Pierre Bérat

Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes, Citoyen engagé de Lyon 3e

Étiquette : stade Foe

Gonflé et malsain

COMMUNIQUE DE PRESSE

Dans son édition du 17 novembre, le Progrès consacre un article aux insuffisances du gardiennage dans plusieurs équipements sportifs du 3e arrondissement : sont en cause le nettoyage des vestiaires, la surveillance des accès, la remise des clés… des problèmes importants pour l’activité des clubs sportifs utilisateurs de ces équipements.

L’adjoint aux sports du 3e arrondissement a réagi publiquement à cet article, exprimant sa « déception vis-à-vis de l’AS Montchat », l’une des associations qui fait remonter ces dysfonctionnements. Abdel Achache explique cette déception d’une part par le fait qu’il faut laisser du temps pour apporter les réponses et d’autre part parce que l’association alerte sur ces dysfonctionnements alors qu’elle va bénéficier d’un agrandissement de son terrain du stade Foe.

Je trouve cette réaction gonflée et malsaine.

Gonflée car réclamer (encore) un peu de patience alors que ces problèmes durent depuis très longtemps n’est pas une réponse acceptable. La Ville doit gérer ses équipes de façon beaucoup plus réactive. L’action municipale ne peut être durablement tributaire de mutations de personnels ou de réorganisation du service.

Cette réaction de la Ville est aussi malsaine car elle résonne comme un avertissement aux associations : si vous voulez notre soutien financier, si vous voulez des investissements, soyez dociles avec la Mairie… Il n’y a en effet aucun rapport entre l’extension du stade Foe et les dysfonctionnements signalés. C’est d’autant plus malsain que lors du conseil d’arrondissement du 12 novembre, Catherine Panassier, Maire du 3e avait déjà lourdement insisté sur l’investissement réalisé par la Ville pour l’extension du stade, en suggérant là encore que l’AS Montchat devrait être reconnaissante. Et l’adjoint aux sports de la Ville de Lyon, Yann Cucherat, a tenu le même discours en Conseil municipal. Les élus municipaux ne doivent pas considérer les associations comme des obligés dociles. Elles sont des partenaires qui aident la Ville en proposant des activités au bénéfice de la population.

Des garanties insuffisantes

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Intervention lors du Conseil d’arrondissement du 7 octobre 2010

“Il ne me semble pas souhaitable d’approuver en l’état les conventions de mise à disposition du bâtiment de la rue Lamartine pour y relocaliser une partie des espaces de production artistique de la friche RVI.

D’abord, il apparaît assez évident que ce bâtiment, enclavé, bordant une petite rue résidentielle, à quelques mètres des habitations, qui plus est dans une rue qui connaît déjà des problèmes de maîtrise de son occupation du fait d’un statut complexe, n’est pas une localisation adaptée pour une relocalisation de la friche. La proximité de cette dernière ne saurait constituer une raison suffisante. Et notre responsabilité d’élus du 3e arrondissement est de veiller au cadre de vie des habitants.

Je précise, pour que les choses soient bien claires, et ne donnent pas lieu à une présentation erronée, que je ne suis pas opposé au principe des espaces de production artistique sous forme de friches. Je précise aussi, que, oui, il y a eu une activité intéressante de création artistique sur la friche RVI.

Le problème c’est que les conventions qui nous sont soumises ne présentent pas les garanties pour assurer la tranquillité publique à laquelle ont droit les habitants.

Qu’est-ce qui permet de porter cette appréciation ? Tout simplement l’expérience de la friche RVI. Que nous apprend cette expérience ?

  • Que l’on a beau prendre toutes les précautions sur le caractère précaire et temporaire de la mise à disposition, il est toujours difficile d’y mettre un terme. Ce type de projet enclenche du « provisoire qui dure ». Les habitants, comme les porteurs du projet d’extension du stade Foe ont toutes les raisons de craindre « un provisoire qui dure ».
  • 2e enseignement : malgré leur bonne volonté, les acteurs de la friche autogérée, ont été débordés par certains occupants, ce qui a rendu comme vous le savez problématique la maîtrise de ce qui se passait sur le tènement, provoquant des nuisances importantes pour le voisinage.

 Que prévoient les conventions ?

  • Tout d’abord une gestion du site Lamartine qui de nouveau est porteuse de dérapages. L’association de gestion « Lamartine » va coiffer des collectifs d’artistes, des conventions étant signées à la fois avec l’une et avec les autres. Mais comment l’association Lamartine, qui aura la charge d’attribuer les clés, sera-t-elle en mesure concrètement de contrôler qui peut séjourner dans le bâtiment ? Et cette association, comme les collectifs, risquent d’être soumis comme cela a été le cas sur la friche RVI, à une « pression sociale » conduisant à étendre les droits d’accès.
  • 2e constat : pour faciliter le montage, la Ville de Lyon fait le choix de dire que le bâtiment ne sera pas un ERP (établissement recevant du public). Cela l’exonère ainsi d’un certain nombre de mesures. Mais dans les faits, les conventions le disent elles-même, il y aura des visiteurs et des clients qui accéderont au bâtiment, bâtiment qui sera libre d’accès et non doté d’un gardien. On en arrive ainsi à une situation étonnante : le Foyer de Montchat, qui accueille des associations, dispose d’un gardien, avec des règles d’utilisation très strictes qui pénalisent parfois l’activité de ces associations. Dans le futur bâtiment Lamartine, rien de tout cela… La Ville fait ainsi le choix de se tenir en marge : il est même précisé qu’elle ne pourra pas se rendre dans le bâtiment avant un délai de 24H après l’annonce de sa venue…
  • Si l’on ajoute qu’il reste des interrogations sur le respect des normes « sécurité », qu’il n’y a pas de limites dans les horaires d’utilisation, alors que certaines activités sont potentiellement bruyantes, on voit bien que toutes les précautions ne sont pas prises et que la Ville ne se donne pas les moyens de maîtriser l’utilisation future du site.

Dans ces conditions, il ne me semble pas possible de voter favorablement. Et l’on ne peut que souhaiter que ces conventions soient revues d’ici le Conseil municipal, en prévoyant au minimum, la présence d’un gardien et une référence à des horaires d’utilisation.

Enfin, si l’on élargit les constats, il apparaît assez clairement que ce secteur de notre arrondissement fait l’objet d’une gestion très approximative. La rue Lamartine se voit attribuer une nouvelle vocation dans la précipitation, avec une Ville de Lyon qui ne se donne pas les moyens de son discours. La sortie de la friche RVI est dans le même temps mal négociée. Parallèlement, tout le secteur fait l’objet d’un aménagement sans vision urbanistique d’ensemble. Cela donne une impression de « ni fait, ni à faire ». Comme l’a souligné justement Mme Panassier, le secteur RVI Merck est aussi vaste que celui des Grattes ciels à Villeurbanne. Imagine-t-on un instant le Maire de Villeurbanne lotir cet espace comme les choses s’annoncent pour Merck-RVI ?

Et le quartier il ne pourrait pas être végétal ?

Il y a quelques semaines, j’ai visité avec intérêt l’exposition « Cités végétales » de l’architecte Luc Schuiten, une exposition prospective sur ce que pourrait être la ville de demain, construite en symbiose avec la nature. En parcourant les salles de cette expo, qui a été largement intégrée au marketing officiel de la Ville, je me suis dit immédiatement : dommage que le Maire de Lyon et le Maire du 3e ne s’inspirent pas d’une part – même minime – de ces idées (pour un aperçu) pour l’aménagement du vaste « morceau » du centre ville que constitue le tènement RVI !

 

Cet espace est revenu sur le devant de l’actualité ces derniers temps du fait de la fermeture prochaine de la friche artistique et de sa problématique relocalisation partielle à proximité. Cette couverture médiatique est légitime. Il est normal de poser la question du devenir « durable » du site de création artistique que constituait la friche. En la matière, je ne comprends pas que la Ville n’ait pas encore clarifié et optimisé son approche, malgré la multiplication des infrastructures culturelles. La relocalisation partielle et « temporaire » des ateliers de la friche, à proximité immédiate – rue Lamartine – n’est pas une réponse adaptée.

 

Il est normal aussi que la préoccupation des riverains de la rue Lamartine ait été relayée, car cette préoccupation est fondée en termes de fonctionnement du quartier, de même que le sont les craintes quant au retard dans la réalisation de l’extension du stade « Foe ». Toutes les conditions du « provisoire qui dure » semblent en effet réunies. « Ni fait ni à faire », c’est le qualificatif qui s’applique le mieux au traitement de ce dossier par la Mairie centrale et la Mairie du 3e.

 

Mais aussi importants soient-il, les enjeux du devenir du tènement RVI ne se limitent pas à ces aspects. Je souligne, de nouveau, l’enjeu urbanistique du devenir de ce secteur. Rappelons que ce joue à cet endroit l’urbanisation de 60 000 m² d’espace de centre-ville… et que cette urbanisation se fait sans vision d’ensemble, sans travail sur l’intégration aux quartiers et bien sûr, sans concertation. Une urbanisation sous forme de lotissement et de bétonisation qui semble bien anachronique.

 

Alors en découvrant à l’expo le profil végétal de la gare Part Dieu en 2100, je me disais, et si l’on commençait à concevoir « bien » les espaces majeurs dont nous lançons les aménagements. Est-il possible de rouvrir le cas échéant l’expo pour que Thierry Philip puisse y trouver de l’inspiration ?

 

PS : l’expo m’a permis de constater un exemple de « recommencement ». Les « urbacanyons » prospectifs m’évoquent la séparation verticale des flux de l’aménagement initial de la Part-Dieu… une organisation revue par le réaménagement en cours…

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