Mai 22

Alors que Nicolas Sarkozy se démène, dans l’Union et en France, comme il l’avait fait fin 2008, pour trouver des solutions aux tensions financières et monétaires en Europe, c’est la cacophonie du côté du PS. Il est bien difficile de savoir quelle serait la politique d’un Gouvernement de gauche pour répondre aux enjeux économiques et sociaux du moment, au-delà de l’apologie du « Care ».

Nous avons d’abord assisté à l’échange d’amabilités entre Gérard Collomb et Martine Aubry sur le projet économique du PS. Le Maire de Lyon dénonce une vision trop protectionniste et déclare ainsi à propos de ce projet « on ne peut pas raconter n’importe quoi ». Réponse de la bergère au berger : « il n’a rien compris au projet » !

Même cacophonie fondamentale sur l’âge légal du départ en retraite. Aubry et Hamon refusent une solution au problème du financement des retraites consistant à repousser cet âge légal au-delà de 60 ans. On a compris, lors de son interview de jeudi soir, que Dominique Strauss-Kahn n’était pas bloqué sur cette question et qu’il était prêt à tenir compte de l’allongement de la durée de la vie.

Parenthèse : concernant DSK, on peut aussi se demander ce qu’il veut. Il s’investit dans une interview sur France 2 largement médiatisée, visant clairement l’opinion française, pour nous dire « laissez moi travailler au FMI »…

Divergences majeures donc. Et encore, nous n’en sommes qu’au débat interne au sein du PS. Qu’en sera-t-il quand ils devront s’entendre avec leurs « alliés » ?

Il y a au moins un axe clair, c’est celui du toujours plus de pression fiscale. Avec les propositions du PS pour financer les retraites, c’est effectivement un choc fiscal qui nous attendrait dans les années à venir si ce projet était mis en œuvre. J’entendais hier Michel Sapin, ancien Ministre PS, s’étonner que la France ait été le seul pays à baisser les impôts ces dernières années. D’abord, je ne suis pas sûr que nous soyons les seuls. Ensuite, il faut surtout avoir à l’esprit que notre pays est un de ceux qui connaît le plus haut niveau de prélèvements.

C’est avec le même réflexe de « fuite en avant fiscale » que Thierry Philip, en tant que Conseiller à la recherche et à l’enseignement supérieur de la Région, a exposé jeudi dernier en commission les orientations de la majorité régionale pour le mandat 2010-2014. Il a ouvert son exposé par une (nouvelle) dénonciation de la réforme de la taxe professionnelle, pour déplorer que les nouvelles recettes fiscales ne soient pas suffisamment « dynamiques » pour dégager des ressources nouvelles. Par dynamiques, il faut je pense comprendre qu’il ne sera plus possible d’accroître les taux d’imposition. Mais c’est oublier que l’assiette d’imposition reposant sur la valeur ajoutée des entreprises devrait elle-même croître. Mais surtout, cela dénote que la question de l’optimisation des dépenses n’est pas envisagée. Toujours la logique « fiscaliser + pour dépenser + ».

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , , , , , , , , ,

Nov 08

Le débat sur l’identité nationale voulu par Eric Besson est bien lancé. J’ai apprécié la remarque d’un journaliste à ce sujet : la tempête médiatique démontre à elle seule la nécessité d’ouvrir ce débat. Car les réactions d’opposition ont été vives : certaines ont été pavloviennes, d’autres un peu à courte vue et d’autres enfin plus tacticiennes…

Commençons par ceux qui jugent que l’identité nationale est un tabou et qu’il n’est pas question d’en débattre. Il est assez marquant de constater qu’alors qu’il est plutôt « in » de promouvoir certaines identités, comme l’identité du terroir d’origine, du quartier, des « communautés », ou encore de l’exception culturelle française, l’identité nationale pose problème à certains.

L’identité nationale est bien sûr étroitement liée à nos valeurs et à la Nation elle-même. Ne nous y trompons pas, pour beaucoup de ceux qui jugent inconvenant d’évoquer le sujet, c’est en fait parce qu’ils sont mal à l’aise avec la Nation, étant soit adeptes de certaines idéologies « traditionnelles » ou simplement sous un effet de mode faisant office d’idéologie contemporaine. Chacun peut se vouloir exclusivement citoyen du monde, mais il faut alors avancer sans masque.

Pour moi l’identité nationale, c’est collectivement se rappeler d’où l’on vient,  pour bien savoir qui l’on est et ainsi aider à définir où l’on doit aller. Ségolène Royal s’est félicitée que l’on s’interroge sur les symboles. Mais l’identité nationale, ce ne sont pas à mon avis seulement des symboles. C’est le cadre des possibles pour notre vivre ensemble.

Autre argument des opposants au débat : le sujet est peut être légitime, mais ce n’est pas le moment. Je ne suis pas d’accord non plus. Cette question nationale me semble bien d’actualité à l’heure où figurent à l’agenda des questions majeures telles que l’équité et la solidarité entre les générations (les sujets des retraites et des déficits), le partage des richesses nationales entre les territoires, ou bien encore un sujet tel que celui de l’engagement de nos troupes en Afghanistan.

Parmi les argumentations plus tacticiennes, j’ai relevé celle de Gérard Collomb dans sa tribune de cette semaine. Il écrit que débattre de l’identité nationale ne doit « pas se réduire à convoquer l’histoire»… « La nation n’est pas simplement donnée mais construite… elle est une volonté de tous les jours ». Je peux souscrire à cette vision « évolutive » mais je sais aussi les menaces qu’elle peut comporter. Car cette « construction » de la nation et de son identité peut parfois se faire à coups de bulldozers idéologiques, ou par mitage insidieux, en cherchant systématiquement à gommer certaines origines pour servir une cause. Certains sont experts pour bâtir de l’identité avec une approche très sélective des racines historiques !

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , , , , , , ,