Sep 16

Je n’ai soutenu Emmanuel Macron, ni au 1er tour de la présidentielle, ni aux législatives. Je n’ai pas fait partie non plus des séduits de la seconde heure, mais pour autant, j’ai observé les premiers mois du mandat sans opposition systématique ou ressentiment revanchard. Je ne suis cependant toujours pas convaincu.

Il y a d’abord l’exercice du pouvoir. Nous avons eu beaucoup de symboles habiles, mais cet exercice de la fonction présidentielle, ponctué de “belles images”, de propos provocants et surtout de promotion personnelle laisse dubitatif. Avec la dernière mise en scène à Athènes, devant l’Acropole, alors que l’impératif c’était la réponse à l’ouragan Irma, on a frôlé l’overdose…

Il y a ensuite les réformes engagées… Reconnaissons-le, il y a du volontarisme et certaines vont dans le bon sens, certaines étaient attendues. Nous l’avions d’ailleurs dit lors de la campagne des législatives : les bonnes propositions seraient soutenues. Il faut dire que la méthode Macron pour préparer la présidentielle a été habile : du porte-à-porte pour recueillir les attentes des Français, puis des mesures ponctuelles phares pour y répondre. Ce fut le cœur du “et droite, et gauche”. Chaque électeur pouvait ainsi trouver son point d’intérêt. Nous l’avons bien vu avec les mesures revenant sur les aberrations de Hollande au plan scolaire (classes européennes par exemple), l’indemnisation du chômage en cas de démission, la suppression du RSI…

Certaines réformes vont donc dans le bon sens, mais on sera vigilant sur la réalité de la mise en œuvre. On s’assurera aussi que ce qui est accordé d’une main, n’est pas repris de l’autre… Et puis surtout, soyons conscients que les défis de la France ne se résoudront pas par des réformes parcellaires. Prenons les réformes du marché du travail. Aussi utiles que soient ces réformes, elles ne sont pas l’alpha et l’omega de notre agenda politique. Je suis surpris de voir comment certains ont restreint leur vision politique à ce sujet. D’ailleurs, même en se limitant au travail et à l’emploi, pour bien résoudre les problèmes, il faudrait aussi aborder la question de l’attractivité de tous les emplois.

Mais la première faiblesse du macronisme, c’est la vision pour la France. L’interview fleuve de rentrée dans le Point était censée y remédier. Elle est surtout un révélateur. Le diagnostic qui fonde cette vision apparaît très incomplet et penche à gauche. L’approche du terrorisme et de la menace islamiste est révélatrice. Les propos du Président apparaissent d’une grande naïveté, avec la mise en avant de multiples causes et la classique tentation de la victimisation. Ainsi peut-on lire que le départ des djihadistes répond à une “soif d’engagement” ou que “la guerre civile du monde musulman – sunnites contre chiites – s’exporte dans nos sociétés et nourrit le terrorisme”. On aurait surtout voulu lire que le terrorisme islamiste est un projet global et construit contre nos valeurs occidentales et qu’il faut donc le combattre en fonction de cela.

Il en va de même pour le rétablissement du respect des règles de notre République. La hausse des moyens d’action est évoquée (sécurité, justice), mais rien n’est dit que sur le terrain qu’il faut reconquérir. Pour reprendre une expression d’Emmanuel Macron, les “problèmes ne sont pas nommés”, on peut donc douter des solutions.

Autre limite fondamentale, celle de l’analyse des fractures économiques et sociales de la France. On constatera d’abord que les difficultés du monde rural et de l’agriculture, des travailleurs pauvres, des petites retraites, ne sont pas dans le radar présidentiel. On lit des développements sur les Français les plus en difficultés, mais les agriculteurs qui travaillent du matin au soir sans rien gagner, les jeunes qui n’ont pas d’espoir à attendre dans l’espace rural, les retraités qui ne s’en sortent pas, n’en font pas partie. Et puis, au plan économique, il y a cette fascination qui transparait pour la destruction-créatrice, semblant oublier que l’action politique, le gouvernement du pays, ce n’est pas se laisser aller au fil-de-l’eau des évolutions économiques.

Je crois encore que cette vision présidentielle, construite sur un diagnostic incomplet et sous-tendue par un libéralisme mondialisé, aura bien du mal à répondre durablement et en profondeur aux défis de la France.

 

écrit par Pierre BERAT \\ tags: , ,

Jan 10

Je suis favorable à l’extension de la mesure de déchéance de nationalité, pour l’appliquer aux double-nationaux condamnés pour terrorisme ou qui prennent les armes contre la France. J’étais déjà favorable à une extension quand Nicolas Sarkozy l’avait proposée en 2010 (à cette époque Najat Vallaud-Belkacem nous renvoyait à Vichy pour marquer son opposition…). Je sais que ce n’est pas la mesure unique, miracle, pour lutter contre le terrorisme ou assurer la cohésion nationale, mais ce serait une décision opportune et qui peut être utile.

J’ai entendu ces derniers jours les arguments de ceux qui s’y opposent ou sont réticents. Le débat est utile, mais le temps de la décision est venue, en s’attachant à une entrée en application rapide.

Il y a bien sûr ceux qui depuis longtemps n’accordent pas à la nationalité française sa valeur… Il y a ceux qui s’inquiètent des difficultés juridiques, telle ou telle disposition pouvant limiter la portée de la mesure ; je leur dis, peut-on encore espérer constituer un peuple souverain, face aux défis qui sont les nôtres ? Et l’on ne peut que douter de ces argumentaires techniques quand on découvre que, finalement, on pourrait éventuellement étendre la mesure à tous les Français… Il y a enfin ceux qui se laissent enfermer par la tactique politicienne ; prenons le sujet au niveau où il doit l’être SVP !

Nombreux sont les opposants qui disent que la mesure ne serait pas utile. On nous dit, que peut peser la menace d’une déchéance de nationalité pour celui qui est prêt à se faire sauter avec une bombe ou qui déchire son passeport après avoir gagné l’Irak ou la Syrie ? Certes, mais dans ce cas pourquoi se préoccupe-t-on du retour en France des djihadistes ?

Pour que la mesure soit utile, je pense qu’il faut l’envisager de façon large, pour prendre en compte toute participation à une entreprise terroriste ou à la prise d’armes face aux troupes françaises. Ce doit être une partie du débat. Pour le candidat kamikaze, l’utilité est peut-être nulle. Mais pour tous ceux qui dans son environnement sont susceptibles de l’inciter, de le préparer, de l’aider, il en va sans doute différemment. On voit bien dans les affaires récentes comment se mêlent réseaux islamistes et délinquants, comment une non-adhésion à la communauté nationale fait glisser vers des soutiens coupables. La déchéance de nationalité, avec l’expulsion ultérieure à la clé, aurait sans doute une vertu dissuasive ou de clarification. Il est sûr que si la mesure ne s’applique qu’à un certain niveau d’actes terroristes, après des années de procédure et de recours, cette déchéance sera peu utile. Si par contre elle frappe rapidement ceux qui rendent possible des attaques contre la France, cela change la donne. Oui cette vision large de la déchéance sera engageante, mais est-on ou non en situation de guerre ?

L’essentiel sera donc, dans les semaines qui viennent, la portée que le Parlement donnera aux actes de participation à une entreprise terroriste ou d’attaque contre la France susceptibles d’entraîner cette déchéance. Ce sera le moment de vérité, et c’est à ce moment que l’on jugera de la détermination de François Hollande et du Gouvernement. A ceux qui se préoccupent de tactique politique, il vaudrait mieux peser pour que la mesure soit la plus efficace possible.

On nous dit que cette mesure ne serait qu’un symbole. Elle doit être un signal. Un signal de l’exigence que notre République associe à la nationalité française, une affirmation claire qu’on ne peut être Français et contribuer à des projets terroristes contre des Français ou se retrouver engagé dans un conflit contre la France.

Encore une fois, cette extension de la déchéance nationale ne serait qu’une partie de la réponse. Il faut aussi trouver des réponses pour les titulaires (uniquement) de la nationalité française qui commettent les mêmes actes. Et le signal sur la valeur de la nationalité doit aussi être envoyé par des règles plus engageantes d’acquisition de la nationalité.

Mais si on le fait bien, et pas seulement en apparence en se retranchant derrière des limites juridiques, ce sera un pas très opportun dans la bonne direction. Je crois qu’il est écrit, sur les lieux des attaques de novembre, “ici le peuple de France se souvient”. C’est bien de cela dont il s’agit.

 

écrit par Pierre BERAT \\ tags: ,