Pierre Bérat

Conseiller municipal de Lyon 3e, Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes

Étiquette : Union européenne

Jusqu’où aller dans la spécialisation ?

Pour (notamment) tenir la promesse faite à Laetitia, un post sur une actualité du Conseil régional, à savoir l’élaboration de la future stratégie régionale d’innovation.

La Région Rhône-Alpes est en effet en train d’actualiser sa stratégie régionale d’innovation ; il s’agit, pour obtenir des financements par les fonds structurels européens sur la période 2014-2020, de répondre aux orientations de l’Union européenne. Celle-ci, dans le cadre de sa stratégie UE 2020 pour une économie “intelligente, durable et inclusive” (je cite…) demande aux régions de se fixer des thématiques prioritaires en matière d’innovation, en lien avec 6 grands défis sociétaux. Les autorités européennes veulent ainsi concentrer les moyens financiers sur des domaines clés et éviter le saupoudrage des financements (en la matière il y a du travail à la Région, dans tous les domaines d’intervention…). Tout cela doit donc se traduire pour Rhône-Alpes par une nouvelle stratégie régionale d’innovation pour une spécialisation intelligente SRI-SI (je cite toujours).

Au point où nous en sommes, l’exécutif régional a défini les domaines prioritaires suivants pour Rhône-Alpes :

  • Santé personnalisée et maladies infectieuses et chroniques
  • Procédés industriels et usine éco-efficiente
  • Réseaux et stockages énergétiques
  • Bâtiment intelligent à haute efficacité énergétique
  • Usages, technologies et systèmes de mobilité intelligents
  • Technologies numériques et systèmes bienveillants
  • Sports, sécurité et infrastructures en montagne.

Pour ma part, je comprends l’intérêt de se fixer des priorités dans le but que notre région soit en pointe sur des technologies et marchés de demain. La question que l’on peut se poser est jusqu’où faut-il spécialiser ? Aller trop loin, c’est prendre le risque de négliger certaines opportunités, dans des secteurs économiques forts en Rhône-Alpes. J’ai ainsi évoqué en commission mes craintes pour l’agroalimentaire, un domaine dont la Région ne peut se désintéresser.

Et puis, il y a la question du contenu que l’on va donner à chacune des priorités en Rhône-Alpes, dans le contexte de majorité politique gauche plurielle que nous connaissons, avec les exigences des composantes verte et extrême gauche. La stratégie de spécialisation intelligente pourrait se révéler une stratégie de spécialisation idéologique, car il faudra prendre en compte les “dadas” des alliés verts et Front de gauche. Ainsi, dans la priorité “Réseaux et stockage d’énergie”, on pourrait concentrer nos moyens sur la récupération de la chaleur dégagée par les bougies ! 🙂

Le danger est bien évidemment réel et sérieux. Pas plus tard que jeudi dernier, les conseillers régionaux Europe Ecologie Les Verts ont voté contre les contrats de performance des pôles de compétitivité ; autant dire qu’ils sont contre les pôles de compétitivité, ces dispositifs créés par Nicolas Sarkozy pour doper la R&D en France et dont on peut mesurer les avancées. Ils ont aussi voté contre l’IRT BioAster arguant du fait que l’on ne peut faire confiance à l’industrie pharmaceutique pour innover, puisqu’elle ne se préoccuperait que de gains financiers. C’est bien connu, l’Union soviétique c’était la panacée pour l’innovation médicale…

Tristes palmarès

Parmi mes lectures de plage et d’alpage de cet été, j’avais emmené les résultats de l’Eurobaromètre “L’opinion publique dans l’Union européenne” (rassurez-vous, j’avais aussi des lectures plus divertissantes !). Ce baromètre mesure régulièrement l’opinion des citoyens de l’UE, dans chacun de ses pays. A quelques mois des élections européennes, cette photographie de l’opinion européenne ne manque pas d’intérêt. Par ailleurs, alors même que nous assistions au “cinéma” gouvernemental de cet été, la comparaison des résultats par pays permettait de bien fixer les choses sur l’état de la France

Premier résultat qui m’a un peu surpris, 62 % des Européens se sentent citoyens de l’Union européenne. Il s’agit d’un résultat plutôt élevé, avec une majorité dans tous les pays sauf quatre : le Royaume-Uni bien sûr, la Bulgarie, Chypre et la Grèce. La France se situe dans la moyenne à 61 %. Ce qui est plutôt encourageant pour l’avenir de l’UE, c’est que des scores élevés sont enregistrés dans des pays contributeurs nets : 73 % en Allemagne, 71 % au Danemark, 69 % en Suède.

Pour les Européens, les premiers résultats de la construction européenne sont la libre circulation dans l’UE et le maintien de la paix en Europe. Par contre, pour les enjeux économiques et sociaux du moment, les résultats sont, sans surprise, nettement plus mitigés. Il en va de même logiquement pour le futur de l’UE : 49 % des Européens sont optimistes pour 46 % de pessimistes. La situation varie toutefois selon les pays : 72 % des Danois et 55 % des Allemands sont optimistes ; par contre en Italie, en Espagne, mais aussi en France, les pessimistes sont majoritaires… Cela donne une idée de l’ampleur du défi pour proposer une vision de l’Europe répondant aux attentes des Français.

Mais le pessimisme s’explique aussi par les politiques nationales, avec de terribles écarts de perception selon les pays. Quand on interroge les Européens sur la situation économique dans leur pays, 80 % des Suédois, 77 % des Allemands et 63 % des Autrichiens la considèrent bonne. La France fait par contre partie des 10 pays dans lesquels moins de 10 % des habitants la trouve bonne !!! La France se trouve ainsi au même niveau qu’en Roumanie, en Irlande, en Italie, au Portugal, en Espagne ou encore en Grèce… Quel drame ! Arrivés à une telle situation, il est effectivement urgent Monsieur le Président que la reprise frappe à la porte !

Autre résultat frappant : quand on demande aux Européens de citer les deux préoccupations les plus importantes au niveau national, 19 % des Français citent l’insécurité (12 % en moyenne en Europe). Cela nous place au 2e rang européen en matière d’insécurité, derrière la Slovénie et ex aequo avec la Roumanie ! Dans ce contexte, c’est peu de dire que les querelles estivales médiatisées entre Madame Taubira et Monsieur Valls nous énervent un peu…

 

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