Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Étiquette : gaullisme

Le gaullisme n’est pas un marqueur marketing

effondrementIl y a quelques jours, Gérard Collomb faisait un appel du pied aux gaullistes sociaux dans la perspective des élections de 2012. Il me semble que Ségolène Royal avait fait de même quelques jours avant. Tiens, tiens… Rien n’est jamais gratuit. Voici une petite réaction à cette tentative d’OPA à visée médiatique.

Gaullisme social ? J’ai toujours eu du mal avec ce qualificatif, même quand je l’entendais de personnalités politiques du RPR ou de l’UMP. Selon moi, la dimension sociale est une des facettes du gaullisme : n’est-ce pas le Général de Gaulle qui a fondé la sécurité sociale ? N’a-t-il pas promu la participation en entreprise ? Il n’y a pas de gaullisme sans approche sociale ; mais il s’agit d’une approche qui n’oublie jamais la responsabilité, collective comme individuelle. Dès lors, pourquoi créer un courant “social” dans la famille ?

Pour tout dire, je trouve cette tentative d’OPA vraiment gonflée. Car c’est quoi une approche gaulliste aujourd’hui ? Certainement pas ce qui caractérise les positions du PS à savoir :

  • Une attitude frileuse qui conduit à “soutenir” à reculons les initiatives de la France en matière de politique étrangère, qu’il s’agisse de l’Afghanistan, de la Côte d’Ivoire ou de la Libye,
  • Une attitude irresponsable consistant à laisser croire que la France est une « île » qui peut encore se payer la retraite à 60 ans,
  • Un positionnement politique qui conduit à s’allier à des forces qui ont, de façon évidente ou masquée, le projet de démanteler tout ce qui fait la Nation française, au nom d’une idéologie mondialiste,
  • Une force politique qui utilise les collectivités territoriales pour s’opposer à la politique nationale et dont le projet politique érige en postulat les dérives budgétaires de la décentralisation.

Bref, je vois mal comment ces orientations qui sont celles de la gauche plurielle, d’aujourd’hui comme hier, pourraient séduire des gaullistes.

Derrière cet appel du pied, il y a bien sûr une opération de communication, pour tenter de mordre sur l’électorat modéré. Elle n’a aucun contenu réel. Sa seule concrétisation serait l’affichage du ralliement à la gauche plurielle pendant la campagne de quelques individus ayant revêtu récemment la casaque du “gaullisme social”. Remarque valable au plan national comme au plan local.

Je voudrais dire aussi à Monsieur Collomb qu’avant d’imaginer des coalitions improbables pour la France, ou pour Lyon, il devrait étayer sa coalition locale rouge-rose-verte. Lui dire aussi qu’une majorité pour la France, c’est un peu plus engageant en termes de cohérence, qu’une coalition pour choisir la couleur des vélo’v.

Un élément de satisfaction : quand on voit cette tentative d’OPA sur le gaullisme, cette recherche de caution, on se rend compte que contrairement à ce que prétendent certains observateurs, le gaullisme garde une actualité et une réalité certaines.

Introspection

En ce 70e anniversaire de l’Appel du 18 juin, si j’en crois ce que lis dans la presse, les Français ne croient plus au gaullisme, ou ne savent pas trop de quoi il s’agit, alors que la plupart des élus et responsables politiques auraient leur part de gaullisme. Ceci expliquerait-il cela ?

Le 18 juin est chaque année une grande date, tant le message associé est fort. J’aime beaucoup participer à la commémoration de l’Appel devant l’auditorium. Je regrette de ne pas avoir pu le faire cette année (dommage d’avoir avancé à 17H cette commémoration !).

Le gaullisme serait ainsi un héritage commun. Sans doute pour ce qu’il représente dans l’Histoire de France, et c’est une bonne chose. Nul doute également que le gaullisme dépasse la frontière droite/gauche. Mais pour autant, le gaullisme en politique est-il aujourd’hui nulle part et partout ?

Pour ma part, je me réfère au gaullisme depuis l’origine de mon engagement politique. Une double référence : celle du 18 juin et de la Résistance bien sûr, pour ce qu’elle porte d’honneur et de volontarisme pur. Mais aussi celle de l’œuvre politique des années de Ve République pour ce qu’elle représente en termes de redressement, de construction et de modernisation. Avec dans les deux cas, le refus du renoncement et la croyance en une France qui peut se surpasser.

Ce que je crois aujourd’hui c’est qu’une approche gaulliste, actuelle, n’est pas compatible avec :

  • la quête systématique d’une déresponsabilisation des Français,
  • le refus de traiter avec courage les grands enjeux du moment, comme par exemple celui des retraites, en préférant « refiler » le mistigri aux générations suivantes,
  • un goût du Verbe et des postures déconnectés de l’action pragmatique,
  • une approche corporatiste des collectivités territoriales qui aspire à créer 22 « IVe République » régionales et 100 « IVe République » départementales,
  • la volonté d’accorder des droits « politiques » dissociés de la citoyenneté française ou européenne,
  • la tentation de la décroissance,
  • la défiance à l’égard du progrès scientifique et technique,
  • l’obsession de l’abaissement de la France et de la repentance…

Hommage

Avec la disparition de Philippe Séguin, la France vient de perdre un de ses grands hommes politiques. Le choc de cette triste nouvelle a été d’autant plus fort ce matin que cette disparition est soudaine et arrive bien tôt.

Philippe Séguin a été un grand serviteur du pays. Que ce soit dans ses fonctions ministérielles, à la Présidence de l’Assemblée nationale, à la tête de la Cour des comptes, il incarnait parfaitement le sens de l’Etat. Il a aussi été un grand élu local, à Epinal, attaché à son territoire.

Il était un homme de conviction, qui avec d’autres faisait vivre l’héritage du gaullisme. Ses convictions, il les défendait avec courage et détermination. Personnellement, les positions politiques qu’il avait développées dans les années quatre-vingt-dix ne sont pas pour rien dans mon engagement politique.

Son caractère était dit-on bien trempé, ses colères redoutées. Outre ses discours lors des manifestations politiques du RPR, j’avais eu l’occasion de le rencontrer plus directement. C’était en 1993, il était venu apporter son soutien à Alain Mérieux. Jeune militant, j’étais impressionné de pouvoir échanger avec une telle personnalité. J’en ai retenu aussi sa grande simplicité.

Il incarnait une conception exigeante de la politique, à mille lieux du marketing politique et de la pensée facile. Quelle perte pour la France.

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