L’arrivée des lycéens dans les manifestations contre la réforme des retraites interpelle. Elle inquiète aussi face au constat des débordements qu’elle occasionne, du fait de certains individus, comme c’était prévisible.

Revenons tout d’abord sur le feuilleton de la semaine des déclarations du PS sur le sujet. Nous avons tout d’abord eu les paroles de Madame Royal, lundi au cours du Journal de 20 H, invitant les jeunes à descendre dans la rue, retrouvant ainsi les accents démago-populistes de sa campagne présidentielle. Paroles bien irresponsables suivies le lendemain d’une tentative de démenti, bien peu convaincante, d’autant plus qu’elle s’est accompagnée du lapsus « politiquement » au lieu de « pacifiquement ». On critique souvent les journalistes. J’ai pour ma part admiré la journaliste de France Info qui a mis Mme Royal face à ses ambiguïtés. Le 13 octobre, la conseillère générale de Montchat, Mme Vallaud-Belkacem, toute à ses œuvres parisiennes, se félicitait que les responsables politiques incitent les jeunes à s’exprimer… Et en fin de semaine Gérard Collomb, après les troubles survenus à Lyon, en appelait à la responsabilité de chacun pour un retour rapide à l’ordre et à la tranquillité publique…

Mais ces variations socialistes ne sont que l’écume des choses. J’ai déjà eu l’occasion de l’écrire, mais je crois que les leaders du PS portent une lourde responsabilité dans le climat social du pays. En adoptant une posture d’opposition systématique, anti-sarkozyste, en utilisant sans cesse la référence aux principes et aux valeurs au risque de leur faire perdre leur sens, en faisant preuve de démagogie, de compassion gratuite et de positions simplistes, ils contribuent à créer une situation de « rébellion » citoyenne sur des sujets incontournables qui sont traités dans la sérénité dans la plupart des autres pays. Ils ont ainsi pris une lourde responsabilité en jetant constamment de l’huile sur le feu.

Si les incitations à la manifestation des jeunes sont évidentes, il est clair néanmoins que nombre de ces jeunes ressentent et expriment des inquiétudes. Que disent-ils ?

J’ai entendu certains jeunes manifestants déplorer le report de l’âge légal de la retraite, refusant la perspective d’une carrière professionnelle plus longue. Sur ce point, je crois qu’il faut être clair. A partir du moment où il y a une réponse au problème de la pénibilité, les générations qui arrivent sur le marché du travail, plus encore que ceux qui sont actuellement au travail, doivent comprendre que l’allongement de la durée de travail peut être une réponse pour sauver le régime de retraite par répartition, dans la mesure où l’espérance de vie s’allonge.

Mais nous entendons aussi une autre inquiétude, qui est celle de l’entrée sur le marché du travail, de l’insertion professionnelle. Certains jeunes expriment leur crainte de voir s’accroître encore les difficultés d’insertion professionnelle, les séniors occupant plus longtemps leur emploi du fait du report de l’âge de la retraite.

En la matière, il y a deux visions qui s’opposent. Celle de la gauche d’une part, qui raisonne toujours à situation constante. Un sénior qui travaille plus longtemps, ce serait une opportunité professionnelle de moins pour un jeune. C’est la même conception que pour les 35 H, qui reposait sur l’idée que le travail était un gâteau qu’il convenait de partager… sans intégrer le fait que l’existence d’un gâteau à partager nécessitait de réunir un certain nombre de conditions, et sans imaginer qu’il était aussi possible, sous certaines conditions, de disposer d’un gâteau plus gros.

D’autre part, selon une autre conception, plus dynamique, on peut considérer qu’avec un régime de retraite rééquilibré, cela permettra d’éviter une pression encore plus forte en termes de prélèvements, donc une activité économique plus dynamique. Ce sera aussi une maîtrise du déficit, donc plus de confiance des acteurs économiques pour investir. Tout cela créant des conditions plus favorables à la création d’emplois.

Souhaitons que les jeunes ne se laissent ni utilisés à des fins politiques, ni abusés quant aux enjeux de cette réforme.