Pierre Bérat

Conseiller municipal de Lyon 3e, Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes

Étiquette : primaires

Cocktail non pertinent

Ca y est, fin de la première étape du grand raout des primaires socialistes. 4  % des Français inscrits sur les listes électorales ont souhaité y participer (il faut quand même parler de la réalité des chiffres). On espère que les 96 % des Français non concernés, qui sont aussi des citoyens ( !), pourront accéder dans les médias à d’autres informations que la couverture de cette consultation.

Que nous apprennent les résultats ? Que la portion de l’électorat qui se reconnait dans les valeurs de gauche se répartit de la façon suivante :

  • 39 % pour la tendance « sociale-démocrate normale (?) des terroirs » façon François Hollande
  • 31 % pour la tendance « vieilles recettes assumées de 1981 et 1997 » façon Martine Aubry
  • 17 % pour le “socialisme alternatif protectionniste” façon Arnaud Montebourg
  • 7 % pour la tendance « avant-garde du Poitou » façon Ségolène Royal
  • 6 % pour la tendance « pieds sur terre » façon Manuel Valls
  • 1 % pour la tendance « témoignage hors PS » façon Baylet (cela va être difficile de négocier des places pour le PRG).

Bref, la conclusion de ce premier tour, c’est celle d’un éclatement de l’électorat aux valeurs de gauche. Et une force conséquente à gauche du PS.

Même si les postulants ne vont pas manquer de nous dire dans les jours qui viennent que maintenant c’est la synthèse dans l’unité, et que le 2e tour va créer une dynamique d’union, le constat est là : la gauche socialiste est plus que jamais écartelée entre des orientations politiques divergentes, voire incompatibles. Il ne faudra pas se demander dans les jours qui viennent qui est copain avec qui, mais quelles sont les lignes de force du projet du futur candidat PS à la présidentielle.

Quoi qu’il en soit, on voit mal comment ce cocktail de courants pourrait être bon pour la France.

Et encore, dans la perspective présidentielle, après le 2e tour des primaires partisanes, il va encore falloir au PS assimiler une liste complémentaire d’ingrédients : Verts, Front de gauche, extrême-gauche ( ?). Le cocktail va devenir franchement indigeste.

Gérard Collomb nous a invité cette semaine à avoir une autre lecture des résultats. Il a ainsi dit que le seul projet pertinent pour la France, c’est celui de François Hollande. La réalité est là : 60 % des Français aux valeurs de gauche ont fait le choix de projets non pertinents ! Le cocktail est donc aussi impertinent !!

Effets secondaires des primaires

urne election

Lors du dernier Conseil du 3e arrondissement, nous avons délibéré sur la mise à disposition de moyens de la Ville de Lyon pour l’organisation de primaires de partis politiques (il faut comprendre du PS !). J’ai préconisé l’abstention sur ce dossier, car si je ne suis pas opposé au principe, il y a beaucoup à dire sur les conditions et la situation à Lyon.

Pas d’opposition de principe donc à ce que les communes puissent aider à l’organisation de consultations de type primaires de partis politiques. Ces consultations peuvent effectivement contribuer au fonctionnement de notre démocratie, même si elles n’ont pas à être systématiques : à chaque mouvement politique d’en déterminer l’utilité pour une élection donnée. Dans cette optique, les communes peuvent effectivement en faciliter l’organisation, en mettant à disposition des locaux.

Ma première préoccupation sur ce sujet, c’est que ces primaires préservent les droits des citoyens et ne soient pas une occasion de fichage par un parti politique, des citoyens en général, et des fonctionnaires territoriaux en particulier. Le risque est avéré, la CNIL s’est prononcée sur le sujet et des garanties ont été données ; il convient maintenant de veiller fermement à leur application.

Si je n’ai pas d’objection à  la mise à disposition de moyens des collectivités (salles, moyens matériels, personnel de surveillance…), c’est toutefois à plusieurs conditions :

  • que l’utilisation de ces moyens ne perturbe pas leur vocation première,
  • que la possibilité d’organiser des primaires soit bien encadrée pour éviter que cela ne devienne une activité « permanente » du week-end dans des locaux municipaux,
  • que toute utilisation de moyens publics entraînant un coût pour la collectivité fasse l’objet d’une prise en charge de l’euro à l’euro par le parti politique organisateur.

Force est de constater que l’approche de la Mairie PS de Lyon pose un certain nombre de problèmes. Tout d’abord, un manque évident de transparence : quand notre groupe municipal a demandé des informations détaillées sur les moyens que la Ville comptait mettre à disposition du PS pour l’organisation de ses primaires d’octobre, il n’a pas eu de réponse parce qu’il fallait attendre le vote de la délibération en Conseil municipal… mais dans le même temps, les militants du PS distribuaient dès le 11 septembre des tracts signalant les écoles mobilisées pour l’opération ! Ce n’est pas à la Fédération PS du Rhône de fixer les conditions de mise à disposition par la Ville de Lyon.

Par ailleurs, la délibération que nous avons examinée est une délibération de circonstance, pour les primaires du PS du mois d’octobre. Il n’est ni bon, ni sain, de « légiférer » pour un cas particulier. On le voit avec cette délibération taillée sur mesure pour garantir au PS des conditions financières favorables pour disposer des moyens de la ville : pas de mention de la prise en charge d’un éventuel chauffage des salles, un forfait de nettoyage des locaux après utilisation de moins d’une heure (on parle quand même du nettoyage de locaux scolaires après une journée de va-et-vient liés au scrutin) !

Enfin, la Mairie PS veut se montrer en pointe sur la démocratie. Et pourtant, force est de constater que la situation est loin d’être exemplaire à Lyon sur la possibilité de disposer de salles ou d’espaces d’expression pour les mouvements politiques. Je suis même bien placé pour déplorer que la Ville cherche à gêner l’exercice de mandats électifs : j’ai ainsi rappelé au Maire du 3e que j’avais essuyé un refus lorsque j’avais demandé à disposer d’une salle, une fois par mois, pour tenir une permanence de proximité au Château Sans Souci, en tant que conseiller régional.

Bref, pour toutes ces raisons, cela a été l’abstention lors du vote de la délibération en conseil d’arrondissement.

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