous imposer d’une jeunesse aspirant à une société mondialisée, fondée sur le multiculturalisme.

Alors que penser de ces résultats, quelle conclusion en tirer pour le projet pour la France que nous devons construire ? Comment interpréter notamment la contradiction entre une situation personnelle actuelle vécue comme relativement satisfaisante (en comparaison avec la situation dans d’autres pays) et le fort pessimisme pour l’avenir : la conviction que le « modèle » français ne pourra plus « tourné » comme dans le passé, une confiance dans l’avenir sapée par l’autodénigrement, 1er sport national, ou encore la difficulté à faire adhérer la jeunesse à un projet « de conquête » ?

Cette enquête planétaire confirme en tous cas l’élan qui existe hors d’Europe, dans les pays « émergents » et ailleurs. Rien que cela doit nous amener à réfléchir.

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , ,