A quelques heures de Noël, Gérard Collomb a retiré sa délégation à son adjoint Vert Etienne Tête. Le timing était parfait pour limiter l’impact médiatique. Mais d’évidence, il s’agit d’un événement politique marquant. Sans doute l’affaire présente-t-elle un aspect de relations « personnelles » mais elle est aussi un nouveau signe des tensions politiques croissantes entre le PS et les Verts.

On a pu constater aussi ces derniers mois que l’alliance PS-Verts du Conseil régional s’est déchirée sur des dossiers importants (le soutien à la candidature d’Annecy pour les  JO2018, le soutien au photovoltaïque, le subventionnement d’un important centre de loisirs…). Au niveau du 3e arrondissement, le dossier « stationnement payant » a donné lieu à une volée de bois vert ( si j’ose dire) entre les Socialistes et les Verts, les premiers acceptant d’évidence difficilement la simple expression d’une voie dissonante : d’un côté on voulait limiter le nombre de voitures par famille, de l’autre il fallait prélever plus d’argent aux ménages. Rebelote lors du conseil d’hier, sur le dossier des aménagements de voirie rendus nécessaires par le Grand stade : le désaccord sur le projet est total et en plus la “confiance” entre les partenaires s’est “envolée” (ambiance !).

La proximité des élections régionales, qui verront s’affronter listes Europe Ecologie et listes socialistes, en plus de celles du Front de gauche, explique ce durcissement. Mais il ne s’agit là que d’un révélateur d’une mutation plus profonde : celle qui voit l’affirmation d’une force politique, Europe-Ecologie, alors que le PS au mieux patine, voire décline, empêtré dans ses contradictions idéologiques et ses querelles d’ego. Conséquence, les notables PS sont mobilisés pour endiguer cette montée électorale et préserver leurs fiefs ; pas étonnant puisque compte tenu des rapports de force, le PS devrait laisser près de la moitié des présidences des régions qui seront conservées. Le PS se retrouve ainsi dans la situation du PCF des années soixante-dix. Cécile Duflot est très claire quand elle dit que les électeurs de gauche doivent choisir entre un président PS ou un président Vert (dans l’hypothèse d’une victoire bien sûr…).

Et alors me direz-vous ? Laissons les psychodrames se dérouler et les évolutions politiques se faire. Certains ne manqueront pas de dire que tout cela va se tasser, et qu’une fois les élections régionales passées, cela sera de nouveau « embrassons-nous Folleville ». Je ne saurais trop appeler les électeurs à la prudence. Les divergences « idéologiques » sont importantes. Même si les « intérêts » amèneront à trouver les moyens de recoller les morceaux entre les deux tours, on voit bien que sur de nombreux dossiers clés pour Rhône-Alpes (le développement économique, la mobilité, la politique agricole, la sécurité dans les transports régionaux et les lycées…), une nouvelle majorité rose-verte serait synonyme de marchandages permanents et donc d’absence de stratégie claire de développement régional ; surtout si l’on ajoute un zeste de rouge et de orange-rose à la coalition. Bref, la Région deviendrait encore plus qu’aujourd’hui un « bateau ivre », alors même que la collectivité régionale devrait au contraire assumer un rôle d’entraînement majeur dans l’après-crise.

Un dernier élément pour ceux qui croient à la thèse du rabibochage post scrutin. N’oubliez pas que l’élection présidentielle et les législatives se présenteront très rapidement. La lutte pour le leadership reprendra de plus bel dès la fin 2010, quels que soient les résultats des Régionales

Pierre Bérat